Quel âge pour la retraite?

©BELGA

Dans l’ordre d’importance, lier l’âge de la retraite, ou la durée de carrière, à l’espérance de vie ne vient qu’après l’allongement de la durée effective de travail pour le plus grand nombre.

Par Étienne de Callataÿ et Philip Neyt
Le premier est chef économiste d'Orcadia Asset Management;
le second est conseiller d'Algemene Pensioengroep Nederland et président de l'Association des Institutions de Retraite Pensioplus *

Le gouvernement Michel a porté l’âge légal de la retraite à 66 ans à partir de 2025 et à 67 ans en 2030. Il est actuellement de 65 ans, un âge qui, pour les hommes, n’a pas changé depuis la création de la sécurité sociale, après-guerre.

Le Ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine. ©Kristof Vadino

Serait-ce une bonne idée de lier cet âge à l’espérance de vie? En théorie, cela tombe sous le sens. Imaginons un instant que le progrès médical porte l’espérance de vie à 120 ans. Il est difficile de concevoir que nous puissions offrir une retraite décente aux retraités si ceux-ci sont nettement plus nombreux que les actifs!

Un lien dynamique de l’âge officiel de la retraite, ou mieux de la durée normative de la vie active, avec l’espérance de vie a le mérite d’assurer un équilibre automatique entre durée de carrière et durée de retraite. Un tel équilibre participe de l’équité intergénérationnelle et l’automaticité a la vertu de rassurer qu’il en sera toujours ainsi. Toutefois, une telle liaison automatique a deux limitations.

Différences d’espérance de vie

Si l'espérance de vie augmente fortement pour le Belge moyen mais stagne, par exemple, pour les ouvriers du bâtiment, serait-il juste de relever l’âge de la retraite, ou d’allonger la durée de carrière, pour tous ?
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La première limitation est qu’une telle liaison avec l’espérance de vie moyenne ne peut pas se faire en ignorant les différences d’espérance de vie. Si celle-ci augmente fortement pour le Belge moyen mais stagne, par exemple, pour les ouvriers du bâtiment, serait-il juste de relever l’âge de la retraite, ou d’allonger la durée de carrière, pour tous?

On ne peut l’envisager qu’à condition d’avoir un dispositif approprié pour ceux dont l’espérance de vie et l’espérance de vie en bonne santé sont significativement en retard par rapport à la moyenne. Or, aujourd’hui, la notion de "pénibilité" des métiers est en rade. Bien sûr, il existe un régime d’incapacité de travail, mais qui intervient trop tard, quand le travailleur n’est plus en état de travailler.

Le Belge apprécie de connaître à l’avance le montant de sa pension future.
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La seconde limitation tient à l’aspiration du public de disposer de repères stables en matière de retraite. Le succès populaire de MyPension en atteste: le Belge apprécie de connaître à l’avance le montant de sa pension future.

Insécurité

Une des principales pierres d’achoppement du système de pension à points élaboré par "la Commission Vandenbroucke" est que, dans ce système, le travailleur ne saura pas, quand il aura 50 ou 60 ans, ce que sera en euros le montant de sa pension future. La valeur du point n’est en effet pas connue d’avance. Les gens sont insécurisés s’il n’y a pas de chiffres préétablis.

©Belpress.com

Pourtant, la sécurité apparente donnée par un montant en euros ne garantit pas le pouvoir d’achat des aînés, et notamment l’accessibilité à une maison de repos. De même, les gens veulent savoir, quand ils ont 45 ou 55 ans, combien d’années ils ont encore à travailler avant la retraite. Pourtant, si le rapport entre nombre de retraités et nombre d’actifs augmente encore, maintenir l’âge de pension exigerait de raboter le montant des pensions de telle sorte qu’un allongement de la vie active deviendrait socialement inévitable.

D’abord allonger la durée effective des carrières…

33 ans
Travail
A l’heure actuelle, les gens travaillent en moyenne 33 ans et il n’y a que 10% des gens qui travaillent jusqu’à 65 ans.

À l’heure actuelle, les gens travaillent en moyenne 33 ans et il n’y a que 10% des gens qui travaillent jusqu’à 65 ans. La priorité est donc d’allonger la durée effective de carrière, avec des travailleurs en bonne santé, motivés et aux compétences en adéquation avec les demandes du monde du travail.

La mobilité sur le marché du travail, la réintégration des chômeurs sur le marché du travail, la formation continuée ou la santé physique et psychique des travailleurs, voilà ce qui importe avant tout. La meilleure politique de pension est une bonne politique du travail, au point de suggérer que ce soit le ou la même ministre qui soit en charge de l’emploi et des retraites!

La meilleure politique de pension est une bonne politique du travail, au point de suggérer que ce soit le ou la même ministre qui soit en charge de l’emploi et des retraites !
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Dans l’ordre d’importance, lier l’âge de la retraite, ou la durée de carrière, à l’espérance de vie ne vient qu’après l’allongement de la durée effective de travail pour le plus grand nombre.

Cette liaison est a priori une bonne idée mais ce ne sera réellement une bonne idée que si elle va de pair avec de la flexibilité individuelle dans le timing de la retraite, un bonus/malus pour ceux dont la durée de vie active s’écarte de la référence légale et une prise en compte de la pénibilité des métiers.

D’une nécessaire réforme globale ne prendre qu’un élément, même positif en soi, peut faire plus de tort que de bien.

* Il écrit à titre personnel.


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