Un bastion masculin est en train de s'effriter

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Chez Infrabel, le comité de direction est composé d’autant de femmes que d’hommes. Le management évolue, lui aussi, dans la bonne direction.

Luc Lallemand, CEO d'Infrabel

8 mars 2019, Journée internationale des femmes. Je trouve surprenant que plus de 100 ans après la naissance de cette journée emblématique, en 1908, l’égalité des droits et des chances de la femme n’ait pas davantage évolué. Vous souvenez-vous encore de l’année 1992 et plus particulièrement, de la campagne menée par Bill Clinton contre le président en fonction, George H.W. Bush? L’Amérique était en crise et, au cours des débats, Clinton s’était habilement emparé du sujet, en lançant la célèbre formule: "It’s the economy, stupid!". Une phrase qui avait fait son petit effet et qui avait propulsé le thème de l’économie au centre des débats électoraux.

Revenons-en à aujourd’hui. Même slogan, autre sujet. "It’s gender equality, stupid!" Quiconque n’a pas encore compris aujourd’hui que l’égalité des genres doit figurer au premier plan de nos préoccupations, n’a rien compris et est désespérément à la traîne.

 

« It’s gender equality, stupid! » Quiconque n’a pas encore compris aujourd’hui que l’égalité des genres doit figurer au premier plan de nos préoccupations, n’a rien compris.
luc lallemand
CEO Infrabel

 

La Belgique est à la traîne. Dans le "Global Gender Gap Report 2018" du Forum économique mondial, notre pays se situe à une désolante 32ème place du classement. Parmi les 149 pays, l’Islande occupe la première place et le Yémen, la dernière. Par rapport à l’année 2017, la Belgique a même reculé d’une place. Nous ne sommes pas seulement à la traîne. Pire encore, nous évoluons dans la mauvaise direction. En Europe occidentale non plus, nous ne sommes pas de bons élèves: avec une 13ème place sur 20, nous sommes même en-dessous de la moyenne. Nous devons faire mieux!

Une évidence

Tout petit déjà, mes parents m’ont inculqué la valeur universelle de l’égalité entre les hommes et les femmes. Le fait que les hommes et les femmes doivent avoir les mêmes chances. Qu’il ne peut y avoir aucune discrimination basée sur le genre. Aujourd’hui, c’est pour moi une évidence.

L’égalité des genres mérite bien plus que de beaux discours. En tant que CEO d’Infrabel, l’entreprise publique gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire belge, j’estime que nous devons refléter la société belge. Une société où les femmes sont plus nombreuses que les hommes: 51% pour 49%. Avec à peine 10% de femmes en son sein, Infrabel est bien en-dessous des 51% de femmes que compte la Belgique. Nous devons faire mieux. Mais ce ne sera pas facile. D’un point de vue historique, le monde du chemin de fer est un bastion masculin. Ce bastion est en train de s’effriter. Chez Infrabel, le comité de direction est composé d’autant de femmes que d’hommes. Le management évolue, lui aussi, dans la bonne direction. Avec 21% de managers féminins, il nous reste encore du chemin à parcourir, mais nous sommes sur la bonne voie quand on sait que nous n’en comptions que 4% en 2006. Nos résultats sont meilleurs en ce qui concerne les fonctions de direction et de management. Je souhaite étendre cette évolution à tous les échelons de l’entreprise. Car nous devons faire mieux, beaucoup mieux!

En donnant les mêmes chances aux femmes, nous brisons les stéréotypes. Et nous augmentons nos chances de gagner en efficacité et en productivité, mais aussi en innovation et en créativité. Ce n’est en effet qu’en réunissant des opinions différentes que nous pourrons grandir, en tant qu’être humain, en tant qu’entreprise et en tant que société.

Mon intention n’est pas de polariser. Et je ne veux pas non plus tenir un discours réducteur. En ma qualité de CEO mais aussi à titre personnel, je veux cependant défendre Infrabel, en tant qu’entreprise ouverte aux femmes. Notre entreprise publique travaille à la mobilité de demain et se doit de refléter la société. Telle est ma conviction. Un des atouts de notre entreprise est qu’elle accorde un salaire égal aux hommes et aux femmes. Cela devrait aller de soi. Pourtant, ce n’est malheureusement pas encore une réalité partout. Je pense également à des initiatives comme le télétravail, un horaire flexible et le fait de travailler à proximité de son domicile, qui permettent de soutenir au maximum la carrière de tout un chacun. Et c’est bien plus qu’un slogan creux. Mon objectif est de doubler, en l’espace de 10 ans, le nombre de femmes travaillant chez Infrabel. Pourquoi? "Because it’s gender equality, stupid!"

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