Protégez-moi de mes alliés…

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Par Stéphanie HENG, Politologue, experte en communication, et Alban de la SOUDIERE, Polytechnicien, fonctionnaire international

Les présidents Donald Trump, Recep Tayyip Erdogan et Emmanuel Macron, mais aussi leurs amis et alliés baltes, roumains, grecs et bien d’autres (kurdes, sud-coréens, japonais, taïwanais…) pourraient tous évoquer cette idée bien connue que l’on n’est jamais trahi que par les siens!

La récente interview du président Macron dans le magazine The Economist a attiré l’attention au moins sur les trois premiers, qui ont tous des raisons malheureusement légitimes de se plaindre les uns des autres ainsi que du reste de leurs alliés historiques.

Charge de l’OTAN mal partagée

Bien avant le président Trump, Donald Rumsfeld et d’autres autorités politiques américaines avaient déjà dénoncé le "burden sharing" totalement déséquilibré ainsi que le manque d’efforts des Européens dans la défense. La réalité est qu’il n’y a eu, depuis, aucune amélioration significative.

Un cas évident en la matière est l’Allemagne, géant économique mais très réticent à investir plus dans sa défense, et très loin des engagements pris dans le cadre de l’OTAN d’y consacrer au moins 2% du produit intérieur brut (PIB) du pays. Au moins, dans les yeux du président américain Trump, les Néerlandais ou les Polonais achètent des armes "made in USA", ce qui n’est pas vraiment le cas des Allemands.

Avant Donald Trump, Barack Obama avait laissé Bashar al-Assad franchir des lignes rouges avec l’usage supposé d’armes chimiques contre sa population, prenant de court le gouvernement français de l’époque (donc avant le président Macron), qui se sentait une âme de justicier planétaire, mais pas au point d’y aller tout seul. Certes, les premiers à refuser l’obstacle avaient été les parlementaires britanniques, lesquels gardaient un très mauvais souvenir de Tony Blair suivant aveuglément Georges Bush dans sa guerre anti-Saddam Hussein quelques années auparavant, sur fond de "preuves -" douteuses quant aux missiles dudit Saddam…

L’éléphant dans la salle remonte à la chute du mur de Berlin: depuis lors, ces fameux «alliés» ont des intérêts beaucoup moins communs qu’auparavant.

Terrorisme à géopolitique variable

Bien avant Recep Tayyip Erdogan, la France, l’Union européenne et les USA avaient reconnu le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) comme une organisation terroriste et n’avaient pas le moindre doute sur le fait que le même PKK avait des bases arrières et des sympathisants chez les Kurdes d’Irak et de Syrie. Cela n’a pas eu pour effet de les empêcher, faute de meilleure option si ce n’est d’option tout court, de s’allier avec les autorités locales kurdes, dont les YPG (Unités de protection du peuple) en Syrie, pour s’attaquer à Daesh. Le président turc ne s’est pas privé de le leur reprocher depuis le tout début, et de leur faire comprendre le plus clairement possible que pour lui les YPG étaient tout aussi terroristes que Daesh. Certes, cette assimilation était sans doute exagérée mais les Américains et les Européens de la coalition étaient parfaitement avertis depuis longtemps.

Lorsque Donald Trump rappelle que beaucoup d’islamistes en Syrie ont des nationalités européennes, il n’invente rien. Quand Recep Tayyip Erdogan rappelle que la Turquie héberge plus de réfugiés et a eu plus de victimes du terrorisme que n’importe quel pays européen, il n’invente rien non plus.

Intérêts divergents

Évidemment, le président russe Vladimir Poutine se frotte les mains devant le boulevard qui lui a été offert et il en a profité pour remettre la Russie en première ligne de la diplomatie mondiale et afficher sa puissance tant politique que militaire.

Malheureusement, Vladimir Poutine est un moindre mal: il y a pire, d’autres, beaucoup moins recommandables comme Basharal-Assad ou Daesh, ont aussi profité pendant des années de ce manque de coordination et de coopération entre pays occidentaux, pourtant formellement alliés. C’est en réalité l’ensemble du Moyen-Orient, et peut-être plus, qui a compris la faiblesse politique intrinsèque des Occidentaux pris collectivement.

L’éléphant dans la salle remonte à la chute du mur de Berlin: depuis lors, ces fameux "alliés", même ceux d’origine, mais encore plus en ce qui concerne les derniers arrivés, ont des intérêts beaucoup moins communs qu’auparavant.

Ils s’en rendent compte heureusement, et il était temps. Ils font désormais de leur mieux pour parler d’une seule voix, par exemple au sommet de l’OTAN de la fin 2019. Néanmoins, parler ne suffira pas toujours. Il va falloir un peu plus de concret, à commencer par un renforcement tant politique que financier du volet européen de la défense.

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