tribune

Nous sortons du nucléaire? Une aubaine pour nos voisins!

Ancien directeur général adjoint de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique

Entre octobre 2022 et décembre 2025 nous allons fermer 7 centrales nucléaires qui produisent environ 50 % de l'électricité consommée en Belgique sans émettre de gaz à effet de serre.

De ce fait, en 2026, nous dépendrons largement des importations d'électricité des pays voisins. Ceux-ci l'ont bien compris et s'en réjouissent, en premier lieu les électriciens français et allemands. Ainsi fin mars, Claude Fischer Herzog, la directrice française de l'ASCPE écrivait:

"Notre balance commerciale énergétique présente un solde négatif de 41 milliards d’euros (dont 76 % sont liés aux importations de pétrole et 21 % de gaz). L’électricité constitue la seule énergie qui présente un solde positif de 2 milliards, permettant de réduire la facture de 2 %. La décision de la Belgique de fermer ses centrales nucléaires dans l’attente de les remplacer par des centrales au gaz (!) l’obligera à acheter l’électricité nucléaire française: il faut donc prévoir plus de production en France pour honorer une partie de la demande belge, et envisager de pouvoir à terme doubler nos exportations. Tout le monde le sait: les objectifs climatiques et de relance ne pourront pas être réalisés sans le nucléaire: c’est notre avenir et celui de la planète qui sont en jeu."

Le comble de l'ironie, c'est que nous allons remplacer de l'électricité nucléaire bon marché produite en Belgique, d'une part par l'importation d'électricité nucléaire produite en France à un prix plus élevé (notamment en hiver), et d'autre part par des centrales à gaz qui émettent du CO₂ tout en étant largement subsidiées, ce qui est l'inverse du principe du "pollueur-payeur" prôné par le gouvernement.

59%
Électricité à partir de combustible fossile
Selon une étude anglaise indépendante, nous serons avec la Pologne le pays ayant la proportion d’électricité produite à partir de combustible fossile la plus élevée d’Europe: 59% en 2030 contre 37% en 2019.

Une aubaine que comptent saisir l'Allemand RWE qui envisage d'installer chez nous 2 GW de centrales gaz-vapeur, et le Français Engie qui projette la construction de telles centrales pour une capacité de près de 3 GW.

En 2026, ces 5 GW de centrales à gaz subsidiées émettront un supplément d'environ 10 millions de tonnes de CO₂ par an, soit une augmentation de 60 % des émissions de CO₂ du secteur électrique par rapport à 2019 (oui, vous avez bien lu!) et de 10 % du total des émissions de CO₂ de toute la Belgique (environ 90 MtCO2/an en 2019).

Selon une étude anglaise indépendante, nous serons avec la Pologne le pays ayant la proportion d’électricité produite à partir de combustible fossile la plus élevée d’Europe: 59 % en 2030 contre 37 % en 2019.

La Belgique, davantage polluante en 2030

L'étude conclut:

● En 2030, la Belgique possèdera un des réseaux électriques les plus polluants de l’UE en raison d’une forte dépendance à l’égard des combustibles fossiles, en particulier le gaz naturel.

● Entre 2018 et 2030, la Belgique est l’un des deux seuls pays de l’UE dont les émissions du secteur énergétique seront en hausse.

● Entre 2018 et 2030, la Belgique prévoit l’augmentation la plus élevée de la part du gaz naturel dans la production d’électricité au sein de l’UE.

Non seulement nous produirons plus de gaz à effet de serre, mais le coût de notre électricité augmentera encore, alors qu'il est déjà l'un des plus haut d'Europe. Comme le montre la figure ci-dessous extraite d'une étude récente de l'Agence Internationale de l'Energie, prolonger la durée d'exploitation des centrales existantes est le moyen le moins cher de produire de l'électricité.

Coûts de production de l'électricité (USD/MWh de 2018) > Les colonnes en bleu ciel sont relatives à l'électricité d'origine nucléaire.

Le Rapport des Formateurs signé par Paul Magnette et Alexandre De Croo le 30 septembre 2020 prévoit (page 57) que fin novembre 2021 un rapport "analysera notamment la sécurité d’approvisionnement et l’impact sur le prix d’électricité. Si ce monitoring montre qu’il y a un problème inattendu de sécurité d’approvisionnement, le Gouvernement prendra des mesures adéquates comme l’ajustement du calendrier légal pour une capacité pouvant aller jusqu’à 2 GW". 

Prolongation des centrales nucléaires

En clair cela signifie prolonger d'au moins 10 ans la durée d'exploitation de nos deux centrales nucléaires les plus récentes de Tihange 3 et Doel 4, comme ce fut décidé pour nos centrales les plus anciennes de Tihange 1 en 2012 sous le gouvernement Di Rupo, et de Doel 1 et 2 fin 2014 sous le gouvernement Michel 1.

Les cellules photovoltaïques de (nos) panneaux solaires viennent essentiellement de Chine où le silicium qui les compose est produit grâce au travail forcé des Ouïghours.

Rappelons que prolonger deux centrales nucléaires n'empêche en aucune manière la réalisation de tous les projets de construction d'éoliennes (sur terre et en mer) et de panneaux photovoltaïques prévus d'ici 2030. Notons en passant que les cellules photovoltaïques de ces panneaux solaires viennent essentiellement de Chine où le silicium qui les compose est produit grâce au travail forcé des Ouïghours. Engie nous a déjà fait comprendre qu'il préfère arrêter définitivement ses centrales nucléaires belges qui sont taxées de façon déraisonnable (plus de 4 milliards d'Euros depuis 2008), et construire des éoliennes et des centrales à gaz largement subsidiées, l'accroissement de la pollution et du coût de l'électricité en Belgique n'étant pas de sa responsabilité.

Il ne fait pas de doute qu'il est, à tous points de vue, dans l'intérêt de la Belgique de prolonger la durée d'exploitation de Tihange 3 et Doel 4 comme le Rapport des Formateurs en prévoit la possibilité. La décision dépendra largement d'Ecolo-Groen. Auront-ils le courage de privilégier l'intérêt général du pays plutôt qu'une attitude anti-nucléaire dogmatique? Nous le saurons bientôt.

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