Quelle réponse donner au mécontentement de l'électeur?

De nombreux politiciens peinent encore à comprendre ce que l’électeur a voulu exprimer dans l’isoloir. ©Debby Termonia

Le débat public est aujourd’hui dominé par l'indignation morale, l'émotion pure... Pourtant, les citoyens sont capables de comprendre la complexité de la situation : si on leur explique pourquoi des décisions parfois difficiles s’imposent.

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Par Ivan Van de Cloot
Économiste en chef à l'Itinera Institute

L’électeur a parlé. Quiconque prend la démocratie au sérieux devrait enfin être alerté. Au cours des derniers mois, on a beaucoup parlé des jeunes qui manifestaient dans les rues pour lutter contre le changement climatique. Certains partis ont essayé de réagir à ce mouvement plus que les autres, mais souvent avec trop d’arrogance, et en se contentant d’agiter un doigt moralisateur.

Tant de choses dépendent pourtant du sens des réalités. Certes, les militants de la société civile ont en effet le droit d’exprimer leurs préoccupations. Cependant, nous avons – d’un côté – ceux qui manifestent par peur de la fin du monde et – de l’autre – ceux qui luttent pour joindre les deux bouts à la fin du mois.

Paradoxalement, de nombreux politiciens peinent encore à comprendre ce que l'électeur a voulu exprimer dans l'isoloir dimanche.

Dans un État de droit démocratique, il appartient aux élus politiques de concilier des intérêts souvent contradictoires. Cependant, paradoxalement, de nombreux politiciens peinent encore à comprendre ce que l’électeur a voulu exprimer dans l’isoloir lors du dernier scrutin.

Insatisfaction

Une chose est claire: une grande insatisfaction règne dans notre pays. Toutefois, les autorités politiques ne peuvent être tenues responsables de tout. S’il est une chose qui repose entre leurs mains, c’est la qualité de la gouvernance. Et ce thème est tout sauf trivial. Car s’il est un facteur qui affecte significativement la prospérité et le bien-être d’une population, c’est bien celui-là. Le débat public est aujourd’hui dominé par l’indignation morale, l’émotion pure… Pourtant, les citoyens sont capables de comprendre la complexité de la situation: si on leur explique pourquoi des décisions parfois difficiles s’imposent.

Il est important de le reconnaître: notre pays occupe une position très médiocre à bien des égards. Nos performances sont inférieures à notre niveau. Nous avons un taux d’emploi trop bas, une dette nationale trop élevée, des pouvoirs publics trop coûteux…

Les pays du Nord affichent de bien meilleures prestations, dans de nombreux domaines. Nous devons impérativement faire preuve d’une plus grande ambition, et cela n’est pas possible si nous ne nous comparons qu’à des pays comme la France.

Sur la trentaine d’indices suivis par Itinera, la Belgique se classe devant la France à tous les niveaux ou presque, mais ne dépasse jamais des pays comme la Suisse. Nous pensons souvent que nous figurons parmi les meilleurs, mais la situation générale des dernières décennies ne nous donne pas raison. Prenons, par exemple, l’indice de compétitivité du Forum économique mondial, fondé sur soixante critères économiques, écologiques et sociaux. Notre pays est aujourd’hui tombé à la vingt et unième place. L’Allemagne et les Pays-Bas, eux, occupent les troisième et sixième places.

Sortir des sentiers battus

Nous proposons de sortir des sentiers battus et de troquer l’habituel accord de coalition contre un peu plus d’ambition. Pourquoi notre pays ne pourrait-il pas fixer des objectifs pour plusieurs législatures?

La Belgique doit avoir l'ambition d’égaler les performances des Pays-Bas et de l'Allemagne, et de passer de la 21e à la 5e place de l’indice de compétitivité.
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Par exemple: la Belgique doit avoir l’ambition d’égaler les performances des Pays-Bas et de l’Allemagne, et de passer de la 21e à la 5e place de l’indice de compétitivité. Ce dernier combine d’ailleurs des indicateurs économiques et financiers avec des facteurs sociaux et environnementaux, et prend en compte leur équilibre mutuel: en un mot, la bonne gouvernance.

Pour atteindre cet objectif, il est crucial de mieux définir les domaines d’expertise de chacun. Les politiciens peuvent fixer les objectifs et les critères: telle est la tâche des dirigeants. La concrétisation de cette ambition par le biais de mesures effectives est une question de gestion opérationnelle, laquelle exige des compétences et un management professionnels.

Le positionnement d’une personnalité comme Elio Di Rupo en faveur de l'État belge tel qu'il est aujourd’hui : un état au sein duquel la population flamande n’a qu’à se charger de la recette fiscale et parafiscale.
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Cette fois, la grande question s’est à nouveau posée: "Pourquoi n’ont-ils pas voté pour nous?" L’insatisfaction de la population est due à de nombreux facteurs. Cependant, nul ne devrait s’étonner. De nombreuses enquêtes montrent, depuis des années, que la confiance dans les institutions de notre pays est très faible. La ribambelle d’initiatives inconsidérées qui génèrent davantage de taxes et de charges administratives n’est pas étrangère à cette situation. L’absence d’une approche correcte et réfléchie des défis de la migration et de l’intégration joue ici un rôle central. Tout comme le positionnement d’une personnalité comme Elio Di Rupo en faveur de l’État belge tel qu’il est aujourd’hui: un état au sein duquel la population flamande n’a qu’à se charger de la recette fiscale et parafiscale.

Les moyens nécessaires pour lutter contre l’insatisfaction, d’une part, et pour la bonne gouvernance, d’autre part, ne coïncident pas complètement à court terme. À long terme, la seule alternative pour parvenir à une meilleure gouvernance et à des politiques efficaces est de prouver que l’intérêt général l’emporte sur les intérêts des partis. Quand les citoyens sentent que la maison brûle, ils ont besoin d’une véritable perspective plutôt que de politiciens uniquement soucieux de garder la boutique.

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