Pour (continuer à) vivre heureux, vivons connectés

©AFP

Nous devons à nouveau nous isoler. Mais durant cette crise du coronavirus, nous avons tous fait le même constat : nous ne sommes pas faits pour vivre dans une bulle fermée. L'homme est un être social qui tire son énergie, sa joie de vivre, voire son destin, des contacts qu'il entretient avec les autres. Et les personnes qui ne se sont jamais senties seules au cours des derniers mois se comptent sur les doigts d'une main.

De fait, une de mes thèses classiques repose sur le fait que la connexion avec l'autre constitue l'essence de la vie. Elle se nourrit de tous les témoignages auxquels je suis confronté jour après jour dans mon travail.

Tout au long de l'histoire, l'être humain a balancé entre une volonté d'auto-détermination et un besoin de connexion. La solitude n'est pas un phénomène nouveau, mais dans notre société actuelle, l'accent est tellement mis sur la liberté individuelle et la possibilité de fabriquer son bonheur (« like me on Facebook ») que l'on assiste à un véritable déséquilibre.

La solitude était autrefois le fruit d'un manque de liberté et d'une morale étouffante. Aujourd'hui, elle découle surtout du détricotage du tissu social, de l'anonymat de la vie dans une ville sans réseau.

"Près de la moitié de la population se sent régulièrement seule, les jeunes encore plus que les personnes âgées. Les mesures de confinement viennent encore renforcer ce phénomène."
Dirk De Wachter
Psychiatre-psychothérapeute à la KU Leuven

Et lorsqu’une crise survient, nous en payons le prix. Nous savons depuis des années que près de la moitié de la population se sent régulièrement seule, les jeunes encore plus que les personnes âgées.  Une crise sanitaire telle que celle que nous vivons aujourd’hui et les mesures de confinement qui l’accompagnent viennent encore renforcer ce phénomène.

Toutefois, les crises ne font pas seulement ressortir le pire chez l'homme, mais aussi le meilleur. Il y a quelques mois, tous les soirs à 20 heures, les gens sortaient pour applaudir le personnel soignant. Ils ont commencé à discuter avec leurs voisins qu'ils ne connaissaient même pas auparavant. Ils ont aidé leur tante âgée à faire ses courses et, à leur propre surprise, ils ont remarqué à quel point ça les rendait heureux. S'il y a bien un effet positif de cette crise, c'est qu'elle nous a fait prendre conscience de l'importance de la connexion.

Les belles paroles ne suffiront pas

Je lance donc un appel : bien que nous soyons confrontés à une nouvelle vague de renforcement des mesures, nous devons nous accrocher à cette prise de conscience et agir en conséquence. Malgré toutes ces limitations, nous devons tout mettre en œuvre pour nous connecter les uns aux autres. Non seulement avec nos proches, mais aussi avec les personnes de notre entourage qui se sentent isolées et qui puisent souvent le courage de continuer dans un seul bon contact, un seul signe de solidarité.

La technologie peut également nous donner un coup de main. C'est ainsi que les plateformes numériques * peuvent servir de facilitateur, tant pour aider que pour être aidé, et méritent donc un soutien total.

Cependant, les décideurs politiques ont aussi un rôle important à jouer. Ils soulignent à juste titre les graves conséquences psychosociales des nouvelles limitations imposées dans notre vie sociale. Pour beaucoup de personnes, ce durcissement des mesures sera très dur, bien plus dur qu'au printemps.  Les belles paroles ne suffiront pas : il faut également une attention et un soutien politiques supplémentaires.

La solitude n'est pas un problème individuel et aucun médicament ne peut le résoudre. La solitude est un problème de société qui nous concerne tous. Maintenant, plus que jamais.

Dirk De Wachter
Psychiatre-psychothérapeute à la KU Leuven

*Exemple avec la plateforme touscontrelasolitude.be

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