carte blanche

Quelle recette pour stimuler l'innovation en entreprise?

Meilleur est le management opérationnel, plus difficile semble être l'innovation.

Par Bruno Wattenbergh
Senior Advisor, EY Professeur de stratégie et d'entrepreneuriat

L’innovation reste plus que jamais le premier défi des entreprises et aucun secteur n’échappe à celui-ci. Cette innovation rend manager et comité de direction extrêmement mal à l’aise. Et c’est parfaitement logique. Pire, meilleur est le management opérationnel, plus difficile semble être l’innovation.

Pourquoi? Parce que déployer un management efficace, rendre chaque jour plus efficient chaque maillon du processus de production et de mise sur le marché, laisse peu d’espace pour le remettre sereinement en question.

Une entreprise ne peut pas demander le matin à ses meilleurs éléments de se pencher millimétriquement sur les coûts et les performances. Et l’après-midi, exiger de ces mêmes équipes la remise en question de tout ce dont leur avenir professionnel à court terme dépend et d’imaginer le futur à partir d’une feuille blanche. Cela confinerait à la schizophrénie.

Résultat de cette myopie opérationnelle pourtant indispensable à la profitabilité à court terme de l’entreprise: l’innovation, les business modèles disruptifs, les nouvelles relations avec le client ne sont que rarement façonnés par les leaders de marché.

Mais par qui alors? Par des start-ups innovantes, des laboratoires de recherche privés ou publics. Leurs petites équipes n’ont rien à perdre et prennent le risque de proposer des innovations disruptives qui réinventent la relation avec le client.

©Laurie Dieffembacq

Comment? En jouant avec les terminaux mobiles, le cloud, l’intelligence artificielle, le big data, les bots, les beacons, le blockchain,… etc. Elles osent tester très rapidement sur le marché des innovations imparfaites, apprennent des réactions de leurs premiers clients, pivotent jusqu’à trouver la proposition de valeur et la niche en croissance qui vont assurer leur succès.

Meilleur est le management opérationnel, plus difficile semble être l’innovation.

Ce sont ces start-ups, arrivées de nulle part et sans crier gare, qui s’attaquent aux parts de marché de grandes entreprises surprises de ne pas les avoir vues arriver.

Mais alors où est la solution pour les leaders de marché?

Accepter d’abord que l’innovation radicale, celle qui crée le plus de valeur, ne vienne que très rarement d’un leader de marché. Que les nouveaux business modèles, les nouvelles solutions innovantes puissent être trouvées à l’extérieur de l’entreprise. Parfois même à l’extérieur du secteur.

Est-ce que cela veut dire qu’un leader de marché doit outsourcer son innovation?

Non! Mais les grandes entreprises qui veulent assurer leur compétitivité doivent mettre en place un processus d’innovation capable de créer, de gérer et de développer autour de l’entreprise un véritable écosystème d’innovation. C’est ce qu’on appelle l’Open Innovation, ou innovation ouverte, largement documentée par un auteur comme Henry Chesbrough. Mais aussi efficacement pratiquées par les Gafas et les Natus.

Ce que j’ai appris ces dernières années en travaillant avec des start-ups et depuis peu avec les consultants d’EY, c’est que tant l’innovation par le business modèle, comme dans l’exemple du nouveau modèle de service d’Hilti, que l’innovation disruptive, comme dans l’exemple raté de Kodak, ou encore que l’open-innovation de P&G ne peuvent pas uniquement se décréter.

Bien sûr l’impulsion par le haut est indispensable. Mais en pratique, dans la plupart des entreprises l’open innovation ne fonctionne pas. Ces organisations organisent des hackatons, des startup week-end, tentent de jouer au business angel, de conclure des partenariats, mais cela débouche rarement sur les résultats espérés.

Pourquoi?

Dans les cas de réussite que nous avons analysés, il faut absolument retrouver la combinaison suivante:

- Une méthodologie pour guider et accompagner les équipes de managers souvent mal à l’aise avec une innovation qui dépasse les frontières de l’entreprise;

- La valorisation à la fois des sources internes et externes d’innovation;

- Le développement rapide d’un écosystème interne et externe dans lequel vont s’agréger les solutions, les technologies, les idées internes et externes; un système souple, simple, facile à utiliser et très efficient pour trier et valoriser les nombreux flux entrants d’idées et de solutions;

- Une plate-forme informatique user-friendly et intuitive qui organise le processus et les échanges d’information;

- De la sensibilisation, des formations et un minimum d’accompagnement;

- Une attente raisonnable en terme de ROI.

Bref, une stratégie d’Open Innovation ne s’improvise pas et comme dans toutes les stratégies, le pire ennemi reste l’exécution.

L’Open Innovation est donc et reste la piste à privilégier pour adapter l’entreprise à un monde qui change. Mais c’est aujourd’hui un défi suffisamment complexe que pour le doter d’un processus et des outils appropriés sous peine de faire perdre à l’entreprise du temps, de l’argent et de la motivation.

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