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Quand la confidentialité de notre vie privée devient suspecte…

Revue de presse du New York Times

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Notre rapport à la vie privée est indissociable de l’idée que nous avons de la confiance. Si vous faites confiance à quelqu’un, vous serez peut-être plus enclin à lui livrer des renseignements personnels. Il s’agit d’une dynamique sociale normale, cyniquement manipulée par l’économie du "partage" dans laquelle nous échangeons volontiers nos maisons, nos voitures ou des biens par l’intermédiaire d’administrateurs tiers tels que Airbnb. Oui, car pour participer à des services comme le sien, le directeur général d’Airbnb, Brian Chesky, le dit lui-même: il faut s’exposer. C’est un modèle de consumérisme qui dépend de la transparence des clients. C’est aussi un modèle de consumérisme qui rend notre idée traditionnelle de la confiance non pertinente.

Faire confiance à quelqu’un, c’est supposer qu’on peut compter sur lui, qu’il n’a pas besoin d’être surveillé ou contrôlé. Or l’économie du partage est en grande partie une série de progrès techniques qui nous permettent de suivre les gens en permanence, supprimant ainsi tout besoin de leur faire confiance. Prenons l’exemple de l’application Doggy Logs, qui permet à un propriétaire de chien de suivre à distance les mouvements exacts du promeneur professionnel de chiens. Doggy Logs affirme que son logiciel aide les promeneurs de chiens à "accroître la confiance". En réalité, il s’agit là d’une "confiance" particulière qui nécessite une surveillance totale. Considérez l’avènement de la "nanny cam". Une fois que les parents s’habituent à voir les activités quotidiennes de leurs gardiennes d’enfants, peuvent-ils un jour revenir en arrière? Idem pour le "statut de voyage partagé" d’Uber, qui permet à une poignée de vos contacts de suivre votre voyage en temps réel. Serons-nous dès lors capables, à l’avenir, de supporter ces périodes où des êtres chers sortent de la "vue numérique", devenant des "personnes disparues" le temps de leur voyage?

La prolifération des logiciels de surveillance numérique fait désormais de l’élimination des moments non surveillés et non justifiés un élément attendu du service d’une entreprise. Ces entreprises commerciales changent notre attitude envers les moments et les espaces privés. Nous sommes encouragés à considérer la vie privée non pas comme un refuge souhaitable contre l’exposition incessante de la vie publique, mais comme une zone de danger, une opportunité pour un comportement indigne de confiance. La confidentialité devient suspecte.

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