carte blanche

Quand débute la vie humaine?

La proposition de loi sur l'allongement légal du délai de l'avortement pose la question du commencement de la vie humaine. Le débat parlementaire, reporté, mérite d'être mené sans attendre.

Le débat sur la proposition d’allongement du délai légal pour l’interruption volontaire de grossesse (IVG) de 12 à 18 semaines vient lui aussi, et ce n’est pas la première fois, de s’éloigner de quelques semaines supplémentaires, au minimum.

C’est regrettable car les raisons qui conduisent à repousser la discussion n’ont que peu à voir avec le fond du sujet.

Répondre à une détresse

Cette situation est regrettable car le fond du sujet a d’abord à voir avec les réponses à apporter à des situations de détresse. Déterminer si la proposition de loi est une bonne réponse, ou sinon quelles autres réponses pourraient être apportées, devrait être le cœur du débat. Sans préjuger de la conclusion, le seul fait de repousser la question est indigne.

Primum non nocere

La détresse de la jeune fille ou jeune femme concernée est un des éléments clés du débat. Il est essentiel de reconnaître que cette détresse doit être évaluée principalement par celle qui en est la victime. La société et la législation devraient évidemment favoriser toutes mesures préventives pour éviter que la situation de détresse ne se produise, mais, une fois qu’elle est là, il faut d’abord apporter assistance à la victime et ne pas lui imposer d’obstacles techniques ou psychologiques supplémentaires. Primum non nocere (d’abord ne pas nuire)! Le délai légal est justement un de ces obstacles possibles, et donc la question mérite totalement d’être posée.

"Les centres hospitaliers spécialisés peuvent maintenant couramment sauver, sans séquelles, la majorité des bébés nés après 6 mois de grossesse, et de plus en plus de bébés nés entre 5 et 6 mois de grossesse."

La société a le devoir de porter assistance à ses sujets en détresse, mais elle a aussi le devoir de protéger la vie humaine, et le débat ne peut évidemment pas ignorer la délicate question scientifique du début de cette vie humaine: quand commence-t-elle? Quand le fœtus, être "vivant", devient-il un être "humain" devant bénéficier de droits et de protection spécifiques? Il y a de la marge entre le premier battement du cœur, thèse extrême soutenue par quelques États américains ultraconservateurs, ou l’instant de la naissance, comme le prévoyait la législation chinoise jusqu’à récemment, ou même 10 ans après la naissance, comme l’imaginait Isaac Asimov il y a quelques décennies dans une nouvelle de science-fiction un peu provocante.

¨Progrès scientifiques

Quand commence la vie humaine? La science n’a pas encore de réponse claire à cette question.  Il est cependant très intéressant de constater les progrès de la médecine pour la survie des grands prématurés. Les centres hospitaliers spécialisés peuvent maintenant couramment sauver, sans séquelles, la majorité des bébés nés après 6 mois de grossesse, et de plus en plus de bébés nés entre 5 et 6 mois de grossesse. Les progrès deviennent plus difficiles, mais les limites ne sont pas encore atteintes.

Dans ces conditions, les législations, qui autorisent l’IVG autre que thérapeutique (celle directement pour sauver la vie de la mère) jusqu’à 20 ou 24 semaines, commencent à soulever de sérieuses questions éthiques. La même question ne se pose pas encore tout à fait à 16 ou 18 semaines, mais elle pourrait se poser un jour et d’aucuns pourraient vouloir invoquer un principe de précaution.

On le voit, le débat ne sera pas simple, mais il est pire de ne pas l’avoir.

Stéphanie Heng, politologue et experte en communication ©Lamote Yves

Alban de la Soudière, polytechnicien et fonctionnaire international ©doc

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