Pour se dire "libéral", DéFI va devoir revoir sa copie!

Deliveroo a généré un revenu additionnel de 29 millions d'euros pour le secteur de la restauration en Belgique entre juin 2016 et juin 2017. ©rv

Conservateur et corporatiste, en matière économique, le gouvernement bruxellois loupe tous les coches de la liberté et du progrès: pour se dire "libéral" DéFI va devoir revoir sa copie!

Par Marion Lemesre
Députée MR, échevine des Affaires économiques de la Ville de Bruxelles

Comme il n’a pas échappé à l’attention de toute personne attachée aux valeurs du libéralisme, le ministre DéFI de l’Economie Didier Gosuin a affiché sa volonté de planifier l’économie collaborative en lançant un appel à projets en vue de financer à l’avenir des plateformes alternatives. En effet, par voie de presse, le 7 février dernier, le ministre DéFi a fait savoir qu’il entendait désormais promouvoir des alternatives aux plateformes telles que Deliveroo, Uber et AirBNB en lançant des "plateformes locales qui créent de vrais emplois" et pas des "plateforme business comme Deliveroo". 

Quand on est en charge du développement économique d’une région comme Bruxelles, capitale de l’Europe, comment est-ce possible de se méprendre à ce point? Parler de la sorte s’avère à la fois démagogique et, surtout, révèle une certaine méconnaissance des effets positifs que de telles plateformes génèrent sur l’économie bruxelloise. Pour ce qui est d’AirBNB par exemple, en plus des 26 millions d'euros obtenus par les propriétaires des logements, en additionnant les dépenses des voyageurs AirBNB dans les cafés, les restaurants et chez les commerçants, on arrive à un total de plus de 130 millions injectés sur un an par l'activité de la plateforme dans l'économie bruxelloise(1). De plus, il est avéré, aujourd’hui, que ce type de logement génère des séjours plus longs (3,3 nuitées en moyenne en AirBNB contre 1,9 dans les hôtels). Ceci n’est qu’un exemple, mais il en existe bien d’autres.

20%
Restaurateurs
Un restaurateur sur cinq indique avoir agrandi sa cuisine ou rallongé ses horaires d'ouverture grâce à l'augmentation de clientèle via la livraison à domicile.

Deliveroo, à son tour, a généré un revenu additionnel de 29 millions d'euros pour le secteur de la restauration en Belgique entre juin 2016 et juin 2017(2). Près de la moitié (45%) des 1.100 restaurants partenaires de la plateforme indiquent avoir accédé à une nouvelle clientèle via Deliveroo, alors qu'un restaurateur sur cinq (20%) indique avoir agrandi sa cuisine ou rallongé ses horaires d'ouverture grâce à l'augmentation de clientèle via la livraison à domicile. En Belgique, les activités de la société ont permis de créer 1.848 "opportunités d'emplois" pour les coursiers et restaurants partenaires sur la période examinée. 180 emplois ont notamment été créés dans le secteur de la restauration pour faire face à la hausse des activités.

Les recettes fiscales engrangées par les autorités belges sont par ailleurs estimées à 2,2 millions d'euros sous forme d'impôt des sociétés. Environ 3,7 millions d'euros de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ont été récoltés via l'achat de repas sur la plateforme. Les chiffres parlent d’eux-mêmes! Et je ne m’attarderai pas sur les autres plateformes qui ont considérablement développé l’économie bruxelloise au cours des dernières années.

S’il est vrai que ces exemples éloquents de retombées positives au sein de notre région méritent d’être soulignés, ils ne doivent cependant pas masquer les failles qui résultent du modèle dessiné par les plateformes d’économie collaborative. Qu’il s’agisse du taux très faible d’imposition de ces sociétés ou de la couverture des droits sociaux des travailleurs, il reste bien entendu du chemin à parcourir.

Le ministre Défi de l’Economie tombe dans la caricature de notre gouvernement fédéral qui chercherait à créer du "libéralisme sauvage" et dénonce la "concurrence déloyale avec des travailleurs et des tâches existantes".
Marion Lemesre

Mais quelle aberration de sonner la charge sur ces plateformes qui ont véritablement été des moteurs pour l’économie régionale, alors qu’on pourrait au contraire mieux les encadrer pour mieux les accompagner. La réalité se doit d’être analysée d’un point de vue pragmatique, et si je veux bien reconnaître un certain effet "disruptif" sur le marché de l’emploi, la méthode pour accompagner ce phénomène ne doit en aucun cas s’asseoir sur des déclarations caricaturales.

Le ministre Défi de l’Economie tombe dans la caricature de notre gouvernement fédéral qui chercherait à créer du "libéralisme sauvage" et dénonce la "concurrence déloyale avec des travailleurs et des tâches existantes".

Mais qui a le droit d’interdire à un travailleur de travailler plus s’il le désire? Qui a le droit de juger ces hommes et ces femmes qui ont l’envie et le courage d’exercer une activité complémentaire? En faisant semblant d’oublier que le projet de loi De Block(3) se limite aux personnes exerçant déjà un 4/5 temps, le ministre occulte la vérité. Celle-ci n’a pourtant rien à voir avec le fait de créer des "mini-jobs". Avec la Loi De Croo(4), ces deux textes de loi ont le même objectif; ils visent tous deux à lutter contre le travail au noir, ce qui revient une fois encore à créer de l’emploi tout en donnant des incitants aux personnes qui se situaient auparavant dans l’illégalité.

Cette considérable manne financière, plutôt que d’agir à la marge contre des sociétés aux moyens gigantesques, ne pourrait-elle pas bénéficier à l’Agence bruxelloise pour l’accompagnement de l’entreprise afin d’accompagner plus efficacement les PME qui se battent chaque jour sur le territoire régional?
Marion Lemesre

Force est de remarquer que pour quelqu’un qui appartient à un parti qui se revendique désormais du "libéralisme social", le ministre oublie que le libéralisme ne se définit pas par la planification de l’économie. Le libéralisme se construit au contraire sur l’initiative privée, qui se doit d’être encouragée, accompagnée, encadrée mais jamais dirigée.

Il y a de quoi être dubitatif par rapport aux priorités définies par ce gouvernement! Est-ce que la priorité pour la Région se situe dans le financement d’appels à projets destinés à créer des plateformes de type publiques, concurrentes aux plateformes privées existantes? Au contraire, ne serait-il pas plus judicieux d’utiliser ce montant de 600.000 euros pour financer des initiatives déjà existantes telles que le fonds d’investissement ST’ART ou SCALE I? Cette considérable manne financière, plutôt que d’agir à la marge contre des sociétés aux moyens gigantesques, ne pourrait-elle pas bénéficier à l’Agence bruxelloise pour l’accompagnement de l’entreprise afin d’accompagner plus efficacement les PME qui se battent chaque jour sur le territoire régional?

En lieu et place d’une réflexion prospective et ouverte, le ministre choisit la voie de l’invective et de la carricature, ce qui est désolant. Comme nous l’avons vu, l’activité de ces plateformes se doit d’être mieux encadrée. Cependant, les bénéfices concrets qu’ils dégagent, de manière directe ou indirecte, ont contribués au développement de notre Région et cette réalité ne peut être ignorée.

(1) Statistiques d’activité publiées par AirBNB: "L’impact économique de la communauté AirBNB en Belgique" Août 2016 – Août 2017.
(2) “Un impact économique de 29 millions d'euros pour Deliveroo l'an dernier”, Agence Belga , le 06 février 2018. Résultats basés sur une étude d'impact économique réalisée par le bureau de recherche Capital Economics.
(3) Projet de loi du 11 Décembre 2017 relatif à la relance économique et au renforcement de la cohésion sociale.
(4) Loi programme du 1er Juillet 2016.

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