Payons nos dettes souveraines pour l’avenir de l’Europe

La démographie des années à venir sera un atout pour l’Europe: la disparition, dans 5 à 10 ans de la génération du baby-boom d'après-guerre, conduira à une économie plus axée sur la consommation. ©Bloomberg

Ne tombons pas dans le piège d’un défaut partiel sur les dettes souveraines accumulées par la Banque centrale européenne. Il faut donner toutes les chances à une Europe forte, ambitieuse, collaborative et moderne.

Le débat fait rage entre économistes. Pourquoi ne permettrait-on pas à la Banque centrale européenne (BCE) d’annuler le stock de dettes souveraines qu’elle a accumulé? Cette solution d’un défaut partiel concertée ne manque pas d’atouts. Elle permettrait de réduire, assez facilement, jusque 25% la dette de certains États européens. Ne tombons pas dans ce piège!

L’avenir vertueux de l’Europe ne se construit pas en optant pour la facilité contre la discipline et la rigueur. L’Europe entre dans une ère nouvelle prometteuse, et le Covid-19 peut être un facteur d’accélération de ce renouveau vertueux.

D’ici 5-10 ans, les baby-boomers nous quitteront. Ceci aura une influence positive sur le rétablissement des comptes sociaux, la consommation et l’investissement des ménages par un afflux important de patrimoine vers une génération plus orientée vers la consommation.

En réponse à la pandémie, le plan de relance massif décidé en juillet 2020 a fait grandir le projet européen d’un seul coup. Il a été une des premières décisions qui montre les avantages que l’Europe aura à ne plus se soucier des intérêts britanniques. Il est regrettable que les Anglais n’aient pas souhaité prendre part au projet européen, mais il sera désormais plus simple d’avancer vers la constitution d’une Europe forte, ambitieuse, collaborative et moderne. Le récent accord entre l’Europe et la Chine sur les investissements a sans doute également été facilité par le retrait des Anglais taxés d’atlantisme virant au «pro-Amérique» à outrance depuis 70 ans.

Volonté de réindustrialisation

L’Europe a une tradition industrielle forte qui a fait sa grandeur. Cette puissance industrielle a fondu au profit de la Chine durant ces 50 dernières années. La crise du Covid a tristement montré qu’avoir fait de l’empire du Milieu l’usine du monde a été très préjudiciable pour nos économies, voire pour la santé de nos concitoyens. Les dirigeants européens semblent alignés sur une volonté forte de réindustrialisation de notre continent. Le plan de relance aboutira à la constitution de nouveaux pôles industriels collaboratifs, à l’instar des batteries.

Edouard Nouvellon, fondateur du cabinet de conseil Risk Return et chercheur à la Solvay Business School. ©doc

La démographie des années à venir sera un atout pour l’Europe. Le choc démographique du baby-boom d’après-guerre a guidé notre trajectoire économique depuis 70 ans. Une période de forte croissance et d’innovations, suivi d’une période de vieillissement, de perte de compétitivité et de chômage de masse, qui ont plombé les comptes sociaux et la dette des États. Aujourd’hui, c’est la gestion des pensions des baby-boomers qui est un fardeau pour nos finances publiques. Aussi triste que cela puisse être au niveau individuel, d’ici 5-10 ans, les baby-boomers nous quitteront. Ceci aura une influence positive sur le rétablissement des comptes sociaux, la consommation et l’investissement des ménages par un afflux important de patrimoine vers une génération plus orientée vers la consommation. La Chine, elle, va doucement entrer dans une période de vieillissement et de faible renouvellement de sa population.

Renforcer la souveraineté européenne

La zone euro avance et l’accord de juillet 2020 vers un budget européen l’a fait passer au stade quasi ultime de zone monétaire optimale. Ceci renforce encore la crédibilité et la souveraineté de l’Europe. Les grandes entreprises qui deviennent quasi aussi puissantes que des États s’invitent dans les débats géoéconomiques et les luttes d’influence à travers la taxe Gafam ou les monnaies digitales.

Il serait bien plus grave et préoccupant pour nos démocraties de construire des États souverains zombies.

Ceci rend encore plus crucial le renforcement de la souveraineté européenne. Nous ne pourrons, sans cette souveraineté, avoir une place de choix dans les décisions géostratégiques. Comment maintenir cette souveraineté en actant un défaut partiel sur nos dettes souveraines?  Jean-Claude Trichet ne cessait de dire que la BCE n’était pas là pour pallier les politiques budgétaires défaillantes et irresponsables. Ce serait acter le contraire que d’annuler les dettes souveraines. Le risque deviendra politique le jour où les populations les plus endettées en Europe diront «pourquoi pas nous?». Si l’État a pu effacer ses propres dettes, pourquoi ne pas effacer les dettes des ménages ou des entreprises. Ceci sera le terreau parfait pour des revendications populistes. La politique monétaire ultra accommodante a certainement sauvé la zone euro, mais a construit des entreprises zombies, il serait bien plus grave et préoccupant pour nos démocraties de construire des États souverains zombies.

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