chronique

Oser investir dans ses convictions

Chronique de Pierre Hermant, CEO de Finance.Brussels.

En matière d’investissement et de "private equity", on entend parfois tout et son contraire sur l’opportunité d’investir dans l’investissement à impact.  

En finance, la théorie du portefeuille définit le processus de sélection des investissements pour créer le portefeuille le plus efficient possible, c’est à dire qui possède la rentabilité maximum pour un niveau de risque minimum. Le concept de diversification est à la base de cette théorie.

Amorcer le changement

L’investisseur qui investit dans "l’impact investing" ne renonce ni à la rentabilité ni à la gestion du risque. Il y ajoute un ou plusieurs critères d’impact considérant que la performance ne peut se limiter à la maximalisation de la rentabilité et qu’il est pertinent de mesurer d’autres externalités positives.

Ensuite, il détermine le poids de ces critères d’impact dans ses décisions ainsi que le pourcentage des investissements auxquels il appliquera ces critères. Ce n’est pas parce que l’on fait de l’investissement à impact que l’on ne doit faire que de l’investissement à impact. L’important c’est de convaincre un maximum d’investisseurs de s’y essayer pour amorcer le changement.

En ce qui concerne les thèmes de l’investissement à impact, il y a plusieurs approches. On pourrait les présenter sous la forme d’un crescendo. D’abord l’approche exclusive qui consiste à exclure de l’univers d’investissement des entreprises ayant un comportement néfaste pour l’homme (tabac, armement, jeux d’argent, pornographie) ou l’environnement. C’est une approche que de nombreux investisseurs pratiquent.

L’investisseur qui investit dans "l’impact investing" ne renonce ni à la rentabilité ni à la gestion du risque.

Ensuite, il y a l’approche du meilleur de la classe. Elle consiste à sélectionner les entreprises qui ont les meilleures pratiques en matières environnementales, sociales et de gouvernance (ESG).

Enfin, il y a les approches thématiques et l’investissement de conviction. Pour moi, l’investissement de conviction c’est être convaincu de l’externalité positive d’une innovation ; d’un type d’entreprise ou d’un thème et de stimuler son émergence ou son développement par l’investissement. Ces convictions peuvent être personnelles ou collectives. 

Ainsi, on peut évoquer  les projets contributeurs à une économie régénérative; la pollution plastique; la transition alimentaire; le gaspillage alimentaire; la pollution de l’eau; les technologies bioniques pour ceux dont un proche a été victime d’un accident; l’éducation via les "Ed Tech" pour ceux qui sont convaincus que c’est le meilleur moyen d’augmenter le niveau de qualification et, de la sorte, le meilleur moyen d’augmenter le taux d’emplois; la mobilité partagée ou encore les technologies de diagnostic génétique...  Certains sujets sont largement soutenus et d’autres créent la polémique.

Pour le reste, le bon sens de l’investisseur s’applique...

Avant d’investir, vous devez comprendre et croire dans le projet. C’est une start-up, une scale-up, une coopérative? L’entreprise existe depuis 6 mois ou 10 ans? Quelle est son histoire? Quelle est la taille du marché? Qui sont ses actionnaires? Qui entoure le porteur de projet ? Qu’est-ce qui fait la force de l’équipe dirigeante? À quoi va servir votre investissement? À quelle date le projet sera-t-il rentable? Le projet est-il viable?

Pas d’empressement

On parle souvent de capital patient, car la période d’incubation est parfois plus longue. Mais si la rentabilité peut être inférieure, elle est au rendez-vous et doit être visée. Si l’actionnaire ou le management n’en veut pas, il pourra toujours décider de la réinvestir pour créer encore plus d’impact. Et une fois l’impact positif pris en compte, la valeur créée sera encore bien supérieure.

Pour les entrepreneurs et investisseurs enthousiastes, il faut juste éviter de vouloir trop faire en une fois et aller trop vite au détriment de la pérennité de votre projet. Par exemple, si vous vous lancez dans l’économie circulaire et envisagez également d’acquérir des véhicules électriques ou au gaz pour livrer tous vos clients, osez afficher vos ambitions, mais osez également procéder par étape. Commencez par assurer la viabilité et la rentabilité de votre projet circulaire tout en sous-traitant la livraison à un partenaire aligné avec vos convictions et ensuite vous investirez vos bénéfices dans l’achat d’une mobilité plus durable au bénéfice de plus d’impact… Le meilleur cadeau que vous pouvez faire à votre conviction et à la société c’est de conserver votre enthousiasme et d’assurer la pérennité de votre projet.

Lire également

Echo Connect