Pourquoi maintenir en vie des filières d'enseignement désertes?

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Par Jean-Yves Huwart - Entrepreneur et auteur

 

Le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), Pierre-Yves Jeholet, se lamentait, la semaine dernière, de la stagnation de la qualité de l’enseignement, alors le financement par élève en Belgique francophone avait augmenté de 71% depuis 1999.

Avec 11,5% de son PIB consacré au système éducatif, contre 9,4% en moyenne dans l’Union européenne, l’enseignement belge francophone est, toujours, l’un des mieux financés au monde. Il est aussi, toujours, l’un des moins bien classés dans les évaluations internationales PISA, sur la moyenne d’une classe d’âge. 

Le paradoxe n’en est en fait pas un. Pour rappel, le système actuel a été conçu, au départ, pour faire émerger une élite. Il n’avait pas pour but de hisser l’ensemble d’une population à un niveau d’éducation équivalent.

Un siècle plus tard, la relégation se traduit par le taux de redoublement parmi les plus élevés du monde: 48% d’élèves belges francophones ont doublé au moins une année à l’âge de 15 ans.

Les mâchoires du système continuent donc de croquer les retardataires. Des cohortes d’élèves sont ainsi réorientés vers les bancs de l’enseignement professionnel et technique, dit aujourd’hui qualifiant.

Après tout, pourquoi pas?

On demande au malade de se couper lui-même le bras. Il est logique qu’il refuse.
Jean-Yves Huwart

La société n’a-t-elle pas besoin de techniciens qualifiés, d’artisans? L’enseignement qualifiant est là pour former ces futurs profils?

Bien sûr. Hélas, la Fédération Wallonie-Bruxelles n’honore pas son contrat.

Les entreprises continuent de pleurer après des jeunes qualifiés et motivés pour combler des dizaines de milliers de postes vacants. Les choses s’améliorent pas. Récemment, l’Agence bruxelloise de l’emploi Actiris regrettait la chute de 20% du nombre de candidatures pour des postes liés à l’informatique, alors que la demande est en hausse de 70% sur cinq ans. L’informatique est d’ailleurs l’une de ces filières proposées aux jeunes dans l’enseignement qualifiant.

Étrangement, elle n’attire pas foule. Elle n’est pas la seule…

En effet, l’Enseignement qualifiant en Fédération Wallonie-Bruxelles supervise pas moins de 233 types de formation… La moitié de ces options attirent moins de… 7% des élèves. Certaines classes comptent à peine deux à trois élèves…

Le constat est connu. Mais rien n’y fait. Au cours des dernières années, moins de 10% des 233 options ont fait l’objet d’un examen en vue d’une éventuelle fermeture. Veto des syndicats et des pouvoirs organisateurs…

Plus interpellant, les filières de formation les plus remplies ne sont toujours pas celles qui offrent le plus de débouchés. L’option "éducateur" est aujourd’hui la filière la plus populaire dans l’enseignement qualifiant en Belgique francophone.

Les filières industrielles n’arrivent qu’en troisième position (électricité, électronique, etc.). Or la demande est bien plus importante dans ces dernières. Dans l’avenir, la Wallonie ne manquera pas d’éducateurs.

Elle risque, par contre, de continuer à manquer de techniciens et électriciens qualifiés.

Modèles alternatifs 

Des modèles alternatifs de formation bien plus efficaces ont pourtant fait leurs preuves autour de nous. L’apprentissage en entreprise, en particulier. Il fait les beaux jours de la Suisse, de l’Autriche, de l’Allemagne, du Danemark ou du Royaume-Uni depuis des décennies. En Suisse, 90% des élèves de l’enseignement qualifiant sont apprentis dans des entreprises. Le taux de chômage des jeunes y est quasi inexistant. En Wallonie, à peine 2,6% des élèves sont en apprentissage à l’extérieur. Le chômage des jeunes est parmi les plus élevés du continent.

La Belgique francophone préfère financer des filières désertées au sein des établissements scolaires existants.

Les chiffres et les constats cités ici sont en grande partie tirés des analyses préliminaires aux travaux du Pacte d’excellence.

Quelles mesures en ont été tirées? "Une volonté de rationaliser l’offre et de mettre en place un meilleur pilotage", dit l’avis n°3 du Pacte. Maigre. Pas d’engagement concret, ni de nouvelle inspiration.

La Pacte d’enseignement a été rédigé par les "acteurs de l’enseignement", disait l’ancienne ministre Schyns. C’est sans doute le problème. On demande au malade de se couper lui-même le bras. Il est logique qu’il refuse. Et tant pis si l’enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles demeure plus coûteux et inefficace qu’ailleurs dans le monde…

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