carte blanche

Pourquoi notre économie doit être pensée en fonction des défis démographiques

CEO de M&G Investments

Des taux de PIB plus élevés ne sont pas nécessairement la solution pour relever le défi du vieillissement de la population.

Par Anne Richards
Directrice générale de M & G Investments

Le sentiment sur les marchés des capitaux a connu un changement majeur au cours des derniers mois. Les craintes de stagnation séculaire et de déflation se sont dissipées, et les investisseurs sont à nouveau disposés à prendre des risques. De nombreux économistes ont révisé à la hausse leurs estimations de croissance économique mondiale et notamment aux Etats-Unis, où l’on prévoit un allégement de la fiscalité suite aux promesses de campagne du président Trump.

Si, à court terme, certaines économies comme les États-Unis et le Royaume-Uni connaissent un certain dynamisme, avec un taux de chômage faible et une consommation forte, d’autres paramètres doivent être pris en compte par les investisseurs à plus long terme. Parmi eux: le changement des objectifs des politiques économiques en raison de la démographie.

Contrairement aux variables économiques, les tendances démographiques sont prévisibles et ont un impact direct sur nous.

Pic d’enfants

©Bloomberg

L’économie mondiale a aujourd’hui franchi un cap important. Pour la première fois dans l’Histoire, le nombre d’enfants de moins de 5 ans ne dépasse plus celui des 65 ans et plus. Nous avons atteint un "pic d’enfants".

Les Nations unies estiment que la population mondiale continuera de vieillir et que, d’ici 2050, plus de 15% de la population mondiale aura plus de 65 ans. Souvent, les économistes insistent sur les défis auxquels le Japon fait face avec une population vieillissante. D’ici 2025, la majorité du G7 aura un profil démographique similaire à celui du Japon ou encore de la Chine, du Brésil et de la Russie.

Des taux de PIB plus élevés ne sont pas nécessairement la solution pour relever le défi du vieillissement de la population.

Le "risque de longévité" pourrait exercer une pression énorme sur nos systèmes de retraite actuels.

Une étude de Merrill Lynch Bank of America informe que les dépenses liées à l’âge représentent déjà 40% des dépenses publiques dans les marchés développés allant jusqu’à 55% aux États-Unis. La hausse des coûts de la santé pourrait même dégrader la notation des dettes souveraines de 60% des pays développés.

Afin de relever les défis liés au vieillissement de la population, nous devrons travailler plus longtemps et réfléchir aux mesures qui permettraient d’encourager les populations à travailler au-delà de l’âge traditionnel de la retraite.

Si ces points ne sont pas soulevés, l’augmentation des ratios de dépendance des personnes âgées pourrait avoir des répercussions importantes sur les finances publiques, sur les taux de productivité et sur les inégalités. En somme, il est important de s’interroger sur la bonne définition du "succès économique".

La longévité représente un véritable succès pour la science. L’homme voit en effet son espérance de vie rallonger considérablement grâce aux progrès médicaux.

Le vieillissement de la population est un défi majeur pour les décideurs politiques, notre modèle économique doit s’adapter à cette évolution démographique. Les politiques et les économistes s’appuient sur le produit intérieur brut (PIB) pour évaluer le succès relatif de leur politique économique à travers le monde.

Le cas du Japon

Toutefois, utiliser le PIB pour mesurer le succès économique n’est pas fiable. Si on prend le Japon comme exemple (avec son ratio dette publique/PIB élevé, le désendettement du secteur privé et des ménages, sa pression déflationniste et son vieillissement de la population), le PIB semble suggérer que le pays est économiquement en retard par rapport aux autres pays du G7.

©© José Fuste Raga

Si l’on considère le PIB selon l’âge de la population en activité (15-64 ans), on constate que le Japon enregistre la troisième meilleure performance économique du G7 depuis 1990. La performance économique du pays est donc nettement supérieure à ce que l’on pourrait penser. Plutôt que d’avoir traversé des "décennies de croissance molle", l’économie japonaise connaît une stabilité des prix, un taux de chômage faible et des taux d’intérêt bas. Pour le citoyen japonais moyen, les niveaux de vie ne se sont pas détériorés mais bien améliorés.

Alors que l’immigration devient une priorité dans les agendas politiques, les décideurs devraient reconnaître qu’une économie dont le marché du travail accueille de nouveaux travailleurs, verrait les indicateurs de production, d’épargne et de consommation s’accroître et donc son PIB. Et naturellement, l’inverse se produirait.

Néanmoins, une économie ne sous-performe pas nécessairement si le taux de croissance a tendance à chuter pour refléter une main-d’œuvre moins importante. La tendance démographique que connaissent actuellement les pays développés et une partie du monde émergent, agira négativement sur le PIB mondial. La Chine en particulier, qui a stimulé la croissance mondiale après la crise, va sûrement voir ses taux de croissance faiblir significativement au cours des prochaines années.

Alternative au PIB

À l’avenir, il est important que les politiques ne se contentent plus de s’appuyer uniquement sur le PIB pour tenter de mesurer la réussite économique des pays. D’autres mesures alternatives sont importantes et reflètent le bien-être économique.

S’il est facile de se concentrer sur les changements tactiques à court terme sur les marchés, il est de plus en plus important de se concentrer sur les tendances séculaires à long terme qui redéfinissent les économies dans lesquelles nous vivons.

Des taux de PIB plus élevés ne sont pas nécessairement la solution pour relever le défi du vieillissement de la population.

Les individus, les entreprises et les gouvernements devront s’adapter à ce défi et il se pourrait qu’à l’avenir, nous nous concentrerons davantage sur l’équité intergénérationnelle et sur les niveaux de vie que par le passé.

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