carte blanche

Robots "voleurs d'emplois"? On se trompe de débat…

Ingénieur de gestion et économiste

Chaque acteur du monde économique va se retrouver confronté à des changements majeurs. La révolution digitale est en cours.

Par Olivier Colin
Conseiller au Centre Jean Gol.

En juin dernier, une entreprise australienne a présenté sa nouvelle innovation lors de l’Artificial Intelligence Good Global Summit, organisé à Genève. La start-up a intégré le logiciel Watson d’IBM dans une oreillette, permettant ainsi une traduction instantanée sans connexion Bluetooth ou wi-fi. Encore une petite révolution dans le monde de l’intelligence artificielle qui ne cesse de surprendre… et de faire peur.

©doc
Chaque acteur du monde économique va se retrouver confronté à des changements majeurs. La révolution digitale est en cours.

Charles Darwin nous disait déjà au XIXe siècle que l’espèce qui survit n’est pas la plus intelligente, mais celle qui peut s’adapter au changement. Cette affirmation est certainement plus que jamais d’actualité dans le cadre de la révolution digitale, au cours de laquelle chaque acteur du monde économique va se retrouver confronté à des changements majeurs. Une des grandes différences entre la révolution digitale que nous connaissons et les révolutions précédentes se trouve dans son champ d’application beaucoup plus large. Alors que dans le passé, la majorité des emplois menacés par l’apparition de nouvelles technologies concernait principalement de la main-d’œuvre non qualifiée, aujourd’hui la quasi-totalité des secteurs est touchée par cette transformation digitale.
Peut-on nommer encore un secteur pour lequel le développement des big data et l’apparition de nouveaux logiciels de traitement informatique ne pourraient pas être utiles pour mieux servir les consommateurs ou avoir une meilleure connaissance du marché? Tous les métiers semblent potentiellement concernés à moyen ou à long terme: juristes et avocats, médecins, chauffeurs de bus ou encore architectes d’intérieur. Tous devront pouvoir être capables de se réinventer, de s’adapter à ces changements et de pouvoir fonctionner dans un environnement en constante mutation. Aux Etats-Unis, selon une étude de McKinsey, près de la moitié des emplois sont susceptibles d’être automatisés à une échéance relativement courte, en adaptant simplement la technologie actuelle.

En France, un rapport de Roland Berger nous parle de 42% des emplois présentant "une forte probabilité d’automatisation" et près de 3 millions d’emplois seraient menacés d’ici 2025. En Belgique, le Conseil supérieur de l’emploi a évalué que 69,1% des fonctions moyennement qualifiées présentent un risque de numérisation supérieur à 70%.

Destruction créatrice?

Qu’en est-il réellement? La théorie de la destruction créatrice nous montre qu’historiquement, la disparition de certains secteurs d’activité est compensée par l’apparition de nouveaux métiers. Au XIXe siècle aux Etats-Unis, la quantité de tisseurs nécessaires pour produire un mètre de vêtement a diminué de 98% avec l’apparition des machines. Mais de l’autre côté, la diminution du prix a engendré une forte augmentation de la demande et en réalité le nombre d’emplois pour les tisseurs a quadruplé entre 1830 et 1900. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

On parle en économie du "sophisme d’une masse fixe de travail", c’est-à-dire l’idée selon laquelle la quantité de travail serait une donnée limitée et que si des robots prennent nos emplois, il en résulterait automatiquement un chômage massif. La réalité est beaucoup plus complexe. Qui aurait pensé il y a 50 ans que nous pourrions travailler comme expert en cybersécurité par exemple? De nombreux emplois vont être créés, à la différence que leur nature sera différente et qu’ils ne nécessiteront pas les mêmes compétences. La vraie question serait de savoir si nous aurons les compétences pour ces nouveaux emplois créés.

Dans cette optique, l’enseignement et la formation continue doivent plus que jamais préparer nos enfants et leurs parents à ces changements en nous enseignant les compétences clés qui nous permettront de nous différencier des robots dans le futur: l’empathie, le travail d’équipe, la capacité d’induction et la créativité.

Force est de constater que le système d’enseignement actuel et les formes existantes de formation en entreprise sont loin d’être adaptées à ces évolutions. Plutôt que de vouloir proposer des solutions irréalistes ou populistes comme l’allocation universelle ou la taxation des robots, ne devrait-on pas réfléchir à se préparer aux emplois de demain?

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