chronique

Refuser l'écologie au prix des faits

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La défense du libéralisme demande-t-elle d’étouffer la demande pour un positionnement plus écologique du MR ? Certainement pas d’un point de vue théorique. En effet, il n’y a pas de contradiction a priori entre libéralisme et nombre de politiques environnementales.

©Nima Ferdowsi

Par Étienne de Callataÿ
Université de Namur

Le mauvais résultat des listes MR aux élections communales du 14 octobre dernier a provoqué un double appel parmi des élus et des sympathisants de ce parti.

Les uns ont souhaité mettre en selle un libéralisme plus social, les autres voir adopter un libéralisme plus vert. Ce second appel n’est pas du goût de tous, à en juger par la carte blanche "L’écologie radicale est-elle l’avenir du MR?" publiée par Drieu Godefridi dans l’Echo le 19 octobre. Cet intervenant est connu pour sa défense d’un libéralisme "pur jus", ses positions climato-sceptiques, sa défense de l’énergie nucléaire et ses critiques à l’encontre du GIEC.

Libéralisme et écologie

La défense du libéralisme demande-t-elle d’étouffer la demande pour un positionnement plus écologique du MR? Certainement pas d’un point de vue théorique. En effet, il n’y a pas de contradiction a priori entre libéralisme et nombre de politiques environnementales.

L’exemple le plus frappant est celui de l’introduction d’une taxe carbone, qui responsabiliserait les émetteurs de carbone. Dans le jargon des économistes, la pollution est source d’externalités négatives, qu’une telle taxe permettrait d’internaliser. Cet impôt, loin d’être contraire au libéralisme, contribuerait à l’efficacité du système économique de marché.

Le libéralisme, ce n’est pas céder au diktat d’une corporation de commerçants frileux face au changement exigeant de maintenir les emplacements de parking sur telle ou telle place.
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Le libéralisme n’interdit ni toute intervention publique, ni tout impôt. Et pour revenir sur le terrain de compétences communales, on peut très bien être libéral et se féliciter de l’initiative privée tout en trouvant que l’espace public laisse une part trop belle – en fait, trop laide – aux voitures.

Le libéralisme, ce n’est pas céder au diktat d’une corporation de commerçants frileux face au changement exigeant de maintenir les emplacements de parking sur telle ou telle place.

Contre-vérités

La défense du libéralisme demande encore moins de recourir à des contre-vérités. Nous ne devons pas avoir la même conception de ce qu’est et la gauche et l’écologie pour voir Madame Marghem figurer, selon l’auteur, parmi les exemples de "mandataires MR sympathisants à gauche et écologistes revendiqués".

Si les performances environnementales des pays du Nord de l’Europe sont nettement meilleures que les nôtres, c’est vraisemblablement que des partis de droite et du centre y ont eu un positionnement écologique plus pointu.
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D’ailleurs, fort du fait que le MR s’est rallié à la fermeture des centrales nucléaires en 2025, le même affirme que "de tous les partis de droite et du centre en Europe, le MR est le plus en pointe sur les questions d’écologie". Voilà une autre assertion qui surprend. Si les performances environnementales des pays du Nord de l’Europe sont nettement meilleures que les nôtres, c’est vraisemblablement que des partis de droite et du centre y ont eu un positionnement écologique plus pointu. Et n’est-ce pas une chancelière de droite qui a fait sortir l’Allemagne du nucléaire?

L’argument nucléaire

Le chroniqueur est un partisan affiché de la prolongation des centrales nucléaires, pour fournir de l’électricité à bas coût. On peine à voir la cohérence entre cet argument et le fait qu’en Belgique, un pays pourtant fortement nucléarisé, "l’électricité est pourtant déjà la plus onéreuse d’Europe".

Cette assertion n’est d’ailleurs pas correcte. Sur la base des informations les plus récentes publiées par Eurostat, le prix de l’électricité est, pour un usage résidentiel, plus élevé en Allemagne et au Danemark, des pays, incidemment, dont l’économie fonctionne relativement bien.

Pour un usage non résidentiel, la vérité est encore beaucoup plus éloignée puisque le prix en Belgique est inférieur à la fois à la moyenne de l’Union et à celle de la zone euro.

Dans une drôle d’inversion de logique, M. Godefridi termine son paragraphe pour la prolongation des centrales nucléaires en évoquant le risque de "black-out" électrique cet hiver. Voilà qui est faire fi du fait que ce risque découle précisément des "indisponibilités" en termes de centrales nucléaires.

On comprend la stratégie à l’œuvre: pour rejeter l’idée que le MR gagnerait à adopter un programme plus écologique, M. Godefridi invoque le "positionnement écologiste extrême du MR". Voilà qui prêterait à sourire si les défis du dérèglement climatique et de la biodiversité n’étaient pas aussi dramatiques.

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