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Seul dans votre voiture, vous faites sans doute partie du problème...

©BELGAIMAGE

En cette période de retour au travail, les embouteillages risquent à nouveau de paralyser les grandes villes du pays. En cause: l’autosolisme, cette mauvaise habitude des Belges à se déplacer seuls dans leur voiture. Ce n’est pourtant pas une fatalité: envisager d’autres moyens de transport décongestionnerait les grands centres urbains et péri-urbains. Pour stimuler cette transition, le chèque-mobilité s’impose comme une évidence.

C'est la rentrée et les embouteillages monstres vont à nouveau s’inviter dans nos quotidiens. Plusieurs phénomènes alimentent cette crainte : de nombreux travailleurs reprennent le chemin du bureau, tandis qu’une partie des usagers habituels des transports en commun reviennent à la voiture de peur de contracter le virus dans le bus, le tram ou le métro.

Cette tendance se ressent notamment dans les chiffres des ventes de voitures d’occasion : +21% en juin et +15% en juillet par rapport à l’année dernière. Une étude récente de Deloitte a même démontré qu’en juillet, le trafic automobile atteignait déjà 90% de son niveau de l’année dernière.

N’y allons pas par quatre chemins : si les Belges s’obstinent à privilégier la voiture pour leurs trajets domicile-travail, cette rentrée 2020 sera un drame pour la mobilité. A Bruxelles, par exemple, les routes seront prises d’assaut alors même que la politique de promotion du vélo a supprimé des bandes de circulation.

Or, la congestion urbaine est une catastrophe tant d’un point de vue environnemental qu’économique et social. L’OCDE a ainsi calculé que les embouteillages coûteraient chaque année à la Belgique entre 1 et 2% de son PIB, soit un coût total annuel de 4 à 8 milliards d’euros. En outre, nous savons désormais qu’un travailleur qui affronte chaque jour les embouteillages dans sa voiture présente un risque de burnout 30% plus élevé que ses collègues qui optent pour d’autres moyens de déplacement.

Le coupable : l’autosolisme

En Belgique, les voitures de société représentent 10% du parc automobile, mais 20% du trafic. La politique de la « voiture salaire » répond à un contexte fiscal très particulier. Critiquer cette approche est facile. Mais il est plus constructif de proposer des solutions alternatives efficaces, comme le budget mobilité

Le fond du problème des embouteillages en Belgique n’est pas uniquement à imputer à la voiture de société en soi, mais bien à la pratique de l’autosolisme, qui pousse chaque matin des salariés des quatre coins du pays à se confiner seuls dans leur voiture pour se rendre à leur travail. Ces habitudes, solidement ancrées dans nos mentalités, font qu’un navetteur qui se rend quotidiennement dans le centre de Bruxelles en voiture perd chaque année 195 heures dans les bouchons.

Pour remédier à cette situation, il ne faut pas bannir la voiture des grandes villes, mais inciter les citoyens à opter pour d’autres solutions de mobilité, plus durables et efficaces. À cet égard, la suppression de bandes de circulation automobile à Bruxelles afin de développer le réseau de pistes cyclables constitue une initiative qu’il faut saluer. Mais à court terme, sans un changement fort de mentalités, réduire la capacité routière aura pour premier impact des embouteillages encore plus importants. Après avoir agité le bâton, place à la carotte.

L'évidence du chèque-mobilité

Ne soyons pas naïfs : Amsterdam et Copenhague n’ont pas résolu leurs problèmes de congestion en quelques mois, ni en quelques années. En Belgique, la transition prendra du temps et passera inévitablement par l’instauration d’un chèque-mobilité. Si manger est un droit, bouger l’est tout autant. Le chèque mobilité réplique le modèle du chèque-repas : un budget quotidien, faiblement taxé, alloué aux travailleurs pour qu’ils utilisent des modes de transport durables.

Cette idée se calque sur le modèle du « forfait mobilité » introduit cette année en France : une indemnité annuelle de 400 euros que l’employeur peut octroyer à ses employés afin de couvrir leurs frais de déplacement domicile-travail s’ils optent pour les transports en commun, la mobilité douce ou partagée. Ce budget de 400 euros par an est entièrement exonéré d’impôts et de cotisations sociales.

"Si manger est un droit, bouger l’est tout autant. En Belgique, la transition prendra du temps et passera inévitablement par l’instauration d’un chèque-mobilité."
Mathieu de Lophem
CEO de Skipr

En Belgique, une telle initiative présenterait de nombreux avantages. Tout d’abord, elle serait non-discriminatoire: contrairement à la voiture de société souvent réservée aux cadres – et dont sont de facto exclus tous les travailleurs qui ne possèdent pas de permis de conduire –, le chèque-mobilité serait attribué à l’ensemble des membres du personnel.

Libre à chacun d’utiliser ce budget pour des solutions plus durables: transports en commun, vélo, trottinette électrique, voitures partagées, etc. On peut en effet tout à fait comprendre que des travailleurs résidant en dehors des grands axes urbains aient réellement besoin d’une voiture pour se rendre sur leur lieu de travail: ils pourraient alors en profiter pour rejoindre une gare.

©Photo News

Le chèque-mobilité aurait alors un impact phénoménal sur le quotidien de centaines de milliers de citoyens. La relation entre le nombre de voitures en circulation et les embouteillages n’est pas linéaire : avec 10% de véhicules en moins sur les routes, on réduit les bouchons de 40% !

A ce jour, le chèque-mobilité apparaît comme la seule solution tenable d’un point de vue environnemental, économique et social pour engager la transition vers une véritable multi-modalité où chacun choisirait d’allouer son budget mobilité en fonction de ses besoins ou contraintes.

Cette piste, à explorer d’urgence compte tenu de la situation catastrophique de la mobilité dans la plupart des grandes villes belges, permettrait limiter une bonne fois pour toutes l’autosolisme, qui ralentit chaque année les gens qui, eux, n’ont d’autre choix que de prendre leur voiture. Rappelons-le : l’objectif n’est pas d’être pro ou anti-voitures, mais bien de mieux utiliser de l’espace pour fluidifier le trafic pour l’ensemble des usagers. Changer les esprits prendra du temps. Mais il suffit d’oser.

Mathieu de Lophem
CEO de Skipr

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