carte blanche

Pourquoi l'or monte… Et est-ce que cela pourrait durer?

Senior Economist BNP Paribas Fortis

Au niveau actuel, l'offre pourrait continuer à diminuer car les prix n'attirent pas de nouveaux investissements dans la production.

Certains ont coutume de dire que l’or monte quand les gens ont peur: la valeur refuge par définition. Son défaut principal est qu’il ne rapporte pas d’intérêts, mais le raisonnement est-il toujours valable quand les taux d’intérêt sont à zéro? Par ailleurs, les autres valeurs refuge classiques (CHF, Yen) subissent des vents contraires depuis tout un temps… laissant à l’or une place toute particulière.

Le dernier rapport du "World Gold Council", le Conseil mondial de l’or, vient de sortir et permet de remettre quelques idées en place.

Tout d’abord, de quoi se compose la demande d’or? De la fabrication de bijoux à 57%, des investissements et placements pour 21%, des banques centrales à 14% et enfin de l’industrie pour 8%.

Et d’où vient l’offre? Du recyclage de l’or existant à 25% et des productions des mines à 75%.

Ces derniers temps, l’or a repris quelques couleurs. Après la crise financière, la peur de l’inconnu s’était installée et l’or en avait largement profité. Mais depuis l’apaisement des tensions dans la zone euro, après 2013, l’or a reperdu une bonne partie du terrain qu’il avait gagné avec la crise. La tendance est restée clairement baissière, et ce jusqu’au début de 2016, où les secousses sur les Bourses, les incertitudes relatives à une éventuelle rechute en récession de nombreux pays et des craintes sur la solidité des banques ont remis l’or à la mode, dopant son prix de 20% en quelques jours.

©RV DOC

Le Conseil mondial de l’or nous apprend aussi qu’au cours des derniers mois de 2015, les banques centrales ont voulu renforcer la politique de diversification des réserves qu’elles pratiquent depuis 2010 (utile en périodes de fortes turbulences sur les devises…) et qu’elles ont contribué à la hausse de la demande d’or, dans un environnement où l’offre, elle, diminuait. Sur les trois derniers mois de 2015, la demande émanant des banques centrales a fait un bond de 25% par rapport à la période correspondante de 2014, tandis que l’offre d’or chutait, de près de 2%.

Est-ce durable?

©Thierry du Bois

Difficile à dire, personne ne peut prévoir comment les marchés évolueront, mais les choses semblent se calmer depuis quelques jours (Bourses, prix du pétrole), ce qui plaide pour une accalmie dans la hausse du prix de l’or. Par contre, si les turbulences continuent au niveau des devises (yuan, yen,…) ou que l’environnement économique reste perturbé, ce que beaucoup attendent, les banques centrales ne resteront pas inactives et continueront leurs achats d’or. Difficile d’imaginer dans ce contexte un net recul du prix de l’or… Le statu quo pourrait prévaloir, jusqu’à la prochaine crise.

Le Conseil mondial de l’or insiste également sur le fait qu’au niveau actuel, l’offre pourrait continuer à diminuer car les prix n’attirent pas de nouveaux investissements dans la production.

La combinaison de tous ces éléments plaide dès lors plutôt pour un prix de l’or stable ou en hausse à l’avenir.

Sylviane Delcuve,
Senior economist BNP Paribas Fortis

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