carte blanche

Pour une politique internationale citoyenne et solidaire

Ministre d'Etat, ex-ministre de la Défense

En matière de relations internationales, à l’instar des autres domaines de l’action politique, peuples et citoyens, femmes et hommes de ce siècle, doivent être placés au cœur de nos préoccupations. Nous ne pouvons continuer de les voir comme une donnée abstraite et négligeable ni comme une variable d’ajustement. Impossible d’ignorer leurs aspirations, doutes, craintes et espoirs. Impossible de négliger leurs besoins fondamentaux. Nous avons l’impérieux devoir d’y être attentifs. Nous devons tenter d’y répondre sans faux-semblants et sans paternalisme. La légitimité, la pertinence et la crédibilité de notre action sont à ce prix. En Belgique comme ailleurs, l’avenir de la démocratie en dépend.

Une démarche humaniste et progressiste

Contre l’approche descendante, dite top-down, il nous faut encourager une démarche progressive fondée sur la solidarité, l’écoute et le respect. Nourrie par la base, cette démarche humaniste et bottom-up est seule capable d’assumer, avec conscience et pragmatisme, les défis pressants du monde désorienté que nous habitons. Dans ce monde sans cesse plus connecté, le repli identitaire, paradoxalement, va croissant. Tandis que s’intensifient les échanges internationaux, de nouveaux murs, érigés par d’aucuns en solution miracle, ne cessent de se faire jour, sapant les fondements de notre existence collective.

Face à cette logique régressive, la voie de la proximité et celle du terrain s’imposent au premier chef. En tant que mandataires politiques, il nous appartient de travailler à restaurer les liens de confiance et de collaboration entre les institutions publiques et tous ceux – citoyens, associations, collectivités locales, etc. – qui composent le corps social. C’est avec eux qu’il faut bâtir la politique internationale en partant de situations et de problèmes concrets. C’est avec eux que nous pourrons cheminer vers plus de fraternité, d’entente et de prospérité pour faire émerger un monde sans frontières. C’est avec eux que nous remettrons un peu d’ordre humain dans le chaos ambiant et parviendrons peut-être à dissiper les heures sombres de nos démocraties.

Mailler, remailler

En tant que socialiste et progressiste, l’important reste selon moi d’établir ou de rétablir un maillage de relations sociales afin de favoriser le " vivre ensemble " et l’ouverture à la différence qui le rend possible. " Vivre ensemble ", c’est regarder l’autre, l’étranger, le réfugié politique ou le travailleur migrant, comme une chance et non comme un risque. C’est participer d’une communauté de sens, de valeurs et de destin. C’est tâcher de donner corps à cette communauté par-delà les événements tragiques qui nous réunissent de façon ponctuelle. Les jeunes, parce qu’ils portent de nouveaux modes d’engagement et de mobilisation, sont spécialement concernés par ce projet de solidarité internationale.

La solidarité, qui depuis longtemps est mon maître-mot, doit être à la base des partenariats mis en place dans le cadre de relations Nord-Sud, Sud-Nord, Nord-Nord ou encore triangulaires. Fondés, d’une part, sur la connaissance et la confiance réciproques, de l’autre, sur le partage d’expériences et l’éducation citoyenne, ces partenariats sont à mes yeux les seuls garants d’une paix durable au plan international. Ils représentent aussi la meilleure façon d’établir des coopérations économiques tout à la fois respectueuses et équilibrées au sein desquelles les initiatives locales (via l’enseignement ou les intercommunales, par exemple) doivent primer. Ce dernier point est un gage de cohérence ainsi que d’efficacité de l’action publique.

L’humain contre les chiffres : une logique de partenariat

En somme, les partenariats solidaires constituent, pour la Belgique et ses Régions, une formidable opportunité de se repositionner sur la scène internationale. J’appelle de mes vœux une politique bien plus proactive, courageuse et humaniste qu’aujourd’hui. Cette politique doit porter une vision d’avenir et une conception renouvelée des relations extérieures. Au regard de son histoire et des migrations successives qui l’ont construite, la Belgique, francophone notamment, dispose de liens privilégiés avec les peuples d’Afrique sahélienne et des Grands Lacs, comme avec ceux du pourtour méditerranéen. Ces liens, qu’il faut impérativement dépouiller des vieux réflexes néocolonialistes, doivent être renforcés et mis au service du développement économique des populations locales des pays du Sud.

Les entités fédérées ont sur la scène internationale les moyens d’agir – parfois bien plus que l’État fédéral. Les matières que je pointe ici relèvent, en effet, de leur compétence, du moins pour une part. En conséquence, la Belgique francophone doit s’efforcer de promouvoir ses valeurs, principes et intérêts face aux représentants du nord du pays. Elle doit également s’efforcer de faire prévaloir, en Europe comme ailleurs, l’humain devant les chiffres.

Renforcer l’Europe, consolider la paix

Au niveau européen, il s’avère indispensable de dynamiser la démocratie ; d’accroître le sentiment d’appartenance ainsi que l’adhésion à cette Union porteuse de paix et de prospérité. Pour ce faire, nous devons doter le Parlement de pouvoirs réels et travailler à en consolider la stature autant que la légitimité – ceci tout en œuvrant dans le respect des souverainetés, des cultures et des gens. La mise en avant du vote obligatoire, l’affermissement de la diplomatie parlementaire, l’amplification de l’expérience " Erasmus " comme celle des volontariats européens, représentent autant de pistes à creuser. Là encore, la Belgique francophone a un rôle à jouer : celui-ci est crucial !

Au reste, le maintien de la paix et de la stabilité au niveau international, de même que la protection des libertés publiques, supposent d’investir dans une politique de défense et de sécurité cohérente autant que solidaire. Cette politique doit être pensée avec pragmatisme et dans une perspective de complémentarité. Il convient d’attribuer à chacun – ONU, OTAN, Union européenne, organisations régionales et États – un rôle spécifique, qu’il soit diplomatique ou militaire. Étant entendu qu’une opération militaire ne saurait avoir d’autre fin que le rétablissement des conditions d’exercice de la diplomatie. Cette problématique me tient particulièrement à cœur.

Face au discours du " toujours plus " menant, trop souvent, à l’escalade de la violence, j’oppose celui du " mieux ensemble ". Faire mieux ensemble, cela veut dire : entrer dans une logique raisonnée de défense commune ; éviter les investissements inutiles et les astreintes rigides à l’effort de défense ; garantir l’interopérabilité entre les différentes forces armées ; travailler en toute transparence et sur la base d’un niveau d’ambition raisonnable.

Vers une Europe de la Défense

Pour un petit pays comme la Belgique, une Europe de la Défense, porteuse d’une politique d’achats coordonnés, constitue un horizon souhaitable, que ce soit en termes de sécurité nationale ou de vitalité de nos industries. Cette Europe de la Défense – qu’il faut doter d’une Académie européenne et d’une Agence d’achats militaires en bonnes et dues formes – ne s’oppose nullement à l’OTAN. Au contraire, elle vient compléter, sinon renforcer, l’action et l’efficacité de l’Alliance atlantique.

Ceci étant, la Défense belge, même amoindrie, n’en reste pas moins riche d’expériences, d’expertises et de compétences fortes. Nos partenaires le savent. Mais soyons réalistes : nous ne pouvons être crédibles dans tous les domaines ni sur tous les fronts. Pour éviter la dispersion, j’imagine notre Défense se positionner, par exemple, comme opérateur d’un navire-hôpital, mais encore participer à la mise en œuvre de programmes liés au déminage, au transport aérien et au ravitaillement en vol, au renseignement, à la technologie des drones ou à la lutte contre la cybercriminalité. Sur tous ces chantiers, la Belgique est en pointe. Les atouts de notre Défense comme ceux de nos militaires sont ici : dans la préparation et la concrétisation d’opérations précises, spécialement destinées à la société civile, que ce soit au niveau national, européen ou international.

En tant que socialiste et en tant qu’Européen, c’est dans cette direction, tournée vers la solidarité et le partenariat, que j’entends continuer d’agir.

André Flahaut
Ministre d’État

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés