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Retour sur l'âge d'or de la construction européenne

Lu pour Vous

Ceux qui se disent aujourd’hui désabusés par l’Union européenne pourraient trouver inspiration dans les années quatre-vingt et nonante, qui furent une période de relance exceptionnelle de l’intégration européenne. C’étaient les années Delors, marquées par l’achèvement du marché intérieur, l’amorce de la création de l’euro et l’élargissement aux pays de l’ancien Bloc de l’Est. Autant de processus qui ont apporté un nouvel élan à la construction européenne.

Cette période 1986-2000 fait l’objet d’un volumineux ouvrage collectif sous la direction de Vincent Dujardin, professeur d’histoire à l’UCLouvain. Ce projet a réuni pendant quatre ans 52 professeurs et chercheurs, issus de plus de 30 universités et centres de recherche.

Pour mener à bien leurs travaux, les auteurs ont pu avoir accès aux archives de la Commission, y compris les procès-verbaux des réunions, donc à un nombre important de documents qui ont été déclassifiés pour cette occasion. Ils ont également pu consulter les papiers privés de personnages-clé comme Jacques Delors ou Romano Prodi.

Si ce que Vincent Dujardin qualifie d’"âge d’or" de la construction européenne a pu voir le jour, c’est parce que le contexte était politiquement et économiquement très favorable. Les années 1970, marquées par la crise pétrolière, l’inflation et le chômage, ont laissé la place à partir de la moitié des années 1980 à la détente Est-Ouest qui culminera avec la chute du Mur de Berlin et la réunification de l’Allemagne. Au plan économique, la situation était devenue bien meilleure. Si le taux de croissance industrielle de la Communauté était de 0,3% entre 1979 et 1986, il est passé à 2,5% entre 1986 et 1992. De quoi nourrir bien des ambitions.

Alors que l’Acte unique européen de 1986 évoquait déjà l’idée d’une Union économique et monétaire (UEM), le Conseil de Hanovre en 1988 a apporté l’impulsion décisive à la création de l’euro dix ans plus tard, en 1999.

Tout n’était pas parfait pour autant. En quittant Maastricht, Jacques Delors confia toutefois au ministre belge des Finances Philippe Maystadt, que la construction restait "boiteuse", avec une jambe monétaire forte incarnée par la BCE, et l’autre jambe, économique, trop faible. On a vu lors de la crise de 2008 à quel point ce déséquilibre a été préjudiciable aux pays de l’Europe du Sud…

En lisant le récit de ces événements, on ne peut qu’être interpellé par le volontarisme et l’optimisme qui prévalaient durant cette période bénie, entre la chute du Mur et les attentats du 11 septembre. On comprend mieux aujourd’hui pourquoi des penseurs tels Francis Fukuyama ont pu parler de "fin de l’histoire".

Mis à part le conflit yougoslave, heureusement encapsulé dans son périmètre régional, le nouvel ordre mondial basé sur le capitalisme triomphant et un rapport est-ouest pacifié semblait installé pour très longtemps. On parlait certes déjà d’écologie au Sommet de la Terre à Rio en 1992, mais la menace était envisagée sur du très long terme. La chute des années 2000 et 2010 n’en fut que plus dure…

J-P.B.

"La Commission européenne 1986-2000, histoire et mémoires d’une institution", ouvrage collectif sous la direction de Vincent Dujardin, 830 pages, 39 euros.

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