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Pourquoi on boude la Bourse

L’investisseur privé n’est pas prêt à reprendre langue avec les opérateurs boursiers. La raison est toujours la même, à savoir le manque de confiance dans l’avenir. Yves Gauthy (ingénieur commercial) analyse le problème.

Le record absolu (203 milliards d’euros) de l’encours actuel des carnets de dépôts illustre bien la frilosité de l’épargnant qui refuse d’envisager encore le moindre risque pour les économies qu’il a pu préserver, se contentant, par défaut évidemment, du rendement réel négatif de celles-ci.

Cet état de fait est motivé par différentes raisons:

La confiance ne se décrète pas: le manque de visibilité fait peur à l’investisseur potentiel qui craint en vrac les effets du ralentissement de l’économie américaine, la relève de la demande de pétrole des pays émergents et celle des pays riches à l’approche de l’hiver, l’effet "Yo-Yo" des Bourses qui ne se dément pas, le manque d’unicité politique et financière de l’Europe, la contagion financière de certains membres du club des 27… Bref un amalgame d’éléments qui renforcent l’approche "cognitive" de l’investisseur qui juge la confiance dans les marchés non méritée à ce jour.

Le manque de croissance: c’est celle-ci qui fait défaut depuis 2008 et c’est son retour qui sera à la base des solutions aux problèmes actuellement rencontrés. Il n’y aura pas de "mieux-être" économique sans croissance, et l’espérer serait faire preuve de naïveté ou de méconnaissance des mécanismes financiers. De plus, les indicateurs restent figés sur l’orange: le travail intérimaire augmente mais l’embauche à durée indéterminée ne suit pas, les résultats bancaires sont en hausse mais les provisions du secteur diminuent, la consommation stagne ou faiblit… Bref le syndrome de la procession d’Echternach (trois pas en avant, deux pas en arrière) atteint son paroxysme, ce qui agit à contre-courant d’un éventuel retour en Bourse

Les tests de résistance et l’environnement bancaire: les premiers n’ont pas été réalisés de manière uniforme à travers le monde, ce qui leur enlève une part de crédibilité et par ailleurs trop de non-dits circulent sur leur fiabilité, ce qui explique aussi la réserve à l’égard de grands groupes financiers installés aussi en Belgique. La méfiance envers le système reste aussi d’actualité (malgré la garantie récente des 100.000 euros pour chaque compte bancaire ouvert dans notre pays) car l’offre de produits intéressant pour le consommateur est réduite avec un service souvent pris en défaut (mépris, discrimination…). Tout cela met un acteur majeur du renouveau économique à la traîne du processus qui doit pourtant émerger inévitablement.

Quelles solutions?

Un resserrement de tous les aspects de l’Europe afin qu’elle n’ait qu’un seul comportement à l’intérieur et l’extérieur de ses frontières, la transformation progressive des contrats à durée déterminée pour atténuer la peur d’investir, le contrôle budgétaire permanent et la chasse aux abus, un paysage bancaire accueillant, professionnel et valablement audité, un monde en paix avec des défis climatiques, culturels, sécuritaires rencontrés.

Un investisseur qui retrouve ses repères psychologiques et appréhende le marché dans tous ses aspects à savoir la connaissance technique suffisante, le refus de l’enrichissement rapide, le cloisonnement infranchissable entre l’investissement et le jeu, la non-dépendance, le retour à des comportements responsables…

Aujourd’hui et demain sans doute, les investisseurs sont comme les convoyeurs: ils attendent! Ce n’est pas pour rien qu’un récent sondage indique qu’un petit pourcentage des épargnants belges sont actuellement intéressés par un retour en Bourse.

Yves Gauthy, ingénieur commercial

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