Pourquoi les élections européennes importent plus que toutes les autres

L’Union n’a jamais été aussi nécessaire et pourtant nous n’avions pas connus un tel niveau d’Euroscepticisme et de division depuis la Seconde Guerre mondiale. ©REUTERS

Si les partis politiques se concentrent surtout à souligner ce qui les différencie en période électorale, ce ne sont pourtant pas les défis nécessitant des solutions communes qui manquent… Tel est l’objectif de cette série d’articles qui débute aujourd’hui: tenter d’apporter au-delà des clivages idéologiques et politiques des réponses concrètes aux problèmes les plus pressants. Tous les quinze jours, par groupe de deux ou trois, des politiques aux sensibilités différentes, qui incarnent la génération montante, s’essayeront à penser ensemble des sujets aussi brûlants que l’avenir de l’Europe, les conditions d’un enseignement performant, les enjeux climatiques et de mobilité, la révolution du travail et le revenu universel ou encore les conditions d’une bonne gouvernance politique.

Par Christophe De Beukelaer, Nathan Lallemand et Brieuc Van Damme
Le premier est entrepreneur et président des jeunes cdH; le second est conseiller politique à l'Institut Émile Vandervelde (centre d'étude du PS); le troisième est consultant et membre de l'Open Vld.
Ils écrivent à titre personnel.

À en croire l’adage connu de l’ancien président du Congrès américain Tip O’Neill: "Toute politique est locale". Il est vrai que plus les circonscriptions sont petites, plus la voix de l’électeur influence le résultat du scrutin. Au plus la proximité avec l’électeur est forte, au plus l’action politique semble satisfaisante: des problématiques abstraites sont remplacées par des actions concrètes que tout le monde peut voir, et juger.

Pour de nombreux électeurs, la politique de l’Europe semble abstraite, intangible et lointaine. Pourtant, seules les élections européennes peuvent apporter des réponses aux grands défis qui détermineront le futur de notre espèce.
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Pour de nombreux électeurs, la politique de l’Europe semble abstraite, intangible et lointaine. Pourtant, seules les élections européennes peuvent apporter des réponses aux grands défis qui détermineront le futur de notre espèce (et oui, on en est arrivé là…).

Mais quels défis demandez-vous?

Commençons par cette épée de Damoclès qui menace l’humanité entière. Il s’agit bien sûr du réchauffement climatique, de la crise environnementale et la perte de biodiversité qui en découle.

Impact démultiplié

Certes, il existe des réponses locales mais leurs impacts seront démultipliés si elles sont coordonnées à l’échelle européenne. Il est bénéfique de construire des éoliennes en mer du nord et d’installer des panneaux solaires dans les pays méditerranéens mais ce n’est qu’en les reliant entre eux avec un réseau paneuropéen qu’on pourra pallier au caractère intermittent de la production d’électricité verte.

De la même manière, ce n’est qu’en parlant d’une seule voix que le plus grand marché du monde peut user de son influence pour améliorer l’empreinte environnementale des produits et réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le monde entier pourra bénéficier des actions de l’Europe, elle fera figure d’exemple et gagnera à conforter sa position de leader mondial en matière d’environnement.

©EPA

Il y a bien sûr la question migratoire. Nous avons vu le coût humain qui découle de la division de l’Europe sur cette question. Des dizaines de milliers de morts dans la Méditerranée, des campements de fortunes, le retour de la traite d’êtres humains… Il est temps pour l’Europe de revoir l’accord de Dublin et de fixer des objectifs d’accueil solidaires et raisonnables.

Installons des points d’entrée officiels aux portes du continent. Les migrants y seraient accueillis de manière digne, sans devoir recourir aux passeurs, et pourraient y déposer une demande d’asile. Les réfugiés seraient ensuite répartis entre les différents pays d’Europe en fonction de leur préférence et de la capacité d’accueil des états membres.

Les récents mouvements sociaux nous rappellent combien la question des inégalités et donc de la justice fiscale doivent trouver des réponses nouvelles. Pour avoir une juste contribution de chacun, citoyen et entreprise, une harmonisation européenne en matière de taux d’imposition et de lutte contre la fraude fiscale est indispensable.

Comment réintéresser les gens?

Nous pourrions également aborder la révolution digitale qui transforme le visage de l’économie mondiale. Ou encore le basculement des rapports de force mondiaux et les tensions qui en découlent, à l’heure où le ton monte entre l’UE et la Russie. Sans parler de la montée du populisme. Bref, voilà les grands défis de notre temps. Tous nécessitent une réponse européenne. L’Union n’a jamais été aussi nécessaire et pourtant nous n’avions pas connu un tel niveau d’euroscepticisme et de division depuis la seconde Guerre mondiale.

Avant de pouvoir relever ces grands défis il faudra répondre à une question plus urgente: comment redonner de l’intérêt aux citoyens pour l’Europe?

Robert Schuman ©© Bettmann/CORBIS

Robert Schuman, un des pères fondateurs de l’Union, avait coutume de dire "L’Europe est plus une entreprise de raison qu’une affaire de sentiments". Mais depuis la Communauté européenne du charbon et de l’acier de l’ancien Ministre des affaires étrangères, l’Europe a beaucoup évolué. C’est justement parce que l’Europe est plus qu’une entreprise de raison qu’il faut la rendre plus transparente, et donc à la fois plus participative et responsable. Mais comment faire?

D’abord, il faut construire une Europe plus politique avec une Commission européenne composée sur base d’une majorité parlementaire. Il faut créer un réel jeu d’opposition et de majorité. L’Europe sera politique, ou elle ne sera pas!

Ensuite, le Parlement devrait recevoir un droit d’initiative. Et le cycle budgétaire européen devrait coïncider avec celui des élections européennes, de façon à ce que le nouveau Parlement puisse pleinement jouer son rôle de contrôleur des dépenses.

Enfin, les institutions européennes manquent cruellement de transparence et de simplicité. C’est pourquoi nous proposons qu’au sein du Conseil européen les procès-verbaux et les votes de nos dirigeants nationaux soient systématiquement publiés. Les députés européens devraient également rendre des comptes et le contrôle des lobbies serait renforcé.

Guy Verhofstadt ©European Union 2015 - European Parliament

Utopique? Si la montée des populismes se concrétise, un nouveau clivage communautariste- nationaliste se créera. Guy Verhostadt, qui est en charge du "Brexit" au Parlement européen prédit que "si nous continuons comme cela, l’Union européenne va éclater".

Les institutions européennes jouent leur survie si elles ne s’inscrivent pas dans une dialectique de majorité pro-européenne. À nous, citoyens, de leur donner ce mandat ambitieux et nécessaire.

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