carte blanche

Trois propositions pour accompagner la robotisation de l'économie

Olivier Colin

L’annonce récente de la restructuration du groupe Carrefour élève à nouveau les voix contre la menace terrible de la digitalisation de notre économie qui serait destructrice d’emplois. Ne serait-il pas temps d’avoir une réflexion plus profonde sur la révolution digitale, ses impacts et la meilleure manière de l’appréhender?

Olivier Colin
Ingénieur de gestion et économiste

Quand un pont s’effondre, l’intérêt se focalise sur le dernier camion qui l’a traversé, alors que le vrai sujet devrait être la fragilité du pont.

L’annonce récente de la restructuration du groupe Carrefour élève à nouveau les voix contre la menace terrible de la digitalisation de notre économie qui serait destructrice d’emplois. Pourtant, les derniers chiffres du ministère de l’emploi annonçaient près de 140.000 postes vacants dans notre pays. Ne serait-il pas temps d’avoir une réflexion plus profonde sur la révolution digitale, ses impacts et la meilleure manière de l’appréhender?

Pour ce faire, il est nécessaire de sortir de cette vision obstinée de la digitalisation destructrice d’emplois et mettre en place dans notre pays les conditions optimales pour aborder la transition et se tourner vers l’avenir.

Former nos enfants aux compétences de demain

Ce n’est pas un secret, l’enseignement en Belgique doit subir une réforme profonde. La Fédération Wallonie-Bruxelles s’est installée durablement au fond du classement de l’OCDE dans les tests PISA, en particulier pour les savoirs de base.

Il sera nécessaire d’accélérer l’enseignement numérique en apprenant aux enfants la programmation ou en leur permettant d’acquérir les bases de compréhension en matière de science du numérique, d’algorithmique ou d’architecture numérique.
Olivier Colin

Ne devrait-on pas profiter de cette réforme pour mieux préparer nos enfants pour les métiers de demain? Il est indispensable de remettre l’accent sur les savoirs de base: savoir lire, calculer, compter.

À côté de ces fondamentaux indispensables à tout développement de la connaissance, une place plus importante doit être donnée aux soft skills en développant la créativité, l’empathie, l’intelligence émotionnelle ou encore le travail d’équipe dès le plus jeune âge.

Côté hard skills, il sera nécessaire d’accélérer l’enseignement numérique en apprenant aux enfants la programmation ou en leur permettant d’acquérir les bases de compréhension en matière de science du numérique, d’algorithmique ou d’architecture numérique.

Donner à chacun un droit universel à l’apprentissage

Pour les aînés, la formation continue est clairement un des facteurs principaux qui déterminera dans quelle mesure notre pays sera capable de tirer profit de la digitalisation.

Une étude récente de McKinsey estimait qu’entre 1,4% et 2,7% de la population devrait être reformée chaque année. Il s’agit sans nul doute du plus grand défi de demain. Les systèmes existants de formation continue ne sont ni suffisants, ni adéquats. Introduire un droit universel à l’apprentissage permettrait à chaque citoyen de développer ses compétences tout au long de sa vie.

Ce droit ferait partie intégrante de notre contrat social et permettrait à chaque citoyen d’accéder de manière égale à des formations qualifiantes visant non seulement à leur faire acquérir des compétences technologiques, mais également à développer les compétences nécessaires aux métiers de demain.

1%
de croissance
La révolution digitale représente 1% de croissance supplémentaire chaque année.

Mettre en place un "plan de relocalisation digitale"

La robotisation constitue une opportunité remarquable pour nos économies, car elle crée les conditions d’un possible contrepoids aux délocalisations. Mieux encore, elle pourrait inciter certaines entreprises, parties dans des pays où la main-d’œuvre est encore bon marché, à rapatrier leur activité dans notre pays.

L’entreprise Adidas a par exemple présenté en 2016 un prototype de "Speed Factory" en Allemagne qui fabriquera des baskets en parfaite autonomie. Certes, ces relocalisations ne seront pas nécessairement synonymes de création de nombreux emplois directs, mais il ne faut pas négliger l’impact sur les emplois indirects potentiels et le budget de l’État.

Il est certain que la révolution digitale représente un défi majeur pour nos sociétés. Comme tout nouveau défi, il apporte son lot de risques et d’opportunités. Cette opportunité, c’est 1% de croissance supplémentaire chaque année. Sachons mettre en place les conditions optimales pour la saisir!

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