carte blanche

Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ?

Olivier  Colin

La rémunération est une composante importante des inégalités homme/femme. Bien que des progrès existent, on observe encore des écarts de rémunération de près de 16% entre les hommes et les femmes au sein de l’Union européenne.

Par Olivier Colin
Ingénieur de gestion et économiste

En janvier dernier, l’Islande a été le premier pays au monde à imposer l’égalité de salaire entre les hommes et les femmes. Ce n’est pas pour rien que le pays trône en tête du classement des pays les plus égalitaires établi par le Forum économique mondial, devant la Norvège et la Finlande. Il reste pourtant encore beaucoup de chemin à parcourir. A tel point que selon le Forum, les inégalités entre hommes et femmes se sont même creusées dans le monde en 2017 et ils estiment qu’il faudra attendre 100 ans pour que l’écart entre les genre puisse se résorber dans le monde.

16%
.
L'écart de rémunération homme / femme est de l'ordre de 16% au sein de l’Union européenne.

La rémunération est une composante importante de ces inégalités. Bien que des progrès existent, on observe encore des écarts de rémunération de près de 16% entre les hommes et les femmes au sein de l’Union européenne. Une partie de cette différence, sans pour autant être justifiée, peut s’expliquer sur base d’éléments purement économiques : le travail à temps partiel, le temps accordé aux tâches domestiques ou encore des catégories d’emplois différentes. C’est en agissant sur ces variables que la courbe pourra éventuellement être inversée.

Tout d’abord, il y a en moyenne 5 à 6 fois plus de femmes qui travaillent à temps partiel en Europe et elles effectuent près de 70% des tâches domestiques au sein de l’OCDE. Les femmes font également moins d’heures supplémentaires alors que ces heures sont souvent mieux rémunérées. Cela explique une partie de la différence en terme de rémunération.

A côté de cela, alors qu’on comptait en 2015 43% de femmes diplômées de l’enseignement supérieur en Europe contre seulement 34% pour les hommes, un pourcentage important des emplois féminins sont concentrés dans certains secteurs peu rémunérateurs, comme l’administration, la santé, l’enseignement ou les services sociaux.

Aujourd’hui encore, 90% des hauts dirigeants du CAC40 sont des hommes.
.
.

Les femmes sont à l’inverse sous représentées dans des métiers plus rémunérateurs comme les métiers d’ingénieur, ou dans la technologie. Plusieurs explications peuvent coexister : les stéréotypes attachés à certaines catégories d’emplois ou encore le frein social et le manque de confiance accordé par la société aux femmes. A titre d’exemple, aujourd’hui encore, 90% des hauts dirigeants du CAC40 sont des hommes. C’est ce qu’on appelle le " plafond de verre ". Enfin, il existe également une discrimination salariale pure entre hommes et femmes pour des postes et des compétences similaire. Cette discrimination, inacceptable, et qui ne s’explique par aucun élément objectif a été estimée en France à environ 10%.

Pourtant, des études récentes montrent qu’une plus grande égalité économique entre les hommes et les femmes engendrerait des gains de PIB assez importants, de l’ordre de 250 milliards de dollars pour le Royaume Unis ou encore 320 milliards pour la France.

Que faire dès lors pour tenter d’inverser la courbe ? Agir sur les causes, en permettant aux femmes d’accéder plus facilement à des postes de direction, en favorisant la flexibilité du travail et en faisant évoluer les mentalités. Le gouvernement fédéral belge a fait des progrès importants en matière de flexibilité du travail mais force est de constater qu’il faut également faire évoluer les mentalités.

D’autres pistes sont possibles : l’Allemagne a mis en place des mesures pour favoriser la transparence des salaires et le Canada veut renforcer le congé de paternité afin d’encourager le partage des responsabilités parentales. Mais changer les mentalité prendra encore du temps, et le travail est loin d’être terminé.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content