carte blanche

Nyrstar ou le côté obscur de la force

Paroles d'un petit actionnaire en colère à l'approche d'une assemblée générale extraordinaire prévue le 9 décembre.

Cette sombre affaire de la finance internationale nous rappelle au cinéma. Au "côté obscur de la force".

Il faut d’abord se souvenir que si c’est le management et le conseil d’administration qui gèrent l’existence d’une société commerciale, cette dernière appartient aux actionnaires qui y ont apporté les actifs lors de sa création et, par la suite, lors d’augmentations de capital. Ce sont donc eux les véritables propriétaires et patrons.

Cette notion fondamentale du système économique auquel notre nation a adhéré semble avoir complètement disparu dans le cas de Nyrstar.

Comment peut-on comprendre qu’un seul actionnaire qui détient 24% du capital d’une société décide pour les 76% autres et face plier un conseil d’administration à son diktat uniquement pour son profit personnel, allant même jusqu’à la vider de tous ses actifs?

La faute en est à des articles du droit commercial en totale contradiction. L’un, article 524, issu du droit international qui permet au conseil d’administration d’une société belge de se passer de la décision de ses actionnaires en cas de restructuration de son capital. Et l’autre, l’article 302, issu du bon vieux droit belge, qui oblige une société d’avoir l’accord de ses actionnaires lorsqu’on touche au capital social.

Le premier semble l’avoir emporté sur le second au détriment des petits actionnaires spoliés…

Fonds vautour

Les obligataires se sentant menacés ont, pour la plupart, vendu leurs titres à 25% de leur valeur du départ, une bonne affaire pour des fonds vautours de l’autre côté de l’océan, qui, suite à des accords douteux, ont plus que doublé leur mise de rachat en moins de deux mois.
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Les obligataires se sentant menacés ont, pour la plupart, vendu leurs titres à 25% de leur valeur du départ, une bonne affaire pour des fonds vautours de l’autre côté de l’océan, qui, suite à des accords douteux, ont plus que doublé leur mise de rachat en moins de deux mois pour une somme qui dépasse la centaine de millions d'euros.

Qui sont-ils et étaient-ils informés préalablement des accords de Nyrstar du printemps 2019 sur plus d’un milliard d’euros d’emprunts garantis à hauteur de 60% du pair par Trafigura? En tout cas, Nyrstar n’a pas voulu dévoiler leur nombre, ni leurs identités aux actionnaires pour cause de confidentialité.

En revanche, en mars 2019, Nyrstar a présenté pour sa nomination, une commissaire dite indépendante lors d’une AG extraordinaire, Madame Moriartry, sans préciser la raison de sa venue aux actionnaires présents.

C’était en réalité l’instigatrice de la restructuration ou si l’on veut, le fossoyeur de Nyrstar, fait nié par son président jusqu’en septembre 2019, lorsqu’une prime de mérite lui fut proposée.

En tout état de cause, des investissements de plus de deux milliards d’euros ont quitté la Belgique et sont ainsi passés dans le giron britannique sous la dénomination "Newco" détenue par le géant Trafigura, société à l’historique entachée et elle-même endettée à plus de 30 milliards d’euros, tout cela sans que le politique ne s’en émeuve. Quant à la justice belge, lente mais efficace et redoutable, elle est comme un feu qui couve sous les braises car cette affaire ne tardera pas à faire grand bruit.

Le CEO de Nyrstar, Martyn Konig (à droite) ©Kristof Vadino

Le président de Nyrstar, Martyn Konig a déclaré que son souci était de préserver l’emploi, mais sans pour autant empêcher Nyrstar de fermer ses bureaux administratifs en Suisse et en Belgique. Durant une réunion privée, il a déclaré à l’attention des petits actionnaires que, dans cette affaire, nous étions tous des "losers".

Quant à l’outil sidérurgique de Balen-Overpelt, les syndicalistes sont formels, en cas de reprise il n’y aurait pas eu une seule perte d’emploi technique, tant cette technologie est moderne.

Cet outil sidérurgique belge est à la pointe du progrès de même que le site de Port Porie en Australie. Ce n’est donc pas dans cette voie qu’il faut voir le projet de restructuration qui a vidé la société Nyrstar de toute sa substance.

Pire encore, les responsables de ce hold-up, après avoir ruiné Nyrstar, puisent encore dans ce qui reste de la caisse pour attribuer des coûteuses indemnités et primes de départ à ses managers incompétents mais serviles qui changent à un rythme effréné. Et de ce qui reste des miettes, comble d’ironie, elles servent à payer d’énormes frais d’avocats et d’experts pour se défendre contre les plaintes de ses propres actionnaires.

Parc d’attractions

Les actionnaires attendent de la justice qu’ils soient dédommagés ou que Nyrstar reprenne le contrôle de ses actifs disparus, à l’abri d’un abus de position dominante de son actionnaire Trafigura.
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Depuis 2015, Nyrstar a fonctionné tel un parc d’attractions où la maison mère l’a empêché de faire des profits, augmentant ainsi ses dettes en ne laissant aux actionnaires que leurs yeux pour pleurer.

De fait, Trafigura — à la fois client "bon marché" et vendeur "cher" — a empêché Nyrstar de réaliser des bénéfices. Ce scénario pervers que les financiers maîtrisent permet également à cette société non rentable de ne payer aucun impôt dans le pays de son siège social. Cette dérive des marchés engendrera à terme une perte de confiance des investisseurs belges.

Les actionnaires Nyrstar, épargnants belges pour la plupart, ont par centaines de milliers perdu 99% de leurs économies dans ce qu’ils pensaient être un placement sûr: le zinc; un métal qui a fait la renommée de la Belgique par le passé et qui reste très rentable aujourd’hui pour les autres concurrents car fort demandé dans l’industrie productrice de batteries d’avenir.

Les actionnaires attendent de la justice qu’ils soient dédommagés ou que Nyrstar reprenne le contrôle de ses actifs disparus, à l’abri d’un abus de position dominante de son actionnaire Trafigura.

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