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Osons adapter les bulles de manière responsable!

Professeur émérite, spécialiste en médecine interne

Le risque de transmission du virus est très faible lors de rencontres de personnes immunisées par la vaccination ou la maladie ou affranchies d’un test viral négatif vidant de sens la bulle de 2 dans ces circonstances.

La démonstration du haut pouvoir de contamination du Covid-19 dans l’intimité des foyers a justifié des mesures strictes visant à restreindre le nombre de contacts dans la sphère privée. C’est ainsi qu’en mai de l’année passée, le gouvernement belge proposait un concept nouveau et justifiait la mise en place des "bulles sociales": "La limitation des contacts est la seule manière de contenir la propagation du virus en l’absence de vaccination." La dimension de la bulle allait varier au fil des déconfinements/reconfinements pour passer de 4 à 5 puis à 10 pour revenir à un concept strict de bulle de 1 personne extérieure au foyer pour faire face à la recrudescence de l’épidémie. 

Elie Cogan, Professeur Emérite, ULB, Spécialiste en médecine interne, Hôpital Delta

Le concept de bulle sociale véhicule un message important quant au risque de contamination par des contacts rapprochés quand bien même les gestes barrières seraient respectés. Mais si cela fait sens sur le plan théorique, son influence réelle sur la propagation de l’épidémie est d’autant moins mesurable qu’elle n’est pas contrôlable. Au quotidien, actuellement moins de 50% des citoyens respectent la mesure à la lettre. Selon un tout récent rapport du groupe d’experts, le Belge francophone a en moyenne 5 contacts rapprochés. Cette statistique est en cohérence avec la grande étude Corona réalisée en février par l’université d’Anvers en collaboration avec l’ULB ainsi que les Universités d’Hasselt et de Louvain révélant pour les 31.000 participants à l’étude que le premier assouplissement des mesures souhaité par les citoyens serait un élargissement de la bulle sociale. Dans ce contexte, l’assouplissement des mesures du dernier Comité de concertation faisant passer la bulle sociale intérieure de 1 à 2 personnes relève plus d’une mauvaise histoire belge que d’une réponse adaptée à la réalité d’aujourd’hui et à l’attente légitime d’une population psychologiquement épuisée.

Revoir la stratégie

"Nous proposons donc de faire éclater la bulle de 2 en remplaçant le concept par une responsabilisation des citoyens"
Elie Cogan

Ainsi que le propose le mouvement citoyen Traceurs de Solutions dans un récent communiqué[1], il est souhaitable de revoir la stratégie visant à contenir le risque de contamination de manière équilibrée, probabiliste et spécifique à chaque contexte. Indépendamment de la circulation du virus (qui reste très importante actuellement), il convient d’évaluer le risque individuel de transmission en particulier dans un environnement clos et mal ventilé tels que les lieux de rassemblement en privé. A contrario, le risque de transmission très faible en extérieur justifie de pouvoir encourager les activités en plein air et de concevoir une bulle aux limites moins contraignantes.

Nous proposons donc de faire éclater la bulle de 2 en remplaçant le concept par une responsabilisation des citoyens s’appuyant sur une gestion objective du risque de transmission des personnes invitées à se réunir, par exemple dans le cadre d’une réunion familiale.

Le CDC (Centers for Disease Control and Prevention), "la" référence en matière de recommandations relatives aux maladies infectieuses, indique que les personnes vaccinées peuvent se réunir entre eux, à l’intérieur,  sans devoir prêter attention aux gestes barrières[2].

Cette recommandation s’appuie sur des arguments robustes, en particulier la très haute protection conférée par la vaccination conjuguée à des données de plus en plus concordantes soutenant la très faible probabilité de transmission du virus par les personnes vaccinées1,2.

Par ailleurs, l’immunité acquise par une infection préalable réduit très fortement, de l’ordre de 84%, le risque d’être une nouvelle fois infecté ainsi que le démontre une étude récente portant sur plusieurs milliers de participants3 la durée médiane de la protection étant d’au moins 7 mois après l’infection initiale. La protection concerne non seulement les infections symptomatiques, mais également asymptomatiques, ceci permettant de prédire avec une grande probabilité que le risque de transmission par des personnes préalablement infectées  est très faible.

Pour autant que les invités à une fête familiale, vaccinés ou immunisés par une infection précédente, ne présentent pas de symptômes suspects, rien ne s’opposerait au plan sanitaire de les voir se réunir ensemble, sans masques et sans distanciation. En tout état de cause, tenant compte de ce qui précède, la probabilité d’une contamination à l’intérieur de cette bulle sociale responsable, est suffisamment faible pour l’on puisse en recommander l’existence.

L'utilisation des autotests dans la sphère privée

L’utilisation des autotests antigéniques ont leur place dans la sphère privée afin de pouvoir autoriser des personnes non immunisées à participer à l’événement. En effet, si la sensibilité d’un test antigénique est plus faible que celle d’une PCR, elle est suffisante pour pouvoir exclure des porteurs d’une charge virale élevée à même de transmettre le virus4.

"Donnons-leur la possibilité de retrouver une vie sociale et de retrouver leurs proches en appliquant de nouvelles règles sécurisées en toute responsabilité."
Elie Cogan

Des personnes non immunisées par une infection antérieure ou par la vaccination pourraient donc participer à l’événement après s’être assuré au préalable de l’absence de risque de transmission par la réalisation d’un autotest antigénique.

La vaccination progresse dans le pays et en particulier une grande majorité de seniors sont actuellement protégés de l’infection. Dans son ensemble, tenant compte de la vaccination et de la prévalence de la maladie, le tiers de la population est probablement immunisée. Donnons-leur la possibilité de retrouver une vie sociale et de retrouver leurs proches en appliquant de nouvelles règles sécurisées en toute responsabilité.

Enfin, une étude portant sur la séroprévalence des plus jeunes permettrait selon les mêmes principes d’élargir leur bulle sociale et l’espace de liberté qu’ils réclament à juste titre avec force.

Références

  1. Keehner J, Horton LE, Pfeffer MA, et al. SARS-CoV-2 Infection after Vaccination in Health Care Workers in California. N Engl J Med 2021. DOI: 10.1056/NEJMc2101927.
  2. Petter E, Mor O, Zuckerman N, et al. Initial real world evidence for lower viral load of individuals who have been vaccinated by BNT162b2. medRxiv 2021:2021.02.08.21251329. DOI: 10.1101/2021.02.08.21251329.
  3. Hall VJ, Foulkes S, Charlett A, et al. SARS-CoV-2 infection rates of antibody-positive compared with antibody-negative health-care workers in England: a large, multicentre, prospective cohort study (SIREN). Lancet 2021. DOI: 10.1016/S0140-6736(21)00675-9.
  4. Mina MJ, Parker R, Larremore DB. Rethinking Covid-19 Test Sensitivity - A Strategy for Containment. N Engl J Med 2020;383(22):e120. DOI: 10.1056/NEJMp2025631.

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