Que cache le voile? Que nous voile-t-il?

©Hollandse Hoogte / Katrien Mulder

La question du voile ne peut se résoudre dans le segment religieux et cultuel, quelle qu’en soit l’apparence, mais dans un argumentaire sur l’émancipation, l’égalité, les droits de la femme et la Raison.

©doc

Par André Dumoulin
Agrégé en philosophie morale
Haute Ecole Jonfosse

Le parti Ecolo estime qu’interdire le voile islamique revient à discriminer. On a ainsi vu l’échevin des sports de la ville de Bruxelles en photo avec une enfant voilée sur Facebook. Ce fut aussi Zakia Khattabi qui estimait que le voile part d’une liberté de choix. Julie Chanson, conseillère Ecolo (Theux) revendique, elle, le féminisme dans le chef de son parti à travers le port du voile tandis que Zoé Genot défendit les accommodements raisonnables et le voile dans son trac de racolage électoral.

Pour Tareq Oubrou, Imam de Bordeaux, « l’Islam est devenu une religion d’étalage » par déformation. Et d’estimer que « le musulman ne doit pas s’exposer » mais mieux s’intégrer.
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Du voile "parce que je le vaux bien" au voile mode de provocation adolescente, du voile étendard de la cause intégriste qui a fleuri au lendemain de la révolution iranienne et du second Intifada, au voile identitaire ou de tradition ethnologique, du voile pris comme emblème religieux, au foulard "bouclier", du voile imposé au voile volontaire par conviction, par stratégie d’approche sociale ou comme stratégie de contournement de la contrainte, les sens sont légions. Il est souvent ostentatoire comme s’il était nécessaire d’imposer/montrer aux autres son origine cultuelle. Pour Tareq Oubrou, Imam de Bordeaux, "l’Islam est devenu une religion d’étalage" par déformation. Et d’estimer que "le musulman ne doit pas s’exposer mais mieux s’intégrer".

Camisolage

Mais au-delà des enjeux sociétaux et des interrogations autour de la séparation de l’église et de l’État, de la laïcité, de la neutralité de l’enseignement, du port du voile dans l’administration et l’université, se cache un dispositif en poupée gigogne, sorte de sarcophage à la Toutankhamon où la pièce finale recouvrant au plus près la momie est la plus importante, la plus signifiante. Que cache le voile? Que nous voile-t-il?

©Photo News

Le voile est obsessionnel, ne laissant rien apparaître des cheveux, faisant en sorte qu’il devient un marqueur sexuel de femmes soumises consciemment ou inconsciemment aux hommes. À tel point d’ailleurs que le voile peut être porté comme protection afin d’éviter souvent d’être importuné. On enseigne que les femmes sont des tentatrices. Il faut donc que leurs codes vestimentaires leur soient dictés. La pudeur devient le moteur dicté par les "mâles". CQFD.

Le voile semble d’ailleurs dire souvent à la fois une propriété (de l’homme) et une non-disponibilité pour les non-musulmans. Le "camisolage" des femmes – y compris parfois des petites filles — qui "protège d’une violence mâle" fait que la femme elle-même devient en quelque sorte responsable du comportement des hommes. Ce retournement de signe illustrant le patriarcat a ceci de problématique qu’il entérine l’inégalité des sexes, l’infériorité et la soumission des femmes mais aussi donne argument à ceux qui condamne la mixité des lieux sociaux.

Persuasion et pression

Le voile n’a rien de religieux.
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Ceci tend à montrer que le voile n’a rien de religieux – la Sunna et le Coran ne l’imposent pas – mais est en définitive un marqueur sexuel et un instrument de propriété aux origines salafistes. Qui peut d’ailleurs imaginer qu’un Dieu qui aurait créé l’Univers s’occuperait d’un bout de tissu. Si d’aventure le voile devait être quelque peu religieux, il signifierait alors que la femme doit porter un tissu faisant barrière entre elle et Dieu par infériorité face à l’homme n’en portant pas.

Il y a bien souvent manipulation subtile, persuasion "violente", pression sociale et domination du genre masculin sur le féminin, dans les familles, dans la rue.

Pour Manon Garcia, "les femmes sont valorisées à partir du moment où elles se soumettent", elles "restent dans les clous". Pour cette philosophe, "on ne naît pas soumise, on le devient". Pire, la soumission des femmes serait indissociable de leur aliénation, accepter de se considérer comme "un corps-objet-proie" et de faire sienne les représentations que les hommes se font des femmes. Et "le contrôle du corps des femmes est d’ailleurs aussi ancien que la domination masculine elle-même"*. Il ne peut pas y avoir de "voile féministe", n’en déplaise aux Ecolos.

Cela d’autant plus qu’il a fallu de nombreuses années dans nos contrées pour se battre et tenter de réduire les inégalités hommes-femmes. Il ne faut pas l’oublier lorsque l’on croise des voilées en rue.

Argumentaire sur l’émancipation

En définitive, l’argumentaire pour ou contre le port du voile ne réside pas, comme on l’entend souvent, autour de la liberté de croyance et de religion – prétexte et paravent – mais sur la dimension sexiste d’un tissu hautement signifiant aux multiples interprétations leurres.
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En définitive, l’argumentaire pour ou contre le port du voile ne réside pas, comme on l’entend souvent, autour de la liberté de croyance et de religion – prétexte et paravent – mais sur la dimension sexiste d’un tissu hautement signifiant aux multiples interprétations leurres.

La question du voile ne peut donc se résoudre dans le segment religieux et culturel, quelle qu’en soit l’apparence, mais dans un argumentaire sur l’émancipation, l’égalité, les droits de la femme et la Raison. C’est ici que l’école doit jouer son rôle où les micro-barrières que sont les foulards doivent disparaître au bénéfice de l’échange, du partage et de la compréhension non dogmatique.

* cfr. "L’Année du Maghreb" n°17, CNRS, 2017

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