Quand le Bureau du plan nous désinforme

Alain Destexhe remet en question une étude du Bureau du Plan sur les perspectives démographiques de la Belgique. ©BELGA

"Stopper le flux migratoire alourdira le coût du vieillissement", selon le titre d’un article de L’Echo du 16 février 2018, résumant une contestable étude du Bureau du plan sur les perspectives démographiques de la Belgique. Celle-ci analyse les trois variantes qui influencent l’évolution de la population: la fécondité, la mortalité et la migration internationale. Pour celle-ci, le Plan part de deux hypothèses curieuses.

Alain Destexhe
Sénateur et député bruxellois (MR)

Zéro migration en… 2150?

Je cite: "Quant aux deux scénarios retenus pour la migration internationale, le premier table sur une absence de flux migratoire dès la première année de projection, alors que le second est défini par une convergence progressive à long terme vers un solde migratoire nul." On reste pantois. Il n’y aura, évidemment, pas de solde nul dès l’année prochaine pas plus qu’à long terme, ce dernier étant situé par le Plan en… 2150. Car ce scénario se base sur l’idée que, "à très long terme, les inégalités entre pays vont s’effacer, ce qui aurait comme conséquence non pas de supprimer les flux migratoires, mais de les équilibrer".

Faut-il rappeler qu’en 132 années (l’intervalle qui nous sépare de 2150), le monde a connu deux guerres mondiales et une guerre froide qui a duré 45 ans! En 1886, on aurait, certes, pu prédire, sans grand risque d’être contredit, la fin des inégalités pour… 2018. Ce sont des hypothèses aussi manifestement fantaisistes qui fondent les scénarios du Bureau du plan!

Qu’est ce qui permet au Bureau du Plan de prédire, tel l’oracle de Delphes, que ce taux va diminuer drastiquement pour se maintenir ensuite à un niveau historiquement bas, en contradiction avec l’évolution des 20 dernières années, alors que l’Europe va continuer à subir une terrible pression migratoire, comme le montre Stephen Smith dans son récent livre au titre évocateur "La ruée vers l’Europe"?
Alain Destexhe

Réduction drastique de l’immigration?

L’étude s’efforce ensuite d’être plus précise. Elle retient l’hypothèse d’un solde migratoire (les entrées moins les sorties), qui décline rapidement dès cette année pour atteindre environ 30.000 personnes vers 2020, 20.000 vers 2030 et même 15.000, selon un des scénarios. Or, il faut remonter à l’an 2000 pour trouver un solde inférieur à 20.000. À partir de cette date, il augmente de façon vertigineuse, comme jamais auparavant dans l’histoire du pays, pour atteindre 80.000 en 2010. Il redescend les années suivantes mais remonte encore avec la récente crise des réfugiés pour se situer aujourd’hui autour des 40.000.

Qu’est ce qui permet au Bureau du plan de prédire, tel l’oracle de Delphes, que ce taux va diminuer drastiquement pour se maintenir ensuite à un niveau historiquement bas, en contradiction avec l’évolution des 20 dernières années, alors que l’Europe va continuer à subir une terrible pression migratoire, comme le montre Stephen Smith dans son récent livre au titre évocateur "La ruée vers l’Europe"? Poser la question, c’est y répondre! Rien, strictement rien!

Science ou magie?

Nous sommes en présence d’un rapport biaisé par des a priori idéologiques et des hypothèses fantaisistes qui relèvent davantage de la magie que de la science.
Alain Destexhe

Au début du texte, dans la synthèse de l’étude, avec une volonté de mise en évidence, le Bureau du plan met en avant ces deux hypothèses surréalistes de zéro migration dès l’année prochaine et à long terme. Toujours dans la synthèse, le Plan met en exergue un scénario totalement improbable concernant la future population du royaume: "Le minimum (10,8 millions d’habitants en Belgique en 2060 contre 11,3 en 2017) est obtenu dans un scénario où̀ la Belgique ne connaîtrait pas de flux migratoire jusqu’en 2060. Ce scénario est le seul qui se caractérise par une baisse de la population par rapport à̀ la population actuellement observée. Il est intéressant je souligne dans la mesure où̀, malgré́ son caractère peu probable, il montre que sans migration internationale, la Belgique connaîtrait une croissance démographique négative à̀ long terme." Et donc des problèmes de financement. Certes, le caractère peu probable – en fait totalement absurde – est bien mentionné, mais pourquoi dès lors mettre en évidence ce scénario de science-fiction dans la synthèse qui sera la seule partie vraiment lue d’une longue étude technique?

Nous sommes en présence d’un rapport biaisé par des a priori idéologiques (l’immigration est nécessaire) et des hypothèses fantaisistes qui relèvent davantage de la magie que de la science. La notion de "Plan" a été inventée par Staline. L’URSS adorait les plans et les prévisions qui se réalisaient toujours à 110%. Sous l’influence de l’URSS et de la pensée keynésienne, les pays d’Europe occidentale se sont dotés de Bureaux du plan après la Seconde Guerre mondiale. Outre le coût pour le contribuable de ce genre de fantaisie, de tels rapports sont objectivement nuisibles, car ils obscurcissent le débat au lieu de l’éclairer.

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