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Uber et covoiturage

ECARES, Brussels, and CORE, Louvain-la-Neuve

Si Uber est taxé et ne fraude ou n'évade pas l'impôt, les consommateurs devraient en sortir gagnants.

Il est difficile de comprendre que les autorités publiques poussent au covoiturage, mais soient peu favorables à la nouvelle compagnie Uber qui permet, à tout un chacun et sous certaines conditions, de servir de taxi.

Sur son site "covoiturage" (un mot pas très élégant, mais soit), la ville de Bruxelles poste les phrases suivantes: "La pratique du covoiturage permet de rationaliser l’usage de la voiture… et les personnes s’entendent entre elles pour le remboursement des frais… La société Taxistop propose un service de covoiturage pour aider chacun à trouver des partenaires de voiture, partout en Belgique".

Sur son site, Uber-Bruxelles poste les phrases suivantes (je traduis de l’anglais): "Votre trajet sur demande. Que vous vous rendiez à la Grand-Place, Flagey ou à l’aéroport, l’application Uber vous connecte à un transport de confiance et sécurisé, à un prix abordable en quelques minutes. Le paiement de la course est automatique, pas besoin de payer le chauffeur."

©Photo News

Les raisons sont à première vue différentes. Taxistop réduirait la pollution et les embouteillages sur les routes puisque la société propose surtout le covoiturage (voilà que j’utilise ce vilain mot) pour les trajets entre l’habitation et le lieu de travail. Uber est une société qui semble plutôt s’intéresser aux trajets urbains, et pourrait faire des profits.

Tout ça ne me semble pas terriblement cohérent, parce que, in fine, pour les consommateurs qui sont les premiers à être intéressés, tout cela revient au même et s’avérera moins cher. Si Uber est taxé (et il doit évidemment l’être) et ne fraude ou n’évade pas l’impôt, les consommateurs devraient en sortir gagnants.

Les producteurs le seront évidemment moins, mais c’est aussi cela la concurrence. Uber ferait disparaître une bonne partie des taxis, qui sont d’ailleurs bien trop chers, mais pas les embouteillages et la pollution. Taxistop réduirait les recettes des compagnies d’autobus et des trains, qui sont d’ailleurs bien peu efficaces (retards des trains, arrêts supprimés, etc.), mais que les pouvoirs publics subventionnent (avec raison). (...)

Trois propositions viennent à l’esprit. La première, c’est qu’une analyse sérieuse et un calcul des pertes et des gains soient commandés par les pouvoirs publics. Si, comme je le crois, le gain est supérieur à la perte, il faut faire un transfert aux taxis en réduisant les taxes que les pouvoirs publics leur imposent et les rendre plus compétitifs, tout en supprimant le numerus clausus qui limite leur nombre. Les compagnies de taxis pourraient d’ailleurs se fédérer et organiser une firme similaire à Uber. Une deuxième proposition (en réalité, une alternative à la première), est de laisser les taxis disparaître et leurs conducteurs rejoindre Uber. Après tout, la disparition des charbonnages et de la sidérurgie s’est aussi faite dans la douleur (...).

Et la troisième proposition, qui compléterait la 1re comme la 2e, est de demander à Uber, qui est sans doute plus efficace que Taxistop, de s’occuper aussi du covoiturage. Tout en réfléchissant à une réglementation, pour que le monopole qu’Uber pourrait devenir (même s’il n’est que transitoire) soit régulé.

Par Victor Ginsburgh, ECARES, Brussels, and CORE, Louvain-la-Neuve

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