Où sont les femmes?

©EPA

Alors que l’Europe traverse des moments difficiles et se trouve face à de grandes décisions, nous sommes tous attentifs aux changements législatifs à l’ordre du jour.

De grandes initiatives, comme le futur de l’Euro et l’Union de l’énergie, sont débattues lors de conférences qui attirent l’attention dans toute l’UE et au-delà, tout en fixant l’agenda pour l’avenir de l’Europe. La conception de ces conférences pourrait toutefois bénéficier d’une plus grande attention.

Bien souvent, ces panels ne sont pas simplement majoritairement masculins: il arrive que certains ne comptent pas la moindre femme. Bruxelles est une capitale de conférences. En tant que centre de l’UE, des experts y viennent pour informer et mobiliser politiciens, journalistes, militants, consultants et bureaucrates. Les sujets débattus sont variés mais, malheureusement, les personnes qui en débattent le sont bien souvent beaucoup moins.

Telle a été notre expérience, que nous avons récemment commencé à documenter via le compte Twitter @EUPanelWatch.

Nous devons considérer les débats impliquant uniquement des orateurs masculins comme anormaux.

La règle plus que l’exception

Nous savons que beaucoup de personnes travaillant à Bruxelles sont en désaccord avec le manque de diversité sur ses panels. Lorsque nous assistons à des panels sans femmes – la règle plus que l’exception –, nous attirons l’attention à ce sujet sur Twitter. De même, nous promouvons les panels bien représentés. Le but doit être: contribuer au changement auquel nous aspirons dans le débat politique. C’est pourquoi nous sommes également en train de constituer une base de données où seront répertoriés par thème des oratrices intéressantes.

Cette problématique mérite en effet notre attention. Au vu des défis complexes auxquels l’Europe et ses pays membres sont confrontés, nous devons inspirer et impliquer nos meilleurs cerveaux. Ce que nous ne faisons pas en continuant à reproduire les mêmes débats, avec les mêmes personnes, qui ne sont pas représentatives de la population européenne. À défaut de représenter la diversité d’expertise, il sera impossible d’inspirer le nombre de personnes et d’offrir la gamme d’expérience nécessaires pour relever nos défis.

Le New York Times parle de "male talk fest". Et le Washington Post a récemment constaté que lors d’événements organisés par des groupes de réflexion à Washington DC, 150 d’entre eux ne comptaient pas la moindre oratrice, un nombre ahurissant! EUpanelwatch s’est aussi mis à récolter des données pour objectiver nos suspicions. En juin, nos 20 volontaires sont allées à pas moins de 125 événements pour garder un œil sur 263 panels composés de plus de 1200 panelistes et orateurs venant de 10 secteurs différents. Malheureusement les chiffres confirment nos craintes: seulement 25,4% des conférenciers étaient des femmes. Mais pire encore: presque 1 panel sur trois était composé exclusivement par des hommes, contre seulement 2 sur 263 panels 100% féminins!

Alors, pourquoi en est-il ainsi? La majorité des diplômés universitaires sont maintenant des femmes, un renversement total des tendances éducatives depuis le moment où les panels exclusivement masculins étaient censés constituer la norme. Mais alors que ce changement dans l’enseignement supérieur se reflète dans le milieu de travail, il ne se manifeste pas dans nos débats. Des femmes comme des hommes travaillent maintenant dans les coulisses du pouvoir et pourtant, les hommes sont plus souvent ceux qui prennent part aux débats.

"Conference Bingo"

Les raisons sont sans doute multiples. Il existe un jeu appelé "Conference Bingo", qui répertorie les excuses habituelles justifiant la sous-représentation (ou l’absence de représentation) des femmes. Depuis "essayer d’obtenir plus d’oratrices est sexiste" jusqu’à "nous avons besoin de grands noms pour nos orateurs, or peu sont des femmes", ces raisons sont légion.

Peu importe la raison, le problème est que le nombre de panels exclusivement masculins que nous continuons à rencontrer ne devrait plus constituer la norme. Alors que nous attendons un changement, tous les panels exclusivement masculins répètent un message implicite: un expert est un homme. "Ne pas profiter des compétences de femmes hautement qualifiées constitue un gaspillage de talents et une perte de croissance économique potentielle", déclare la Commission européenne dans ses discussions sur la représentation des femmes dans les conseils d’administration. Ceci est tout aussi valable pour les discussions qui développent la politique de l’UE.

Nous devons considérer les débats impliquant uniquement des orateurs masculins comme anormaux. Nous devons réfléchir à la raison pour laquelle nous invitons surtout des hommes? Indépendamment de leurs compétences, ce sont parfois tout simplement les personnes que nous connaissons déjà.

Par Marika Andersen, Laurel Henning et Brieuc Van Damme.

La première travaille pour l'ONG norvégienne Bellona, la seconde est journaliste à Bruxelles. Ensemble, elles ont fondé il y a un an l'observatoire EUPanelWatch. Le troisième est président du groupe du vendredi et directeur adjoint de la Ministre Maggie De Block. Les auteurs écrivent en leur nom.

Le Groupe du Vendredi est une plateforme de discussion de jeunes Belges (25 à 35 ans) de différents horizons sociaux et professionnels. Il est soutenu par la Fondation Roi Baudouin. Plus d’infos: www.groupeduvendredi.be


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