Rien de nouveau sous le soleil

Le scénario actuel se reproduira dans le futur, avec d’autres prédateurs microscopiques pour lesquels nous serons parfois désarmés. ©REUTERS

La mondialisation pourrait changer de visage après le coronavirus mais ne disparaîtra pas. Pourtant le scénario actuel se reproduira dans le futur.

L’humanité se clive en deux sous-ensembles : la belle humanité et l’autre.

Michel Judkiewicz

Ingénieur civil et membre de l’Académie 

 

La belle qui œuvre par tous les moyens, financier, don de soi, encouragements, services auxiliaires, visite et souci des faibles, des pauvres des isolés, des personnes âgées, et tant d’autres actions petites ou grandes pour vaincre le péril et sauver nos frères humains, mettant le cœur un rien au-dessus de la raison. Des altruistes et idéalistes, quelles que soient leurs convictions religieuses, philosophiques ou politiques, leur origine ou leur genre.

Et puis l’autre qui ,en dépit de tous les démentis des autorités compétentes, organise de véritables razzias sur l’alimentation et le papier de toilette, comme si elle ne se revendiquait que comme un tube digestif. Des foules qui  pillent les pharmacies, stockent les gels désinfectants, thésaurisent les masques : les égoïstes, les cyniques, les adeptes du " moi d’abord ".

Nil novum sub sole (ndlr: "rien de nouveau sous le soleil"), semble-t-il, depuis le néolithique.

Au-delà du niveau local, on peut voir que l’humanité, divisée en états-nation et régions est une structure fractale où à des échelles diverses, les mêmes phénomènes s’observent. Cette fractalité peut toutefois devenir une fatalité en cas de danger supranational tels qu’une pandémie car en effet, les comportements relèvent rapidement d’un protectionnisme local plutôt que d’une union sacrée contre le danger commun. L’utopie d’un gouvernement mondial avec des niveaux de pouvoir décentralisés pointe le bout de son oreille mais gageons qu’une fois le virus endigué, ce sera " business as usual. "

Un scénario qui se reproduira

Voici donc un " black swan " ou cygne noir au sens de Nicholas Taleb : événement très peu probable mais à impact gigantesque, sauf que, est-ce si peu probable ?

La nature a un système proie-prédateur régi par les équations différentielles de Lotka-Volterra.

En dehors des insectes, la population humaine est devenue dominante et nos seuls prédateurs potentiels sont nous-mêmes et les épidémies virales ou bactériennes.

Dans aucun des 17 objectifs de développement durables des Nations Unies on évoque l’impact de l’évolution démographique de l’humanité mais les chiffres sont de l’ordre de 7,5 milliards aujourd’hui, 8,7 en 2030, 9,7 en 2050 et 11,2 en 2100.

En dehors des insectes, la population humaine est devenue dominante et nos seuls prédateurs potentiels sont nous-mêmes et les épidémies virales ou bactériennes. La mondialisation pourra changer de visage après le coronavirus mais ne disparaîtra pas. La durée de vie moyenne et le volume de la population âgée, tout comme les voyages augmenteront avec des transports moins énergivores, plus respectueux du bilan carbone. L’avènement de l’urbanocène, population de plus en plus concentrée dans les villes, se poursuit  (68% en 2050, toujours selon l’ONU), et donc les équations de Lotka-Volterra continueront à jouer et le scénario actuel se reproduira dans le futur, avec d’autres prédateurs microscopiques pour lesquels nous serons parfois désarmés.

Sur ce point, peu d’action possible. Par contre, pour des mesures d’avertissements précoces, de communication, de prévention et d’action concertées et mondiales, l’actualité devrait nous pousser à les mettre en place pour mieux aborder la prochaine crise, ensemble, plutôt qu’en ordre dispersé.

Pour le reste, chapeau bas pour tous ceux qui se dévouent, si modestement soit-il et gardons au cœur l’espoir que la partie de  l’humanité qui  semble avoir développé le cerveau reptilien plutôt que le cortex se hisse progressivement au niveau de la belle humanité.

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