carte blanche

Que penser de la nouvelle réglementation en matière de réinsertion des travailleurs?

Directeur d'Acerta Consult

Les frais d'allocations de maladie ont dépassé les 8 milliards d'euros par an en 2016 en Belgique, un montant supérieur à nos dépenses sociales pour les demandeurs d'emploi.

Par Dirk Wijns, Directeur Acerta Consult

Accordez vos revenus et vos dépenses, c’est une règle de base sur laquelle s’appuient de nombreux bons pères et mères de famille. Le gouvernement se base sur ce même principe pour examiner les montants de la sécurité sociale. Les frais d’allocations de maladie ont dépassé les 8 milliards d’euros par an en 2016 en Belgique, un montant supérieur à nos dépenses sociales pour les demandeurs d’emploi. Ce sont surtout les dépenses pour les malades de longue durée qui continuent de monter en flèche.

Avec sa réglementation en matière de réinsertion des travailleurs, le gouvernement veut stimuler le retour des travailleurs en incapacité de travail, même s’ils ne peuvent pas encore reprendre le travail qu’ils exerçaient avant le début de leur maladie (par le biais d’un travail adapté et/ou d’une modification du poste de travail) ou ne peuvent pas encore le reprendre selon leur précédent régime de travail (via le régime de reprise progressive du travail). Cette mesure est entrée en vigueur le 1er décembre 2016.

Stimuler plutôt que punir

Récemment, le gouvernement a décidé d’introduire des sanctions pour les employeurs et travailleurs qui ne coopéreraient pas correctement à la réinsertion de travailleurs. En ce qui concerne les employeurs, une attitude trop laxiste peut entraîner une amende de 800 euros. Un travailleur qui ne coopérerait pas à sa réinsertion sur le plan administratif pourrait quant à lui être confronté à une réduction de ses allocations de maladie.

Toutefois, la décision du gouvernement est singulière. En effet, il n’a, à l’heure actuelle, encore aucune idée de la manière dont les différents acteurs gèrent la nouvelle législation de réinsertion. Nous plaidons pour que le récent plan de réinsertion reçoive suffisamment d’espace pour avoir un effet stimulant plutôt que de déjà punir ceux qui ne veulent pas le laisser agir.

Nous avons déjà pu voir ces derniers mois des initiatives de réinsertion encourageantes.

Les frais d’allocations de maladie ont dépassé les 8 milliards d’euros par an en 2016 en Belgique, un montant supérieur à nos dépenses sociales pour les demandeurs d’emploi.

Depuis le 1er janvier, de nombreux employeurs nous demandent régulièrement comment aborder au mieux la réinsertion de travailleurs malades. Les employeurs savent juger le talent de leurs collaborateurs à sa juste valeur. Pour la plupart, une bonne politique RH implique de prévenir qu’une personne ne décroche et, si cela devait tout de même se produire, de veiller à ce que celle-ci puisse réintégrer son équipe le plus rapidement possible. La réinsertion (partielle) des malades de longue durée est en outre la solution la plus avantageuse financièrement pour l’employeur.

En moyenne, le coût de l’absentéisme en Belgique est de 972 euros par an, uniquement en frais directs. En effet, la reprise du travail par un nouveau travailleur (temporaire) comporte également des coûts de remplacement et de formation importants. C’est pourquoi l’initiative des pouvoirs publics en matière de trajet de réinsertion est une mesure que les employeurs souhaitent appliquer. Une absence de longue durée pour cause de maladie fait partie de ces moments cruciaux de la carrière du travailleur où il est important de trouver la façon optimale de reprise du travail.

©REPORTERS

Dans le cadre de la réinsertion après une période d’incapacité de travail, il faut donc voir quelles sont les meilleures possibilités juridiques de retour au travail et lesquelles sont possibles pour les deux parties. Dans certains cas, il peut s’agir d’un retour avec reprise progressive du travail et maintien d’une partie de l’allocation de maladie. Dans d’autres, d’une adaptation du contenu de la fonction ou de l’ensemble des tâches, voire d’une transition définitive vers un emploi à temps partiel. Il est d’une importance capitale que la politique dans l’entreprise en matière d’absentéisme pour maladie soit claire et constructive pour toutes les parties concernées.

Réflexe défensif

La récente décision gouvernementale risque de limiter le discours concernant le trajet de réinsertion à la politique de sanction. Espérons que l’accent ne reste pas là, car cela affecterait toutes les initiatives positives actuelles et futures et les transformerait en un réflexe défensif en vue d’éviter les amendes, au lieu d’une politique constructive où l’employeur défend le talent qu’il possède en interne.

D’où ce plaidoyer: il convient de donner aux employeurs l’opportunité de prouver qu’ils veulent investir dans la réinsertion des travailleurs malades. Le gouvernement peut sanctionner et motiver, mais la motivation est clairement à préférer tant qu’il n’est pas prouvé qu’elle ne permet pas d’atteindre les objectifs.

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