Réchauffement social, alerte globale

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Le rapport 2019 sur "l'évolution de l'emploi et de la situation sociale en Europe" réaffirme que le réchauffement de la planète est susceptible d’entraîner un recul du PIB de l'Union européenne pouvant atteindre 2% chaque année.

Par Marianne Thyssen
Commissaire européenne pour l'emploi, les affaires sociales, les compétences et la mobilité des travailleurs

Le changement climatique constitue un enjeu majeur pour notre époque. La façon dont nous allons gérer ce défi déterminera notre avenir. Les coûts économiques et sociaux de l’inaction climatique sont inacceptables. L’aggravation et la multiplication des sécheresses, des feux de forêt et des inondations côtières ou fluviales entraînent déjà de graves perturbations et difficultés. Notre nouveau rapport 2019 sur " l'évolution de l'emploi et de la situation sociale en Europe " réaffirme que le réchauffement de la planète est susceptible d’entraîner un recul du PIB de l'Union européenne pouvant atteindre 2 % chaque année.

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Il s’agit là de répercussions qui peuvent être mesurées. Mais comment quantifier la perte de la maison dans laquelle on a grandi? Comment mesurer le coût socio-économique du déclin d’une espèce, comme les abeilles mellifères, qui s’est développée sur des millions d’années et qui est fondamentale pour notre biodiversité?

50 millions
Individus
Au sein de l’UE, le nombre de personnes accusant des arriérés dans leurs factures de services publics a diminué ces dernières années, mais près de cinquante millions d’individus sont encore concernés par ce problème.

Il n’est tout simplement pas envisageable de rester inactif en matière de climat. C’est la raison pour laquelle l’Union européenne est un leader mondial en matière de développement durable et de lutte contre le changement climatique. L’ensemble des 28 États membres de l’UE mettent en œuvre l’accord de Paris de 2015, et la grande majorité d’entre eux sont disposés à prendre l’engagement d’être carbo-neutres d’ici à 2050. La Finlande souhaite même atteindre cet objectif dès 2035.

Toutefois, la transition vers une économie verte ne sera pas socialement inclusive par défaut. De nombreux Européens s’inquiètent de la hausse attendue des coûts de l’énergie et de son incidence sur leur revenu disponible à la fin du mois. Au sein de l’UE, le nombre de personnes accusant des arriérés dans leurs factures de services publics a diminué ces dernières années, mais près de cinquante millions d’individus sont encore concernés par ce problème. Cinquante millions de trop.

Il apparaît de plus en plus clairement que les politiques à mettre en œuvre doivent être inclusives afin d’assurer la réussite de notre stratégie en matière de climat. En d’autres termes, il faut intégrer la dimension sociale dans nos politiques climatiques dès le départ, et non sous la forme d’une réflexion ultérieure.

Il faut explicitement réinvestir les revenus tirés de la tarification du carbone dans des politiques sociales de redistribution.
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Les manifestations qui ont récemment eu lieu en France, à la suite de la hausse des prix du carburant routier, montrent à quel point il est difficile de bien doser les politiques climatiques au niveau national. Il est essentiel de partager équitablement les coûts et les avantages de la décarbonisation et d’accorder une attention particulière aux membres les plus vulnérables de nos sociétés si nous voulons que la transition écologique soit juste et démocratique. Cela signifie également qu’il faut explicitement réinvestir les revenus tirés de la tarification du carbone dans des politiques sociales de redistribution.

Je sais que la transformation numérique est une source de défis et d’opportunités. Contrairement aux mises en garde des technophobes comme des technophiles, l’avenir du travail ne passe pas par la fin du travail. Certains emplois vont disparaître, de nouveaux emplois vont être créés et de nombreux emplois vont évoluer. Il en va de même pour la transition écologique.

Entre 2000 et 2015, l’emploi au sein de l’UE a augmenté plus rapidement dans le secteur de l'environnement que dans l’économie en général. La plupart des emplois verts sont des emplois à revenus et à qualifications intermédiaires, ce qui va à l’encontre de la polarisation du marché du travail que nous voyons en raison de la numérisation et de l’automatisation. Si l’Europe reste à la pointe du développement en matière de technologies vertes, les retombées positives sur l’emploi seront encore plus importantes.

Investir dans cet avenir, c’est non seulement investir dans l’innovation et la création d’emplois, mais aussi dans les individus et leurs compétences. Il s’agit de soutenir les individus et de les mettre en capacité d'agir en modernisant nos systèmes de sécurité sociale pour les adapter au XXIe siècle. Lorsque nous avons lancé le socle européen des droits sociaux en 2017 à Göteborg, en Suède, nous avons pris cet engagement envers les citoyens de l’UE. Personne ne doit être laissé pour compte.

La nouvelle stratégie en matière de compétences pour l’Europe porte déjà ses fruits. La Commission européenne collabore étroitement avec les gouvernements nationaux pour investir dans les compétences numériques, l’enseignement et la formation professionnels ainsi que l’apprentissage tout au long de la vie. À travers les fonds structurels et d’investissement de l’UE, comme le Fonds social européen (FSE), les régions de l’UE peuvent financer des réformes qui sont socialement inclusives, écologiques et tournées vers l’avenir.

Pour que la transition écologique soit politiquement légitime, il faut intégrer les répercussions humaines dans la conception même de nos politiques.
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Nous ne pouvons ignorer la dimension territoriale de la transition écologique. C’est la raison pour laquelle le programme " Régions charbonnières en transition" pilote des projets dans 14 régions de l’UE. La Commission a également proposé que le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEM) puisse financer la reconversion et l’activation des travailleurs qui perdent leur emploi en raison de la décarbonisation.

La transition juste vers une économie verte sera la pierre angulaire du mandat de la prochaine Commission. Pour que la transition écologique soit politiquement légitime, il faut intégrer les répercussions humaines dans la conception même de nos politiques. Il est impératif d’agir sans tarder.

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