Quelle place pour l'Europe entre la Chine et les USA?

Pour l’instant, l’industrie UE continue d’investir massivement en Chine, y compris dans les technologies sensibles comme l'intelligence artificielle. ©BELGAIMAGE

L’UE doit en fait absolument se protéger de la Chine mais aussi des Etats-Unis. L’Europe en a les moyens, mais cela passe d’abord par l’amélioration du ‘collectif’.

Stéphanie Heng et Alban de la Soudière
La première est politologue et experte en communication; le second est polytechnicien et fonctionnaire international

©EPA

Ce n’est bien évidemment pas le seul facteur, mais la personnalité du président américain Donald Trump permet en partie d’expliquer une certaine dégradation des relations entre la Chine et les Etats-Unis depuis de nombreux mois. Entre une Chine émergente qui s’affirme et la perception par une puissance américaine inquiète d’un risque de déclin, la guerre commerciale est en cours, lancée par Donald Trump il y a un an.

Tant la Chine que les Etats-Unis se trouvent dans une lutte constante afin de tenter d’accroître leur influence dans le monde.
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Tant la Chine que les Etats-Unis se trouvent dans une lutte constante afin de tenter d’accroître leur influence dans le monde. Du côté chinois, cela passe notamment par un programme d’envergure en matière d’infrastructures ("Belt and Road", les "nouvelles routes de la soie").

Côté militaire, le budget chinois est désormais le deuxième au monde avec 150 milliards de dollars, avec une modernisation de l’armée à marche forcée. La Chine reste cependant assez loin derrière les Etats-Unis et leur budget défense de 600 milliards de dollars.

Axe Pékin-Moscou

Si les relations sino-américaines se dégradent, à l’inverse les relations entre la Chine et la Russie tendent quant à elles à se réchauffer, tant au niveau politique que dans le domaine des affaires si bien que les relations russo-chinoises semblent être aujourd’hui au plus fort de leur histoire.

Xi Jinping et Vladimir Poutine. ©REUTERS

La presse chinoise a notamment très largement couvert, ces derniers jours, la rencontre entre les présidents russe Vladimir Poutine et chinois Xi Jinping lors du Forum international économique de Saint-Pétersbourg. Affichant leur étroite relation économique, les deux présidents ont notamment critiqué la domination économique américaine.

Chacun garde néanmoins ses propres intérêts à l’esprit, et sur la question des tensions commerciales entre Pékin et Washington, Vladimir Poutine a d’ailleurs répondu par un proverbe chinois: "Quand deux tigres se battent dans la vallée, le singe malin s’assied et regarde comment cela se termine".

Lacunes

Face aux deux mastodontes, la Chine et les Etats-Unis, l’Union européenne (UE) dispose-t-elle aussi de toutes les caractéristiques d’une grande puissance?

©EPA

Deux grosses lacunes apparaissent: d’une part la puissance militaire encore trop dépendante des USA via l’OTAN (or cette protection ne sera pas forcément éternelle, surtout si les pays de l’UE continuent à rechigner à prendre leur part des dépenses), et d’autre part l’unité diplomatique. Concernant ce dernier point, force est de constater que plusieurs pays de l’Union, grands ou moins grands, ont beaucoup de mal à jouer "collectif". La Chine sait en jouer et ne s’en prive pas.

À l’inverse, l’UE a une monnaie commune d’envergure mondiale: même si l’euro reste très loin derrière le dollar, il est le seul à lui faire un peu d’ombre tant que la Chine limite la convertibilité de sa propre monnaie.

Agenda commun UE-USA

Un agenda commun UE-USA ne serait pas si difficile à concevoir, particulièrement vis-à-vis de la Chine et typiquement pour au moins encadrer le projet "Belt and Road". La clé en serait la transparence avec notamment des standards minima communs à imposer dans les relations commerciales internationales, d’une part en matière d’aspects sociaux et environnementaux, d’autre part en matière de "data privacy", d’intelligence artificielle et d’infrastructures telecom pour limiter les risques d’espionnage et de sabotage.

L’UE est très loin de toujours suivre les USA dans leur position « dure » face à la Chine.

Cependant, l’UE est très loin de toujours suivre les Etats-Unis dans leur position "dure" face à la Chine, et pas seulement depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. C’était déjà le cas sous Obama, qui a voulu par exemple boycotter l’Asian Infrastructure Investment Bank alors que l’UE a refusé.

En réalité, l’UE a parfois profité de la position américaine dure pour obtenir quelques concessions de la Chine, avec un certain succès. L’UE est-elle prête aujourd’hui à perdre ces avantages pour s’aligner davantage sur les Etats-Unis? Pour l’instant, l’industrie UE continue d’investir massivement en Chine, y compris dans les technologies sensibles comme par exemple l’intelligence artificielle.

L’UE doit, en fait, absolument se protéger de la Chine en coopérant sans naïveté (notamment en établissant des positions communes et en contrôlant les investissements chinois chez nous), mais aussi des Etats-Unis, tout particulièrement de leurs lois extraterritoriales et de leurs abus permis par le "dollar roi". L’Europe en a les moyens, mais cela passe d’abord par l’amélioration du "collectif".

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