carte blanche

Quand va-t-on s'occuper sérieusement de l'emploi?

Le taux d’emploi belge vient de battre tous ses records. Cependant, derrière cet exploit se cache un marché de l’emploi paralysé par ses faiblesses.

De fait, même si le taux d’emploi a atteint 71% durant les mois d’avril à juin, la Belgique se classe toujours dans le bas du classement européen et est a des années lumières de pouvoir rivaliser avec ses voisins (aux Pays-Bas par exemple, il excède 78%). L’emploi est trop faible chez les jeunes, les plus de 55 ans, et les personnes d’origine étrangère. Le marché de l’emploi belge est noyé par ses déficiences et n’arrive pas à sortir la tête de l’eau.

Le marché de l’emploi belge est noyé par ses déficiences et n’arrive pas à sortir la tête de l’eau.

D’autre part, les prévisions pour le futur venant du conseil supérieur de l’emploi sont alarmantes (comme une diminution des nouveaux arrivants sur le marché, en partie à cause du vieillissement rapide de la population). On se démarque aussi comme étant un pays avec six fois plus d’inactifs que de chômeurs, avec une productivité qui baisse plus rapidement que dans les autres pays industrialisés, et une augmentation des salaires réels extrêmement limitée.

À tout ça viennent s’ajouter des taux de mobilité chômage-emploi et inactivité-emploi insatisfaisants, une capitale avec beaucoup de chômeurs, un marché du travail au noir trop important, et un nombre inquiétant de postes vacants. Ces faiblesses sont plus marquées en Wallonie et à Bruxelles, mais elles existent également en Flandre.

La Wallonie DOIT faire mieux

Les taux d’emploi et d’inactivité sont de 65,2% et 30,5% en Wallonie contre 76% et 22,9% en Flandre. Ces disparités entre le nord et le sud sont déroutantes. Le chômage chez les jeunes est également plus élevé dans le sud du pays, et ce dû en partie au manque d’efficacité du Forem quand il s’agit de matcher un job avec un candidat.

Certaines lacunes viennent également de l’enseignement; les jeunes ne sont pas bien orientés vers des études propices à l’emploi. De plus, il existe une carence importante en diplômés dans les domaines STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques).

Même si la coalition PS-MR-Ecolo, dans son nouvel accord, fait beaucoup de promesses pour promouvoir l’emploi, celles-ci semblent creuses.

Va-t-on vers un avenir meilleur? C’est malheureusement difficile d’être optimiste. Même si la coalition PS-MR-Ecolo, dans son nouvel accord, fait beaucoup de promesses pour promouvoir l’emploi, celles-ci semblent creuses. Des changements au niveau du Forem, une "garantie jeune" pour que chaque diplômé ait accès à un stage, une formation ou un travail, et des mesures "zéro chômeurs de longue durée" dans les zones les plus inquiétantes sont prévus.

L’objectif majeur du nouveau gouvernement serait d’augmenter le taux d’emploi pour qu’il atteigne 68,7% avant 2025. Cet objectif paraît un peu rêveur; même si l’emploi en Wallonie a bien évolué ces dernières années, n’oublions pas que le gouvernement wallon manque de budget et que non seulement il souhaite mettre en place un plan d’investissement de 4 milliards d’euros (dans la transition énergétique et l’innovation), mais aussi atteindre un équilibre budgétaire pour 2024. Après tout ça, que restera-t-il comme budget pour l’emploi?

La Flandre PEUT faire mieux

Le marché de l’emploi flamand performe mieux qu’en Wallonie, mais pas sans ses propres faiblesses; par exemple, le taux d’emplois vacants est plus élevé en Flandre (3,8%) qu’en Wallonie (2,6%). La Flandre reste coude à coude avec les moyennes européennes alors qu’elle devrait aspirer à la tête du classement.

Quels sont les changements annoncés par le nouveau gouvernement? L’emploi est la star du nouvel accord présenté par le trio N-VA, CD & V et Open Vld; au menu du jour: des bonus à l’emploi pour les personnes peu qualifiées, ainsi que des changements dans l’enseignement.

À l’aide de ces mesures, le nouveau gouvernement espère mettre 120.000 Flamands de plus au travail en ciblant un taux d’emploi de 80%. Va-t-il y arriver? En sachant que le gouvernement sortant n’a su augmenter le taux d’emploi que de 2% alors que l’économie était en pleine croissance, doubler la mise dans la situation économique actuelle semble presque impossible.

Il est difficile de croire que les nouveaux gouvernements (tant au niveau régional que Fédéral) feront mieux que leurs prédécesseurs.

Au niveau fédéral, il est compliqué de faire des prédictions puisque la Belgique est vide de gouvernement depuis mai. L’accord le plus "logique" serait entre le PS et la N-VA mais vu la mauvaise entente entre ces deux partis, d’autres coalitions sont possibles. L’année dernière, le gouvernement de Charles Michel avait annoncé un "jobsdeal" qui avait pour but d’améliorer les formations aux métiers en pénurie, et d’accélérer la transition chômage-emploi ainsi que l’inscription au chômage.

Il parlait aussi de baser les salaires sur la compétence et la productivité, au lieu de l’ancienneté (un changement hautement préconisé par la N-VA). La N-VA voudrait aussi s’attaquer à la prépension, limiter le temps des allocations de chômage à deux ans, supprimer l’indexation automatique des salaires, augmenter la présence des personnes d’origine étrangère sur le marché de l’emploi (en liant le parcours d’intégration avec une inscription obligatoire au VDAB), et ceux qui sont sans emploi devraient également s’inscrire dans un parcours de recherche dès 3 mois.

Il faudra attendre la formation du gouvernement fédéral pour que l’avenir soit un peu plus clair. Mais en tout cas, avec la situation économique qui faiblit ces derniers mois, les menaces géopolitiques du Brexit et des guerres commerciales Chine — Etats-Unis et UE-Etats-Unis, il est difficile de croire que les nouveaux gouvernements (tant au niveau régional que fédéral) feront mieux que leurs prédécesseurs.

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