Pourquoi la Belgique est-elle en retard en matière de mobilité électrique?

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Moins polluantes, moins bruyantes et moins énergivores, les voitures électriques ont vu leurs ventes augmenter de 55% en Belgique en 2019. Cependant, les infrastructures en place ne répondent pas toujours aux besoins actuels et freinent l’accélération d’une mobilité plus verte.

Responsables de plus de 22% des émissions de CO2 en Belgique, les transports sont l’un des secteurs les plus polluants du pays [1]. C’est pourquoi l’accélération de la mobilité électrique permet de répondre à un enjeu environnemental majeur.  

Mathias Lelievre.

Moins polluants, moins bruyants et moins énergivores, les véhicules électriques séduisent de plus en plus le grand public, les entreprises et les collectivités. Ainsi, les ventes de voitures électriques ont augmenté de 55% [2] en Belgique en 2019. Cependant, les infrastructures en place ne répondent pas toujours aux besoins actuels et freinent l’accélération d’une mobilité plus verte. Par exemple, il n’existe à ce jour que 1000 bornes [3] de recharge électrique publiques.

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Il n’existe à ce jour que 1000 bornes de recharge électrique publiques en Belgqiue.

Comment expliquer un tel retard? Quels sont les autres freins au développement des véhicules électriques en Belgique? Comment l’industrie et les collectivités belges doivent renforcer leur collaboration pour accélérer la mobilité électrique sur l’ensemble du territoire?

Electricité verte

Les véhicules électriques présentent de très nombreux avantages, notamment la baisse des émissions de gaz à effet de serre générées par le trafic routier. En effet, ces véhicules émettraient 2 à 6 fois moins de CO2 [4] sur l’ensemble de leur cycle de vie comparés aux voitures thermiques. Néanmoins, l’impact des véhicules électriques sur la réduction de la pollution atmosphérique dépend fortement du mix électrique utilisé pour les recharger. Pour que le bénéfice environnemental soit significatif, la source d’énergie doit être verte. Autrement dit, l’électricité doit provenir de sources décarbonées.

Beaucoup moins bruyants que les modèles à essence ou diesel, les véhicules électriques permettent aussi de diminuer la pollution sonore dans les villes et d’améliorer la qualité de vie des urbains. Une solution prometteuse alors que le bruit serait à l’origine de problèmes de santé chez près de 1 citoyen européen sur 5 [5].

"L’électrification des transports est complexe puisqu’elle dépend, entre autres, des spécificités du marché local de l’électricité (...) où les écarts entre les tarifs peuvent être conséquents."
Mathias Lelievre
CEO Engie Impact

Les véhicules électriques peuvent également combler les irrégularités de production et de consommation d’un réseau public ou privé. Cette capacité de pouvoir exploiter au maximum les ressources énergétiques renouvelables intermittentes permet d’optimiser leur rentabilité et de diminuer le recours aux énergies fossiles.

Un marché électrique disparate

Malgré ces avantages, l’électrification des transports est complexe puisqu’elle dépend, entre autres, des spécificités du marché local de l’électricité. En Belgique, celui-ci est divisé en trois régions (Flandre, Bruxelles et Wallonie) depuis sa libéralisation en 2007. À ce jour, il existe environ 20 différents fournisseurs [6] mais tous n’opèrent pas sur les trois marchés et les écarts entre les tarifs peuvent être conséquents. Par exemple, l’électricité est plus chère en Flandre (0,3€/kWh en moyenne) qu’en Wallonie (0,25€/kWh) et dans la région de Bruxelles (0,2€/kWh) [7]. Une disparité qui se répercute inévitablement sur le prix des recharges électriques.

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Par ailleurs, il existe des disparités entre les moyens de paiement des bornes et les formules d’abonnement en fonction du fournisseur et de la région. Bien qu’il soit avéré que les véhicules électriques sont plus rentables que les véhicules thermiques sur le long terme, ces différences d’offres freinent le développement d’une mobilité électrique sur l’ensemble du territoire.

Transition complexe pour les flottes d’entreprises

Bien que de plus en plus d’entreprises opèrent la transition de leurs flottes vers l’électrique, beaucoup n’anticipent pas la complexité des travaux nécessaires à la création d’un parc de bornes de recharge électrique optimisé. Changer de véhicules constitue une étape, parmi tant d’autres, dans ce processus transitoire. On estime qu’il faut environ 7 à 10 ans pour convertir entièrement un parc automobile. Indépendamment des défis techniques, les gérants doivent également envisager la transition électrique comme un projet qui doit faire entièrement partie de la stratégie globale de l’entreprise. De tels changements nécessitent l’engagement de tous les collaborateurs, c’est pourquoi il est nécessaire de prévoir une stratégie d’accompagnement adaptée en interne.

C’est à ce titre que l’UE s’engage auprès de tous les acteurs économiques, notamment avec son « pacte vert pour l’Europe » qui prévoit des investissements majeurs garantissant une transition plus juste qui implique tous les secteurs. Une promesse qui soutient l’innovation industrielle dans le déploiement des moyens de transport plus propres.

Tant de facteurs qui encouragent l’accélération de la mobilité électrique en Belgique. Son futur dépend donc de la capacité des pouvoirs publics à échanger avec les acteurs privés notamment des secteurs énergétiques et des transports. Une étroite collaboration avec ces derniers permettra de créer le cadre et les infrastructures à même de promouvoir une mobilité bas carbone sur le long-terme. 

Mathias Lelievre
CEO Engie Impact

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