chronique

Sortons de notre bulle

Le racisme fait partie de mon histoire familiale et de nombre de mes amis

Le racisme, ça fonctionne comme le coronavirus. Tant que tu n’es pas touché toi-même, ou tes proches, tu peux ne pas te sentir concerné. C’est comme si ça n’existe pas. Les discussions ces dernières semaines suite aux manifestations ayant suivi la mort de George Floyd aux États-Unis ont montré qu’au-delà d’un manque d’expérience avec le racisme, on peut aussi manquer d’intérêt pour les autres ou pour des situations différentes de la nôtre. Cela m’est difficile à comprendre, moi qui me sens très concernée. À la fois parce que le racisme fait partie de mon histoire familiale et de nombre de mes amis, mais aussi parce que, ne serait-ce qu’à travers l’éducation, la littérature, les rencontres, j’ai voulu comprendre et participer à la discussion.

Claire Munck

CEO et Administrateur délégué du réseau Be Angels

Je peux donc te dire, mon ami, mon grand gaillard, au fond de qui la colère qui gronde ne s’éteint jamais vraiment, que je comprends. Toi qui as essayé d’enfouir au plus profond les remarques déplacées et les injustices, et qui vis la situation de George Floyd les larmes aux yeux, comme une bouche d’égout qui déborde. Rien ne sert de remettre le couvercle, la coupe est pleine. Toi qui dis, ça suffit. Agissons. Ne vivons pas le sentiment de révolte à travers nos smartphones. Mobilisons-nous pour que ça change, durablement.

À toi maman, bien cachée au pensionnat pendant ton enfance à Hô Chi Minh Ville, que ta mère maquillait pour que tu ne te fasses plus cracher dessus en allant à l’école, parce que "trop blanche". Et qu’on appelait "ping pong" à ton arrivée à en France, toi qui traversais la cour de l’école la tête baissée au pas de course pour qu’on ne te voie pas, que l’on ne remarque ta différence. Je comprends. À toi mamie, qu’on a traité de "chintok", et dont on a profité de la volonté de se faire accepter toute sa vie, parce que tu ne méritais a priori pas mieux. Je comprends. Je ne vis pas cette situation à distance, je la vis dans ma chair à travers la souffrance des autres, immédiate, mémorisée ou projetée.

Enjeu de pouvoir

"Le problème, c’est l’ignorance, le manque d’éducation, le manque de culture et tout simplement le manque de curiosité."
Claire Munck
CEO et Administrateur délégué du réseau Be Angels

L’actualité n’est pas un fait divers. La diversité c’est un enjeu de pouvoir, et c’est cela qui est en question. Chacun devrait se demander si, dans son entourage, il y a eu des situations vécues de racisme ou de discrimination. Si ce n’est pas le cas, et que tout le monde autour de la table se ressemble, vient du même milieu, a la même couleur de peau… Regardons bien qui est dans notre bulle. Si tout le monde nous ressemble, est-ce un monde réel ou un monde fabriqué dans lequel nous vivons?

La haine des autres, la croyance que certains êtres humains sont plus ou moins égaux, n’est pas innée, elle s’apprend, elle s’inculque. Chaque action que nous entreprenons, chaque initiative, doit tendre vers plus de justice, d’égalité. La bulle, elle ressemble à celle que l’on subit pour se protéger du coronavirus. Certains la fabriquent pour se donner un semblant de sécurité et de protection. Pour se rassurer. Mais elle se fissure et elle finira par disparaître. Parce que l’on peut choisir de la briser ou parce qu’on y rentrera de force. 

Il ne tient qu’à nous de sortir de notre bulle et de vivre le monde tel qu’il est, beau, divers, perturbant, dérangeant, enrichissant. C’est l’effort que nous devons tous faire, et que nous devrons amplifier pour le futur. Nous devons nous y engager: à écouter, à comprendre, à partager. Comme le dit Boris Cyrulnik, "plus une société facilite les développements personnels, plus les mondes mentaux sont différents et difficiles à harmoniser. Le totalitarisme qui impose une seule vérité fabrique un monde stable où règne l’ordre... qui est celui des cimetières. ".

Le problème, c’est l’ignorance, le manque d’éducation, le manque de culture et tout simplement le manque de curiosité. Il faut se battre pour nous engager ensemble vers un futur qui nous ressemble, humain. Cela ne va pas arriver tout seul, pour que les choses changent il faut les prendre en main.

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