chronique

Quelle chance d'être belge!

Chronique de Fabienne Bister Ex-CEO de Bister L'Impériale

Serions-nous les champions du monde de l’autoflagellation? Quand j’écoute le journal, qu’il soit parlé ou télévisé, j’entends que tout va mal chez nous. Est-ce vrai?

Ne soyons pas naïfs: la Belgique n’est pas un pays de rêve et certaines personnes sont dans des situations réellement difficiles, voire inadmissibles. Mais au lieu de se plaindre en voyant le verre à moitié vide, la majorité des gens qui se portent raisonnablement bien, dont les lecteurs de L’Echo font probablement partie comme moi, pourraient ouvrir les yeux sur le positif pour l’améliorer encore au profit de tous et toutes.

Nous ne parvenons pas à former un gouvernement fédéral dans une société qui aspire à une certaine évolution? La belle affaire! Cela ne nuit guère à notre quotidien et si ça incite certains partis politiques à se remettre (enfin?) en question sans attendre un clash des extrêmes, je trouve cela merveilleux. Encourageons les jeunes à prendre la parole et à dessiner leur avenir, plutôt que de les pousser à la désespérance en répétant à l’envi que la planète va disparaître dans moins de 50 ans.

D’aucuns se plaignent de l’incompétence supposée de nos dirigeants politiques, mais comment supporterions-nous d’être dirigés par des personnalités impulsives et dangereuses comme Donald Trump ou Boris Johnson? Favorisons plutôt l’arrivée au pouvoir de jeunes politicien.ne.s en phase avec les aspirations des générations de demain.

©BELGA

J’ajouterais que sans pouvoir fédéral, on subit moins de manifestations, donc moins d’entraves à la circulation dans les diverses capitales, belge ou régionales. Quand on voit le coût social et économique des manifestations en France, les blocages qu’elles engendrent, la limitation de la liberté de circuler, l’impact sur tous les petits commerces qui n’y survivront pas, on peut se réjouir d’être une nation de concertation, de dialogue et de consensus. Espérons que les prochains gouvernements trouveront les moyens d’être à l’écoute des besoins de chacun afin que personne ne doive plus manifester pour se faire entendre.

Nous sommes citoyens d’un petit pays, donc supposés avoir moins de pouvoir dans les instances européennes ou mondiales. Puissance n’est point question de taille: il n’est qu’à voir le nombre de Belges qui occupent ou ont occupé des postes clés dans divers organismes. Compétences, réseaux et visibilité sont suffisants pour avoir son mot à dire. Cela me désole d’entendre certains Belges dire que nous plaçons nos politiciens à l’Europe pour nous en débarrasser alors que les Français sont fiers quand leurs pairs sont choisis pour occuper des postes importants.

L’immigration fait peur, surtout parce qu’on craint ce qu’on ne connaît pas. Avec une meilleure organisation de l’accueil de ces gens qui fuient une situation intolérable, on trouverait peut-être les ressources humaines qui manquent à nos entreprises, privées et publiques. Outre les diplômes de certains migrants, le courage de ces gens qui ont traversé mille épreuves peut valoir tous les curriculum vitae du monde!

Les discussions communautaires font surtout les choux gras des médias, même s’il est clair que la population belge montre des envies d’évolution diverses de notre société. Mais il existe au moins autant de tensions au sein de chaque région qu’entre le Nord et le Sud. Soyons lucides: les bagarres au Royaume-Uni entre pro et anti-Brexit sont nettement plus fortes qu’en Belgique entre pro et anti-Vlexit. Ces désirs d’indépendance se manifestent en de nombreux pays et sous une forme bien plus violente que chez nous: voyez les Catalans en Espagne, ou les Italiens du Nord et du Sud qui s’accusent mutuellement de vivre aux frais de l’autre.

Nous pensons avoir mille raisons d’être négatifs mais regardons autour de nous. Finalement on n’est pas si mal chez nous.

Se plaindre de la météo est élevé au rang d’art en Belgique: soit on râle sous prétexte qu’il pleut tout le temps, soit on se désole car il fait trop chaud. D’aucuns rêvent de s’installer dans le sud de la France mais il s’y produit de fréquentes catastrophes naturelles dévastant tout sur leur passage, par la pluie, le vent, les inondations ou la sécheresse de la canicule. En comparaison, notre drache nationale devient presqu’un bonheur puisqu’elle reconstitue la nappe phréatique sans violence. Nous pensons avoir mille raisons d’être négatifs mais regardons autour de nous. Finalement on n’est pas si mal chez nous. Je dirais même qu’on y est très bien et qu’il est temps de s’en rendre compte. Cessons de perdre du temps à chercher où nous pourrions peut-être avoir mal et optimisons la situation en faisant preuve de créativité. C’est en regardant vers l’objectif qu’on avance, pas en ressassant les problèmes.

Nous vivons des moments magiques – et gratuits! — en ce mois de janvier 2020, lors de ces incroyables levers de soleil qui bariolent notre ciel de couleurs chaudes et magnifiques. Si vous avez le privilège d’en admirer un durant les prochains jours, pensez aux fumées des incendies australiens, à la pollution extrême de certaines villes asiatiques où on ne voit plus l’immeuble de l’autre côté de la rue. Arrêtez-vous, respirez, souriez et profitez de ce paisible moment de bonheur belge.

Lire également

Messages sponsorisés