Qui sera le premier à proposer un partenariat solide aux bourses africaines ?

Ouverture de la séance à la Bourse de Lagos (Nigeria). ©Bloomberg

Les avantages d’un partenariat solide avec les bourses africaines sont nombreux pour les acteurs Européens. L’UE peut devenir la destination naturelle des émetteurs africains tentés par une double cotation africaine-européenne. Le marché européen deviendrait ainsi une véritable porte d’entrée sur l’Afrique pour les investisseurs mondiaux.

Par Grégoire Schöller
Ancien conseiller diplomatique de Michel Barnier (2009-2014)
Associé de Priam Partners
Co-fondateur d’EurAfrica *

Qui sera le premier à proposer un partenariat solide aux bourses africaines? Le Chinois, l’Américain, le Russe, l’Emirati, l’Indien ou l’Européen ? À l’image du développement économique de l’Afrique (5 % de croissance annuelle en moyenne depuis le début des années 2000), les Bourses africaines sont en plein essor. En 2000, le continent comptait une douzaine de Bourses pour une capitalisation de 257 milliards de dollars.

1490,5 milliards de USD
Capitalisation
Aujourd’hui, les 28 Bourses africaines affichent une capitalisation de plus de 1490,5 milliards de dollars (au 9/03/2017), soit l’équivalent du PIB de l’Afrique subsaharienne.

Aujourd’hui, les 28 Bourses africaines affichent une capitalisation de plus de 1490,5 milliards de dollars (ASEA, chiffres 9/03/2017), soit l’équivalent du PIB de l’Afrique subsaharienne. La Bourse de Johannesburg est largement en tête avec une capitalisation de 998 milliards de dollars.

A l’heure actuelle, ces marchés sont essentiellement portés par l’épargne locale (20 % du PIB) et les investisseurs nationaux. Plus de 2 000 sociétés sont cotées en Afrique. Pour cette année 2019, on parle déjà de nombreuses IPO parmi lesquelles Jumia.com, Dangote Cement, Airtel, MTN, Helios Towers, SportPesa, etc.

A l'extérieur de la Bourse de Johannesburg. ©Bloomberg

Si l’Union européenne et les acteurs boursiers européens ne s’intéressent pas aux bourses africaines, ce sont les concurrents américains et asiatiques qui créeront les partenariats stratégiques avec eux à la place des Européens. C’est maintenant que les positions gagnantes se prennent.

Deux choses sont disponibles au niveau européen de manière quasi immédiate pour saisir cette opportunité : de l’argent et le pouvoir législatif européen.

Il existe bien entendu une kyrielle d’instruments financiers disponibles pour conduire une politique de développement et d’investissement efficace vers l’Afrique. A cet égard, le plan " Juncker " de la Commission européenne pour l’investissement extérieur est plus que prometteur : 4 milliards d'euros de budget de la Commission européenne qui doivent devenir 44 milliards avec le jeu de l’effet de levier.

Mais concrètement, quelles actions tangibles les bourses européennes et pouvoirs publics européens peuvent-ils initier?

Sans tomber dans un inventaire à la Prévert, voici quelques-unes des mesures que les Européens pourraient proposer aux bourses africaines:

  •  un fonds d’accompagnement à l’introduction en bourse des PME destiné à prendre en charge sous forme de prêts, la totalité des frais liés à l’introduction sur le marché.
  • Un fonds de soutien destiné aux PME pour financer toutes les mutations qualitatives qui correspondent à leurs attentes, notamment lorsqu’elles veulent mettre en place un contrôle de gestion, ou d’autres instruments qui permettent une bonne gouvernance ou gestion de l’entreprise.
  • Un fonds de garantie, pour garantir aux épargnants un retour sur leur capital pendant les trois premières années qui suivent l’introduction en bourse, ou encore
  • une adhésion volontaire (et sous certaines conditions préalables) d’acteurs boursiers africains à un futur plan d’épargne-action spéciale PME africaines, car pour les PME le financement ne peut pas s’effectuer via un appel public à l’épargne comme pour une grande entreprise, mais par une adhésion à un plan d’épargne-actions, avec des mesures fiscales pour l’épargnant
  • d’autres mécanismes macro-économiques pourraient inclure la mise en place de fonds de garantie sur les risques forex propres aux places boursières des marchés émergents, etc.

Enfin, les fonds de pension et autres investisseurs institutionnels considèrent l’Afrique comme une seule bourse. Ils réalisent leurs allocations d’actifs sur base d’indices multi-bourses sans faire de différence entre les 28 lieux de cotation africains. Ils affirment : " Je vais prendre du Air Liquide, du Nestlé ou du CFAO Motors sur la BRVM à Abidjan, du Barclays ou du Kenya Airways à Nairobi, et enfin du Orascom ou du Suez Cement au Caire. ".

Il existe donc une opportunité pour créer une plateforme commune pour qu’un investisseur souhaitant constituer un portefeuille africain ne se retrouve pas avec une quinzaine de courtiers avec qui traiter afin de couvrir l’ensemble des marchés africains.

Les avantages d’un partenariat solide avec les bourses africaines sont nombreux pour les acteurs Européens.

Le marché européen deviendrait une véritable porte d’entrée sur l’Afrique pour les investisseurs mondiaux.
.
.

L’UE peut devenir la destination naturelle des émetteurs africains tentés par une double cotation africaine-européenne (du côté européen : Euronext, Deutsche Börse, ou Borsa Italiana en même temps qu’une cotation de ces entreprises au niveau local : Abidjan, Nairobi, Lagos, Accra, Port-Louis, Johannesburg, Le Caire, Tunis, Casablanca, etc.). Dans le même temps, l’UE augmenterait sérieusement la qualité de l’appui offerts aux PME et grandes sociétés européennes lancées dans des stratégies d’expansion sur le continent africain où leur potentiel de build-up est incalculable. Enfin, le marché européen deviendrait une véritable porte d’entrée sur l’Afrique pour les investisseurs mondiaux.

A l’aube de la prochaine législature européenne 2019-2024, soyons résolument ambitieux pour fixer le cap de la relation Europe-Afrique, et faisons bouger les lignes à Bruxelles.

* www.eurafrica.fr

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect