Port du masque généralisé en extérieur: "Donnez-nous simplement un pourquoi"

©Martin Bertrand

Un humain sain d’esprit a besoin de donner du sens à ses actions. Alors, à défaut de nous promettre d’abroger rapidement la mesure, donnez-nous un "pourquoi"!

Celui qui a un «pourquoi» qui lui tient lieu de but, peut vivre avec n’importe quel «‘comment»’. C’est sur cette parole de Nietzsche que le célèbre psychiatre Viktor Frankl a fondé l’entièreté de son approche thérapeutique. L’idée est simple: si l’on trouve du sens aux événements de notre vie (quels qu’ils soient), ils deviennent supportables. A contrario, quand on ne peut pas donner de sens à ce qui nous arrive, on subit, impuissant et malheureux.

Carte blanche de Sarah Halfin

Ingénieure de gestion, consultante et chroniqueuse

Ce principe fondamental m’a fait réaliser pourquoi l’obligation généralisée du port du masque en extérieur était si insupportable pour beaucoup. Ce n’est pas la mesure en elle-même qui fait souffrir (un bout de tissu sur le visage est barbant, mais supportable). Non, le caractère insupportable tient à l’imposition d’une mesure sans «pourquoi». Et bien plus encore, à l’application au pied de la lettre d’une mesure sans «pourquoi» par la grande majorité des habitants des villes concernées (Bruxelles dans mon cas).

Une mesure sans «pourquoi», c’est une mesure qui ne se justifie pas dans la majorité des cas. En gros, c’est porter un préservatif sur soi toute la journée. L’image m’a été soufflée par un médecin. «De fait, le préservatif protège des maladies. Maintenant, vous conviendrez que son usage n’est utile que dans certaines circonstances bien précises», a-t-il ironisé.

Malgré cette évidence, un constat: depuis ma fenêtre bruxelloise, à toute heure de la journée, on peut apercevoir des humains marcher seuls (ou avec leur chien) le visage masqué. Personnellement, autant voir des gens se protéger mutuellement en portant des masques en réunion ou au marché me rassure, autant voir mes contemporains porter des préservatifs tout seuls en rue me fait complètement boguer. Mon esprit rationnel tourne en boucle, désespérément en quête de sens.

Sous couvert de simplicité

Pour rappel, précédemment le port du masque était obligatoire dans les rues commerçantes et les zones à forte densité de population. Sans exception, la mesure d’antan faisait sens dans les faits. Je l’appliquais donc volontiers, voire je la réclamais. Le contraste est abyssal depuis que la mesure a été étendue sous couvert de «simplicité».

Il est certes plus simple de créer une obligation générale applicable indépendamment des circonstances. Mais quid quand ladite «simplicité» rend inaudible et anecdotique le fondamental «pourquoi» de la mesure (protéger et se protéger)? Il est peut-être simple d’après certains de porter un masque mécaniquement, partout, et tout le temps, mais en pratique… quel est le «pourquoi» sous-jacent d’un tel comportement?

«Nous avons été relégués au statut d’hommes-sandwichs, dont le placard facial martèle que 'le virus est parmi nous'.»
Sarah Halfin
Ingénieure de gestion, consultante et chroniqueuse

Honnêtement, je préférerais de loin que l’on se dise les choses franchement: nous avons été relégués au statut d’hommes-sandwichs, dont le placard facial martèle que «le virus est parmi nous». Nous aurions alors au moins un «pourquoi» qui nous tiendrait lieu de but. Ce serait peu flatteur, mais déjà moins machinal, plus humain. À moins qu’il n’y ait à date une réelle suspicion que le virus soit dans l’air, même quand il n’y a personne à proximité de soi?

Que sais-je, si ce n’est qu’une mesure sans «pourquoi» explicite incite à jouer aux devinettes (la preuve), s’applique par peur (250 € d’amende à Bruxelles) à défaut de raison et stimule toutes sortes de comportements irrationnels dommageables. Typiquement, celui qui consiste à faire tomber son masque une fois «à l’abri», bien au chaud à l’intérieur, en lieu clos, les fenêtres fermées. Ça vous dit quelque chose?

Enfin sur le principe cette fois, n’est-il pas affligeant de souhaiter l’application subjective d’une loi? Pour ne pas tomber dans l’absurde et la radicalité, nous ne pouvons en effet présentement compter que sur la capacité des policiers à s’attacher à l’essence de la loi, plutôt qu’à sa forme. C’est à eux qu’incombe aujourd’hui le choix de verbaliser ou non ceux d’entre nous qui marchent seuls dans des rues peu fréquentées, avec un préservatif dans la poche plutôt que sur nos parties intimes.

Tout avait si bien commencé...

Dire que les choses avaient pourtant si bien commencé dans notre plat pays. Durant le confinement, la Première Ministre Sophie Wilmès avait fait le pari courageux de miser sur l’adhésion des belges aux mesures, quand la France érigeait un cadre strict et infantilisant. Ici, pas d’attestation papier pour contrôler nos heures de sortie. On s’autorégulait, comme des grands. Et ça fonctionnait. Je plaignais alors les Français et j’étais si fière de ma patrie. Quelle tristesse. De motivés, nous sommes aujourd’hui passés à soumis. Laissés pour compte avec un bon vieux « parce que j’ai dit que c’est comme ça, un point c’est tout ! ».

Chers dirigeants, de grâce… Si vous n’avez pas le temps de (re)lire Nietzsche ou de vous former aux bases de la psyché humaine, croyez-moi sur parole: un humain sain d’esprit a besoin de donner du sens à ses actions. Alors, à défaut de nous promettre d’abroger rapidement la mesure, donnez-nous un «pourquoi»! N’importe lequel fera l’affaire, du moment que vous prenez le temps de nous l’expliquer clairement. Cela étant, bonne chance à vous… l’image du préservatif est coriace.

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