chronique

Sentiments contraires

CEO et Administrateur Délégué du réseau Be Angels

Chronique de Claire Munck, CEO et Administrateur Délégué du réseau Be Angels

Cette période de déconfinement me plonge dans mes contradictions. D’un côté, rester chez soi, pendant un moment étrange de l’histoire, me pousse vers davantage de spiritualité. Ou tout du moins, de réflexion sur moi-même et sur le monde. Une crise sanitaire comme celle que nous vivons ne devrait être une surprise pour personne.

Ce genre de crise est malheureusement inévitable, de part la façon dont nous vivons notre monde et en abusons de sa générosité. Les ressources sont épuisables, la surproduction et la surconsommation repoussent les limites du supportable. Naturel, physique, psychique.

"Comme le dit mon père, nous ne sommes pas plus importants qu’une feuille, qu’un arbre, qu’une mouche."

Le Covid, comme le disait André Compte-Sponville dans un récent article, nous rappelle à notre statut de mortel. Devrions nous accepter que, même si l’on ne veut pas le provoquer, un virus nous emporte ? Comme le dit mon père, nous ne sommes pas plus importants qu’une feuille, qu’un arbre, qu’une mouche. Nous ne faisons que passer, et pourtant nous nous croyons parfois tout-puissants, les progrès de la médecine et le transhumanisme nous faisant penser que nous repousserons encore plus loin les limites de la nature, et de notre destin.

De nos jours, nous sommes obligés de nous confronter à nos limites d’homme dans son environnement. De vivre l’instant présent. Nous ne savons pas de quoi sera fait demain. Pour moi, de l’autre côté de la réflexion, se dresse l’attrait de la superficialité. De ce qui n’a pas de sens, pas de fonction. Qui n’a aucune utilité. Car si nous commençons à dé-confiner maintenant, c’est que nous devons reprendre nos fonctions dans la société.

Nouvelles formes d’asservissement

Mais si on ne sait pas de quoi demain sera fait, a-t-on envie de penser à demain ? Il faut relancer la machine, or, le fait de vivre dans l’instant présent, d’être confiné et de refléter un instant plus que normal sur sa vie, me pousse aussi davantage dans des désirs de superficialité. De ce qui n’est ni profond, ni essentiel. La société telle que nous la vivons, hors Covid, peut être pesante. Elle est faite de limites, d’interdits, de recommandations sur ce qui est bien et moins bien, d’entraves à la liberté d’être soi et de s’inventer une façon de vivre. Le confinement vient accentuer ce sentiment, en rajoutant une couche d’interdit et de nouvelles limites. Et en donnant peut-être naissance à de nouvelles formes d’asservissement.

C’est étonnant à la fois de se poser des questions existentielles sur la gestion de notre vie et de notre planète, et de l’autre côté vouloir désirer de vivre des moments furtifs de liberté intellectuelle et se laisser emporter par la futilité et l’oisiveté. Et bien entendu, retrouver la liberté de se mouvoir pour aller rencontrer le monde.

"Le confinement est dans la tête. Et il n’est pas né avec le Covid, il s’en nourrit."

Vivre l’instant présent et ne pas réfléchir. Ne pas prévoir. Vivre, penser, faire des choses qui n’apportent rien. Sauf le fait de se sentir vivant. Bien entendu, ce genre de réflexion n’est possible que pour ceux, comme moi, qui ne manquons pas de l’essentiel, pour faire manger sa famille et se confiner dans un espace agréable. Mais le confinement est dans la tête. Et il n’est pas né avec le Covid, il s’en nourrit.

Le virus menace notre résilience physique et intellectuelle. J’ai toujours admiré les personnes qui vivent chaque jour comme si demain n’était qu’un songe. Le mirage d’un jour futur, qui n’est qu’incertitude. C’est avec ces personnes que la fête est la plus douce. La célébration d’un instant, sans se soucier du lendemain. Car peut-être ne sera-t-il pas réalité. Pas de bagages, pas de perspectives non plus. L’ivresse d’un moment, le soleil sur la peau, l’air marin collé à la narine, les doigts glissant dans un sable formé par des millénaire de vie avant nous. Au loin, très loin, la vie que l’on s’impose, le bruit de tout ce que l’on ne veut pas entendre. En toute liberté.

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