carte blanche

Qui pour prendre le relais de l'économie américaine?

Mikael Petitjean

Puisse l’Europe parvenir à repousser ses vieux démons séparatistes et populistes et s’engager dans la voie de réformes favorables à une croissance économique soutenue et soutenable. Le reste du monde doit prendre le relais des Etats-Unis.

Par Mikael PETITJEAN
Professeur de finance et membre du comité d’investissement de Waterloo Asset Management

L’année 2018 marquera sans doute la fin d’une longue période durant laquelle les banques centrales auront fait la pluie et le beau temps sur les marchés financiers. L’argent facile, dont ont bénéficié presque toutes les classes d’actifs, ne peut désormais plus être considéré comme le seul gage de stabilité.

©AFP

La Réserve fédérale réduit actuellement son bilan de 50 milliards de dollars par mois. La BCE diminue ses achats d’obligations mensuels et Mario Draghi a récemment confirmé son intention de mettre fin à l’assouplissement monétaire quantitatif d’ici la fin de l’année. Même si les signes actuels d’un ralentissement de la croissance économique dans la zone euro méritaient de repousser cette échéance de quelques mois, les marchés comprennent que les banques centrales ne désirent plus jouer les premiers rôles.

Il faut reconnaître que la performance du marché des actions depuis 10 ans a été très bonne.
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Il faut reconnaître que la performance du marché des actions depuis 10 ans a été très bonne. Même le CAC40 aura progressé de 60% en 10 ans. Et faut-il mentionner la performance absolument extraordinaire des marchés américains? La situation économique aux Etats-Unis reste d’ailleurs positive, même s’il devient difficile d’imaginer un renforcement de la croissance sans impact direct sur les taux d’intérêt dont le niveau reste historiquement bas au regard de la vivacité de l’économie.

Le meilleur est derrière

Le niveau de chômage est actuellement similaire à celui qui était en vigueur en 1969. Les offres d’emploi sont plus élevées que le nombre de chômeurs. L’immobilier ralentit mais l’écart de performance économique depuis 30 ans, entre les Etats-Unis et l’Europe, reste sensible. L’excès d’épargne venant de l’étranger, notamment de l’Europe, continue d’alimenter la machine économique américaine.

©EPA

Durant le troisième trimestre, la croissance a été de 3,5% sur base annuelle et les bénéfices des entreprises aux États-Unis ont jusqu’à présent dépassé les attentes. Les investisseurs craignent néanmoins que le contexte économique des entreprises américaines ne se durcisse en raison de l’estompement des mesures de relance et du ralentissement de l’économie mondiale. Caterpillar, 3M et United Technologies ont d’ailleurs indiqué que les droits de douane ont augmenté la pression sur leurs coûts.

Depuis le sommet qu’il avait enregistré le 21 septembre, l’indice S & P 500 a enregistré une correction de pus de 10%. Si l’on s’en tient aux anticipations actuelles, l’essentiel du potentiel boursier de la croissance américaine serait derrière nous. L’augmentation combinée des coûts de la main-d’œuvre, des matières premières et de l’emprunt pourrait indiquer que les marges des entreprises ont atteint un sommet, freinant les perspectives de croissance des bénéfices. Tout reste relatif quand on observe les tensions politiques persistantes au sein de la zone euro et les conflits lancinants entre gouvernements populistes et autorités européennes.

L’Italie n’est pas la Grèce

À l’heure actuelle, il serait néanmoins farfelu de comparer la situation économique de l’Italie à celle de la Grèce. L’Italie reste un pays dont le patrimoine privé est l’un des plus importants en Europe, particulièrement en Italie du Nord. Les écarts de taux entre l’Allemagne et l’Italie restent gérables, même s’il ne faudrait pas que la situation s’envenime davantage et conduise à des écarts supérieurs à 4%. Le cours de change entre l’euro et le dollar devrait également absorber une bonne part de l’onde de chocs. Force est de constater que les marchés boursiers européens auraient tant à gagner de la disparition du risque politique que fait peser sur l’Europe la montée combinée du séparatisme et du populisme.

©Bloomberg

La correction des cours boursiers est douloureuse mais elle est saine étant donné le niveau d’incertitude actuel. Que ce soient les tensions commerciales qui perdurent, les discussions ubuesques liées à la frontière irlandaise, la remontée du cours du baril, et la situation fragile des pays émergents, tout a concouru à accentuer la nervosité sur les marchés.

Il faut néanmoins souligner que les valorisations, en particulier sur les marchés européens, sont saines, voire même attractives.

Il faut néanmoins souligner que les valorisations, en particulier sur les marchés européens, sont saines, voire même attractives. La difficulté d’investir aujourd’hui réside dans la faible liquidité sur les marchés et la faible diversification entre classes d’actifs et zones géographiques. La régulation a découragé la prise de risque de la part d’acteurs institutionnels qui pouvaient soit agir comme teneurs de marché, soit acheter lorsque d’autres vendaient.

Les intermédiaires financiers ont également moins à gagner en explorant des segments de marché moins populaires dont les poches d’inefficiences peuvent persister plus longtemps. Enfin, la normalisation des politiques monétaires conduit à des niveaux de volatilité plus élevés, ce qui correspond davantage à la réalité du marché des actions.

Dans un marché qui stagne ou qui baisse, la plus grosse erreur serait de céder à la peur et au catastrophisme.

L’ajustement qui intervient sous nos yeux exige plus de pondération, de patience, de détermination et d’agilité. Dans un marché qui stagne ou qui baisse, la plus grosse erreur serait de céder à la peur et au catastrophisme. Toute l’attention doit porter sur la réorientation prudente des portefeuilles vers des actifs dont les valorisations basées sur les fondamentaux économiques deviennent graduellement de plus en plus attractives. Puisse l’Europe parvenir à repousser ses vieux démons séparatistes et populistes et s’engager dans la voie de réformes favorables à une croissance économique soutenue et soutenable. Le reste du monde doit prendre le relais des Etats-Unis. C’est tout le mal que je souhaite à l’Europe.

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