carte blanche

Syndicats en entreprise, une calamité?

Patrick  Namotte

Dans une toute grande majorité de situations, les relations se passent bien avec les représentants syndicaux dans l’entreprise.

Par Patrick Namotte
Nexos Management Social

En Belgique, les relations avec les représentants syndicaux en entreprise sont-elles difficiles? J’interviens régulièrement comme orateur ou formateur sur le thème des relations sociales en entreprise. Et, très vite, je pose cette question aux participants: d’après vous, quel est le pourcentage d’entreprises où les relations avec les représentants du personnel se passent bien? 55, 65, 75, 85, 95%? Quelle serait votre réponse à vous, lectrice ou lecteur? Les statistiques en la matière n’existent pas et je vous propose de procéder, ensemble, par déduction sur base de quatre sources.

1. Les élections sociales

En mai 2016, des élections sociales ont été organisées en Belgique dans près de 7.000 entreprises, 6.950 comités pour la prévention et la protection au travail (CPPT) et 3.780 conseils d’entreprise (CE).

À ces 7.000 entreprises s’ajoutent celles où les élections sociales ne sont pas organisées:

- suite à un accord sectoriel, et où il y a une délégation syndicale (ex.: le secteur de la construction);
- dans les autres secteurs d’activités, parce qu’elles occupent moins de 50 travailleurs et où une délégation syndicale a été installée.

En effet, dans la plupart des secteurs, il est possible d’avoir des délégués syndicaux bien en deçà de 50 travailleurs occupés, parfois même à partir de 5. Nous pouvons donc faire l’hypothèse qu’il y a des représentants syndicaux dans plus de 7.000 entreprises en Belgique…

2. Les médias

Les incidents sociaux relatés dans les médias constituent pour nombre d’entre nous un indicateur de la difficulté à vivre le fait syndical en entreprise. À votre avis, en Belgique, sur une année, combien d’entreprises différentes seraient citées dans les médias pour un incident social? 250? Une entreprise différente chaque jour ouvrable?

Faisons l’hypothèse, large, que, en moyenne sur un an, 300 entreprises différentes seraient citées pour un incident social… 300 sur plus de 7.000, soit moins d’une entreprise sur 20, soit moins de 5%!

3. Un témoignage

Je fais ici référence à une interview publiée dans L’Echo en octobre 2012. Jean-François Heris, alors président de l’UWE et président ainsi que CEO d’AGC Glass Europe, y déclare: "dans 95% des cas, les relations syndicales se passent bien (avec les entrepreneurs) et c’est seulement les 5% des cas où ça se passe moins bien qui donnent une image dramatique de la Région".

4. Une étude SD Worx/Fédération des entreprises de Belgique (FEB)

Publiée en mai 2016, cette étude effectuée auprès de 250 sociétés en Belgique va dans le même sens. Selon cette dernière, plus de 90% des sondés qualifient le climat social de "bon". À cette succession de références, il convient d’ajouter que, dans nombre de situations difficiles, ce n’est pas le fonctionnement "normal" de l’entreprise qui est à leur origine, mais plutôt un dysfonctionnement (ex: non-paiement de rémunérations); une restructuration inattendue; une faillite; une fermeture etc.

©rv

Indépendamment de ces situations, gardons à l’esprit que les relations sociales ont pour objet essentiel de se concerter à différents niveaux sur les relations de travail. Dans l’entreprise, cette concertation est quasi permanente pour trouver un consensus sur tout ce qui n’est pas réglé par les conventions collectives de travail. Il s’agit concrètement de négociations de différentes ampleurs.

Dans ce contexte, les prises de position peuvent être plus ou moins fermes et donc sources de tensions entre les interlocuteurs, voire de conflit.

D’une part, dans une toute grande majorité de situations, les relations se passent bien avec les représentants syndicaux dans l’entreprise. Les employeurs et les représentants du personnel y trouvent, ensemble, des solutions concrètes, adaptées à leurs circonstances spécifiques.

D’autre part, l’incident social est bien sûr difficile à vivre. Cela étant, lorsque nous en subissons un, celui-ci constitue une fantastique opportunité d’évolution, un signal qui doit nous alerter sur une nécessaire remise en question de notre fonctionnement. Au-delà des apparences, recherchons-en les causes réelles!

Et enfin, autre bonne nouvelle, en tant que gestionnaires d’entreprise, les leviers de changement sont réellement sous notre contrôle! Et vous, comment évaluez-vous le climat social dans votre organisation?

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