carte blanche

Non aux dictateurs de tous bords

ULB (Ecares) - UCL (Core)

J'ai horreur des dictateurs de tous bords, qu'ils soient de type hitlérien, trumpien ou erdoganien.

Par Victor Ginsburgh,
ULB (ECARES) UCL (CORE)

Je suis né en mars 1939, peu avant le début de la guerre 40-45. Je ne dirai pas que je me souviens de ce qui s’est passé, mais il m’a souvent été raconté que mon oncle, autrichien, et en fait tous les hommes autrichiens, allemands et italiens, juifs ou pas juifs, qui vivaient au Congo belge et au Rwanda Burundi à ce moment-là, ont été "internés" parce que pas Belges, mais plutôt ennemis.

Bien sûr, c’était un internement très modéré, qui n’a pas duré très longtemps. Quand le ministère belge des Affaires étrangères s’est rendu compte qu’ils n’étaient sans doute pas des ennemis, ils ont été "libérés", mais devaient quand même se présenter tous les matins à ce qui, à l’époque, s’appelait l’administration territoriale, pour faire la preuve qu’ils n’avaient pas pris les armes contre la patrie dont ils ne faisaient pas partie, puisqu’ils n’avaient pas la nationalité belge.

Et, comme enfant d’apatride, et puis autrichien pendant de longues années, j’ai toujours compris la raison. Vous ne pouvez pas agir contre le pays qui vous a accueilli. Quand, en 1986, Kurt Waldheim est devenu président de l’Autriche, j’ai demandé la nationalité belge qui m’a été accordée, mais pas si facilement, en dépit du fait que j’avais vécu au Congo belge, puis en Belgique où j’avais fait mes études universitaires, que j’avais épousé une Belge, que j’avais un permis de travail depuis 1961 et que j’étais professeur à l’ULB.

Il faudra résister

Jean Gol, qui devait, à l’époque, être ministre de la Justice, réglait les problèmes de naturalisation. Il a rapidement réglé les choses: je devenais belge, mais je n’étais plus autrichien, et ai déposé mon ancien passeport à l’ambassade d’Autriche, ce qui m’a fait grand plaisir. Si j’en avais eu la possibilité, je l’aurais volontiers jeté à la tête de l’ambassadeur dudit pays, mais il n’était malheureusement pas présent.

©Anadolu Agency

Ceci m’amène au vote des Turcs qui vivent en Belgique, et qui ont voté en faveur de celui qui devient leur dictateur. J’ai horreur des dictateurs de tous bords, qu’ils soient de type hitlérien, trumpien ou erdoganien. Pas parce que j’ai peur pour ma vieille peau, mais parce que j’ai peur des retombées que ce vote pourrait avoir sur les Marocains, Algériens, Tunisiens, Congolais, Africains et autres migrants ou réfugiés et même sur les Turcs qui ont voté autrement ou se sont abstenus.

Ce n’est pas Marine Le Pen, ni la N-VA, la Hongrie, la Pologne, les Etats-Unis, ni les droites de tous bords qui manqueront de lancer un appel de plus aux dangers divers que nous font courir les étrangers. Il faudra résister. Mais aussi réfléchir très rapidement. Quelle sera notre position vis-à-vis de nos compatriotes turcs lorsque, comme il l’a prévu, Erdogan organisera un référendum sur la peine de mort en Turquie? Vont-ils aussi voter pour la peine mort?

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