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Quel scénario pour un plan de relance de l'économie?

©Photo News

Le coronavirus attaque déjà gravement l'économie, avec des prévisions de croissance pour la Belgique et l'Europe allant de -5 à -15% pour 2020. Il est toutefois plus important pour la prospérité à long terme que nous retrouvions vite notre courbe de croissance tendancielle. Procéder à des tests en masse afin que les gens reprennent le travail au plus tôt, c'est la seule option.

Le préjudice économique causé par le coronavirus peut être scindé en deux composantes. Il y a la contraction initiale de – disons – 7% qui représenterait pour la Belgique une perte de richesse de 34 milliards d’euros. Cela signifie que nous aurions besoin d’une croissance de 7,3% l’année prochaine pour ramener le PIB aux niveaux initiaux de début 2020 afin de regagner le terrain perdu, juste?

Koen De Leus

Chief Economist BNP Paribas Fortis


Pas si vite… Sans le coronavirus, nous aurions toujours eu, en 2020 et 2021, une croissance tendancielle à long terme de 1,5% environ. Autrement dit, notre PIB, la production annuelle, sera donc de 3 points de pour cent, soit 13,5 milliards d’euros, inférieur à ce qu’il serait dans un monde sans coronavirus. Si nous ne rattrapons pas ce retard, c’est de la richesse que nous allons perdre chaque année à partir de maintenant. À un taux d’imposition de grosso modo 50% pour la Belgique, cela se traduit par une perte d’environ 7 milliards d’euros de recettes fiscales chaque année. Il faudra donc bien les économiser ailleurs.

Besoin d’une reprise vigoureuse

Une reprise vigoureuse est vitale, de sorte que nous puissions aussi rattraper la croissance tendancielle perdue de cette année-ci et de l’année à venir. Plus la reprise prendra du temps, plus le préjudice deviendra irrémédiable. Le chômage temporaire peut devenir structurel, les fermetures temporaires peuvent devenir définitives et les investissements ajournés seront annulés.

Deux amis médecins (dont l’un d’eux souhaite rester anonyme) et l’inspiration d’un prix Nobel – pas (encore) un ami – nous ont aidés à imaginer un scénario de reprise, en tenant compte de l’aspect sanitaire des choses. Selon le Nobel 2018 d’Économie Paul Romer, le dépistage massif est absolument nécessaire. Pour son pays, les États-Unis, il propose de tester quotidiennement  – oui, chaque jour –  7% de la population, soit 22 millions de personnes. Cela coûtera une fortune, certes, mais bien moins que le coût de 600 milliards de dollars annuel dans le cas où les États-Unis n’arriveraient pas à récupérer la croissance tendancielle perdue de 2020 et 2021.

Deux prélèvements...

"Plus la reprise prendra du temps, plus le préjudice deviendra irrémédiable. Le chômage temporaire peut devenir structurel, les fermetures temporaires peuvent devenir définitives et les investissements ajournés seront annulés."
Koen de Leus
Chief Economist BNP Paribas Fortis

Notre proposition pour la Belgique serait d’organiser une journée de dépistage généralisé. Puisque nous nous focalisions initialement sur la reprise de l’économie, nous commencerions par tester les seules personnes en âge de travailler et leurs enfants. Durant les tests, le port de masque serait obligatoire et les règles de distanciation sociale resteraient d’application.
Le test en lui-même comporterait deux prélèvements. D’abord il y aurait l’actuel test PCR , avec un prélèvement dans le nez et la gorge pour voir si la personne a le Covid-19. Le deuxième test serait une analyse sanguine sérologique pour rechercher deux anticorps: l’un est signe d’une infection en cours, l’autre est un indicateur d’immunisation qui dénoterait que l’individu a eu la maladie antérieurement.

... pour trois groupes

Sur la base des résultats de ces tests, nous diviserions la population en trois groupes:

  1. Groupe 1: les personnes testées négatives au Covid-19, sans infection en cours et non immunisées. Ces citoyens ne sont pas infectés et peuvent se rendre au travail ou à l’école.
  2. Groupe 2: celles testées négatives au Covid-19, sans infection en cours mais immunisées. Ces individus ont été infectés mais ont à présent développé les anticorps requis, ils peuvent donc également travailler ou aller à l’école.
  3. Groupe 3: celles testées positives au Covid-19, infectées récemment mais pas encore immunisées. Ces personnes sont encore contagieuses et doivent être isolées.

Après deux semaines, nous renouvellerions les tests mais seulement pour les personnes ayant été testées positives au Covid-19. Résultat: un plus grand nombre de personnes pourrait reprendre le travail. C’est ainsi que nous pourrions relancer l’économie, de manière contrôlée, le plus rapidement possible.

Une solution irréfutable?

Cette proposition est-elle infaillible? Certainement pas, pas plus que les tests de dépistage. Beaucoup de questions restent sans réponse. Jusqu’à quand faudra-t-il répéter cet exercice? Quid si le virus mute? Cela étant, nous ne pouvons geler notre économie jusqu’à ce que toutes ces questions trouvent réponse ni jusqu’au développement d’un médicament ou vaccin définitif. Une trop grande part de notre future prospérité est en jeu.

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