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Transition climatique: "N'oublions pas les mineurs polonais et les agriculteurs wallons"

Économiste

La transition climatique et sociétale va entraîner de grands bouleversements. Mais l'amélioration du bien-être de tous ne peut être payée par les travailleurs soumis à des changements lourds.

Les mineurs polonais sont sous pression (dans l'Echo du 20 février 2021). Quelles que soient les résistances idéologiques et politiques des dirigeants conservateurs et nationalistes, les réalités économiques et écologiques annoncent la fin du charbon. Les mineurs et leurs syndicats en ont bien conscience. Tout comme au Texas, autre bastion climato-conservateur, les énergies décarbonnées s'imposent parce qu'elles sont moins chères et plus propres que le charbon.

Carte blanche de Philippe Defeyt, économiste. ©Thierry du Bois

Partout dans le monde, la transition climatique va créer des emplois; elle va aussi en détruire ou les transformer profondément. Il en va de même de la transition sociétale et des changements comportementaux, comme, par exemple, la baisse de la consommation de viande ou la réduction des déchets si on décidait vraiment d'en produire moins.

Réactions de refus

Si on n'y prend garde, et la fin du nucléaire belge actée par Engie en est une récente illustration, les nécessaires changements imposés pour lutter contre le réchauffement climatique et le recul de la biodiversité vont très vite susciter des réactions de refus, en tout cas d'incompréhension. Que vont devenir les travailleurs concernés:  vont-ils garder un emploi dans le suivi de la fermeture des centrales ou se retrouver sur le carreau au bénéfice de sous-traitants, vont-ils trouver un job dans un secteur énergétique revu et corrigé ou se reconvertir dans un autre domaine, vont-ils se retrouver au chômage ou en prépension, comment évolueront leurs revenus, même s'ils retrouvent un job?

Les agriculteurs wallons, comme les travailleurs du nucléaire, les garagistes, et bien d'autres doivent être accompagnés, soutenus, encouragés, dès maintenant.

Certes, on pourrait considérer que ce qui va toucher le nucléaire belge n'est jamais qu'une illustration de plus des transformations permanentes du marché du travail: glissements sectoriels, évolutions dans les activités et compétences, sauts technologiques, parcours individuels plus ou moins lisses ou plus ou moins compliqués. L'histoire montre en tout cas que les travailleurs "sacrifiés" ne sont pas nécessairement ceux qui retrouvent un job dans une nouvelle activité et que certains ont plus de mal que d'autres à rebondir.

Deux différences cependant: les changements à venir seront nombreux, parfois très significatifs et toucheront beaucoup d'activités en même temps, en quelques années qui plus est, et ils seront en grande partie le résultat de décisions politiques explicites.

Engagements politiques forts

Ce constat, évident pour ceux qui n'ont pas d’œillères, impose des engagements politiques forts et un récit clair et vrai. Cela n'a pas été le cas jusqu'à maintenant.

L'engagement politique doit se baser sur le principe suivant: l'amélioration du bien-être de tous ne peut être payée par les travailleurs soumis à des changements lourds. L'engagement doit se décliner ainsi: les moyens financiers et humains seront activés dès maintenant, massivement, pour soutenir les travailleurs – salariés et indépendants –  impactés. Un tel dispositif s'appuiera sur des garanties de revenus et/ou de compensations financières, des programmes d'accompagnement, des formations de pointe, des aides, matérielles et immatérielles, à l'adaptation voire à la reconversion; il s'agit parfois d'amplifier significativement ce qui existe déjà.

Symboliquement on développera le Fonds de transition énergétique pour en faire un Fonds national pour une transition économique et sociale réussie, regroupant le Fédéral et les régions, prolongeant et amplifiant l'action du Fonds pour une transition juste européen.

Les agriculteurs wallons, comme les travailleurs du nucléaire, les garagistes, et bien d'autres doivent être accompagnés, soutenus, encouragés, dès maintenant.

Anticiper

Le récit politique doit éclairer, rassurer, anticiper. Il ne faut cacher aucune difficulté, mais, en même temps, montrer les réussites de ceux qui, de plus en plus nombreux, inscrivent leur projet entrepreneurial dans la transition. Montrer aussi la détermination sans faille de notre pays à avancer. Et prouver, concrètement, que les moyens sont là pour avancer tous ensemble, solidairement. Anticiper est donc la ligne de conduite.

Elle doit servir aussi pour d'autres réalités sociales. Si on veut demain renforcer et étendre les zones basse émission il faut, d'abord, garantir aux personnes précaires qui ont un véhicule dépassé qu'ils seront aidés à en acheter un autre ou orientés vers d'autres modes de déplacement. Si on veut demain introduire une tarification progressive de l'électricité il faut, d'abord, rénover les passoires énergétiques, chauffées à l'électricité, et occupées par des ménages précaires. Si on impose des rénovations énergétiques fortes, il faut, d'abord, garantir aux propriétaires

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