carte blanche

Quelles réponses démocratiques au populisme et au malaise ambiant?

Directeur général Itinera Institute

Aujourd’hui, il est de "bon ton" d’identifier les ennemis communs: les étrangers, les musulmans, les riches ou l’élite se partageant le valet puant à tour de rôle. Habituellement, cela s’accompagne d’une émotion d’exclusion ou de déclin. Même au sein des pays à forte prospérité et redistribution, dotés d’un cadre de protection juridique important et de régimes constitutionnels démocratiques, ces sentiments ont gagné du terrain. Mais, ne sont-ils pas renforcés par l’attitude des dirigeants politiques portant surtout leur attention sur ce qui les sépare?

 

Par Leo Neels, Directeur général Itinera Institute

 

Les populistes en tout genre se profilent en messie ayant compris ce que "le peuple" veut; la négativité et le blâme, selon eux. Les populistes vivent par la grâce de la peur et du malheur, mais n’offrent aucune perspective. Ils se limitent à blâmer les éléments qu’ils dédaignent mais ne vont pas plus loin.

Anorexie du débat public

En l’absence de discours de convergence et de rassemblement, cela conduit à l’anorexie du débat public. Les dirigeants politiques et la société civile ne montrent pas le chemin vers un nouvel avenir, vers l’équilibre après de nombreuses turbulences.

La transformation économique, la révolution digitale et la super-diversité nourrissent l’incertitude et le malaise. Ils déstabilisent les certitudes du passé, fertilisant l’opinion décliniste et nostalgique. Le leadership ne consiste-t-il pas précisément en la transcendance de cette dimension?

Comment est-il possible, dans la région la plus prospère du monde, que l’enthousiasme batte en retraite, pour laisser la place au malaise? Comment se fait-il que les populistes négatifs affichent à nouveau une part de 10% dans les sondages en Flandre, et que la part des propagandistes du communisme enregistre une percée autour de 18% dans les sondages en Wallonie?

Par ailleurs, le populisme pourrait devenir le moteur d’une conscience politique accrue, pour davantage de débat et d’opportunités qui étaient, autrefois, occultés. Les dirigeants pourraient capter le

signal et réellement s’atteler aux dossiers difficiles – comme la politique de migration et d’intégration — avec un certain volontarisme démocratique.

Nous ne mettons pas suffisamment en valeur les avantages de notre modèle de société et nous ne les défendons pas assez lorsqu’ils sont mis sous pression.

Nous sous-estimons le bénéfice des libertés que nous connaissons et ne les discutons plus. Ceci est sujet à réflexion, car seulement 14% de la population mondiale vit dans des pays qui respectent les droits fondamentaux de l’homme et sont gérés sous forme d’état de droit démocratique. Et c’est au sein de cette minorité de pays dotés de ces institutions et de ces valeurs que sévissent ce malaise, cette confusion et cette conviction du déclin.

Nouvelles ambitions

La tâche essentielle du pouvoir politique réside en la définition d’ambitions pour les dix prochaines années. Par exemple: que la Belgique ne se retrouve pas autour de la 20e place dans les indices de compétitivité, mais aux alentours de la 5ème, dotée d’une institution publique moderne et efficace.

Est-il envisageable que quelqu’un fasse objection face à une telle ambition? Cela impliquerait une réglementation de travail flexible créant des emplois au lieu de les détruire, et des services publics performants, une fiscalité moderne et une gestion adéquate des dépenses. Quelqu’un pourrait-il réellement s’opposer à cela?

La démocratie est difficile et laborieuse, elle exige une attention et un travail constant, et repose sur un débat large et rationnel, transgressant tout désaccord.

Ceci exige la capacité de faire converger les divergences d’opinion et une volonté de gérer les différences d’opinion en toute rationalité. Cela ne peut se faire que dans un cadre plus large sur lequel on reste d’accord. Ne pas identifier ce cadre est une profonde erreur. Ce cadre repose sur une vision fondamentale de l’égalité humaine.

Même si l’homme peut être très différent — l’origine, le sexe, la religion, l’ascendance, la couleur, etc. — nous avons appris à considérer l’autre comme égal. Telle est la base des droits universels de l’homme qui appartiennent à tout le monde, indépendamment de toutes ces différences possibles. Peut-être réagissons-nous trop rapidement et trop émotionnellement à partir d’une différence qui nous définit au niveau identitaire?

Nous ne mettons pas suffisamment en valeur les avantages de notre modèle de société et nous ne les défendons pas assez lorsqu’ils sont mis sous pression.

Un discours clairvoyant bien pensé allant de pair avec une gestion efficace peut faire disparaître l’atmosphère négative et mobiliser autour d’un projet positif tourné vers l’avenir. Les imperfections exacerbées de la liberté sont largement préférables aux imperfections de la non-liberté. Mais un État démocratique doté d’une bonne gouvernance est de loin préférable.

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