carte blanche

Ne laissons pas la Belgique de papa nous couler

Fondateur d'Open Collective et de Storify

S’adapter ou mourir. Le navire Belgique est pris dans la tempête. Il nous faut au plus vite monter dans les bateaux de secours pour sauver des vies et pouvoir reconstruire ensemble une nouvelle Belgique pour demain.

Cela fait des années que l'on se rend compte que cette Belgique ne fonctionne plus. Mais dans un pays riche tel que le nôtre, où les choses avaient l’air de continuer à suffisamment bien tourner pour la majorité d'entre nous, s’attaquer à ce problème n'a jamais vraiment été une priorité. Du coup, on a laissé les politiques continuer leur cirque dans leur coin. On avait tous mieux à faire.

Xavier Damman, Fondateur d'Open Collective et de Storify ©doc

Jusqu'au jour où…

Jusqu'au jour où la météo change. Car s'il est facile de naviguer un bateau quand la mer est relativement calme, c'est une autre paire de manches quand c'est la tempête. C'est dans ces moments-là qu'on se rend compte de la qualité de l'équipage. Cette tempête, c'est évidemment la pandémie. Et elle nous fait comprendre que l'empereur est nu. Que le monde politique belge, sa structure, ses institutions sont incapables de gérer une telle situation.

Cette fois, réformer notre pays n'est plus une vitamine, c'est devenu une nécessité si on ne veut pas que notre population et notre tissu économique et social coulent avec ses institutions.

Il est temps de s’émanciper de cette "Belgique de papa" pour en imaginer une autre, plus agile, plus moderne, plus adaptée aux défis du XXI siècle, et qui continuera à écrire l'Histoire.

Que faire?

Quand le bateau coule, on monte dans des plus petites embarcations de survie. Ces embarcations on les a déjà: les provinces.

Les provinces existent depuis bien plus longtemps que la nation Belgique. Elles représentent la plus petite unité viable pour une population. Un mix de villes et de campagne pour les nourrir.

Qui dit plus petites dit aussi plus agiles et rapides. Quand un foyer de contamination apparaît dans une province, il faut pouvoir agir très vite. Pourquoi perdre son temps à vouloir d'abord se coordonner à l'échelle nationale? Quelle perte de temps! Réunissons-nous au niveau de la province, prenons une décision et puis coordonnons-nous avec les provinces avoisinantes qui sont les premières concernées. Liège a plus intérêt à se coordonner avec Maastricht (à 35 km de distance) qu'avec Bruxelles (100 km) ou Anvers (130 km).

Cet exemple nous montre qu'on continue aveuglément de faire les choses comme on les a toujours faites au lieu de faire ce qui a du sens pour l'intérêt général. La Belgique de papa nous aveugle et nous empêche d'avancer. Et cela nous coûte aujourd'hui des vies.

Une crise qui en cache une autre

Au-delà de cette crise sanitaire, il y a aussi la crise climatique que nous ne devons pas perdre de vue. Et là aussi, le niveau fédéral est un niveau qui nous ralentit. La raison d'être de l'État-nation est le développement de notre PIB et de notre commerce international. Notre priorité n'est plus là. Aujourd'hui, notre priorité est de transformer nos économies en économies durables et résilientes. Cela veut dire plus de circulaire et plus de local. Cela veut dire moins de monoculture pour vendre sur les marchés internationaux et plus de permaculture pour garantir notre souveraineté alimentaire.

Provinces, élus locaux, réveillez-vous!

Pour poursuivre ces objectifs, on a besoin, telle une start-up, d'être beaucoup plus agile. On doit pouvoir prendre des décisions rapidement, expérimenter, essayer des politiques différentes et comparer, sur la base non plus d'études, mais de résultats sur le terrain. C’est au niveau des villes et des provinces qu’on va pouvoir faire cela, pas au niveau du fédéral ni des régions. On ne va pas résoudre ces crises avec les mêmes institutions qui les ont créées.

Malheureusement, l’état politique de nos provinces est désastreux. Elles ont été laissées pour compte depuis plusieurs générations. Parfait! Il n’y a donc personne qui va nous empêcher de les reconquérir. Citoyens, élus locaux, bourgmestres, réunissez-vous au niveau de votre province, reprenez cet espace. N’attendez pas que d’autres vous en donnent le mandat, l’enjeu est trop important. Il en va aujourd’hui de la vie de nos concitoyens.

Une nouvelle Belgique

La Belgique doit redevenir ce qu'elle a toujours été: une région qui, à travers les âges, a toujours réussi à s'adapter. Tantôt en créant un État-nation en 1830, tantôt en créant le Benelux en 1944, tantôt en créant l’Union européenne en 1958.

Aujourd'hui, l'Histoire nous appelle de nouveau. Serons-nous capables de faire le deuil du concept trop rigide de l’État-nation pour pouvoir aller de l’avant? Il est temps de s’émanciper de cette "Belgique de papa" pour en imaginer une autre, plus agile, plus moderne, plus adaptée aux défis du XXI siècle, et qui continuera à écrire l'Histoire.

D’ici là, prenez soin de vous et des autres, non pas parce qu’un ministre fédéral vous l’a demandé, mais parce que vos élus locaux et autres concitoyens vous le demandent pour garder les hôpitaux en état de fonctionnement près de chez vous.

Lire également

Messages sponsorisés