Un gouvernement pour le 21 juillet, minoritaire si nécessaire

©Photo News

Il n’est pas admissible que le gouvernement en affaires courantes, issu de la législature précédente, continue d’exercer quelconque responsabilité, même celle d’expédier les affaires courantes. C’est antidémocratique. Il faut un gouvernement de plein exercice, minoritaire au besoin, qui puisse être contrôlé par le Parlement dans l’exercice de ses –maigres- prérogatives. La formule du gouvernement minoritaire permet au parlement de reprendre ses activités et de légiférer.

Par Christophe Magdalijns
Candidat élu (DéFI) au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale

A l’aube de négociations difficiles, nous avons tout intérêt à mettre un terme immédiat à ces gesticulations.
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Le spectre de la crise nous guette. Certains nous prédisent une longue période sans véritable gouvernement fédéral. Au Nord, on vote à droite, au Sud on vote à gauche. Le pays serait profondément fracturé. Cette ritournelle est une vue de l’esprit simpliste qui ne sert que les nationalistes flamands. Nationalistes qui ont d’ailleurs pris la balle au bond et se sont empressés de réclamer l’établissement d’une confédération.

À l’aube de négociations difficiles, nous avons tout intérêt à mettre un terme immédiat à ces gesticulations.

Tom Van Grieken, président du Vlaams Belang ©BELGA

L’une d’elles a d’ailleurs retenu l’attention de tous les observateurs: la sortie d’Elio Di Rupo sur la possibilité de construire une coalition fédérale sans majorité au sein du groupe flamand. Sortie maladroite et prématurée. Qui peut croire qu’une telle majorité ne renforcerait pas plus encore les nationalistes flamands? Ces derniers se délecteraient de la prétendue sanction dont seraient victimes les Flamands pour avoir voté N-VA ou Vlaams Belang.

Il va falloir être inventif…

Partant, comme le disaient d’aucuns, il va falloir être inventifs. Voici une première idée qui plaide pour ouvrir le champ des possibles. En Belgique, comme dans d’autres pays, nous devons être en mesure d’entériner le fait qu’une majorité est difficile voire impossible à constituer au regard des forces en présence. Et il faut matérialiser cette réalité dans la constitution du nouvel exécutif en désignant, faute de mieux, un gouvernement minoritaire dans les deux groupes linguistiques.

Revenons d’abord à la confédération. Rappelons une nouvelle fois qu’elle est une association d’états indépendants. Ce n’est pas une évolution normale d’un état fédéral qui deviendrait minimaliste. Normalement, l’établissement d’une confédération implique de se déclarer indépendant au préalable. Si c’est ce que veut une majorité de Flamands qu’elle nous le dise au travers d’un référendum. Il est temps de jouer franc jeu et de faire la clarté. En cas contraire, faisons fonctionner et évoluer notre fédéralisme souffreteux.

Parlons maintenant gouvernement. Le scrutin proportionnel que nous pratiquons aboutit à un émiettement important des voix entre de nombreuses listes. Dans ce contexte, il est suicidaire de se priver de solutions face au risque toujours plus important de ne pouvoir constituer une majorité.

La formule du gouvernement minoritaire permet au parlement de reprendre ses activités et de légiférer ce qui n’est pas rien pour rencontrer nos obligations ou répondre aux urgences.

Une de ces solutions est de désigner un gouvernement minoritaire issu de la Chambre nouvellement élue. Il n’est pas admissible que le gouvernement en affaires courantes, issu de la législature précédente, continue d’exercer quelconque responsabilité, même celle d’expédier les affaires courantes. C’est antidémocratique. Il faut un gouvernement de plein exercice, minoritaire au besoin, qui puisse être contrôlé par le Parlement dans l’exercice de ses maigres marges de manœuvre. La formule du gouvernement minoritaire permet au parlement de reprendre ses activités et de légiférer ce qui n’est pas rien pour rencontrer nos obligations ou répondre aux urgences.


 

Laisser respirer le temps politique

Si les chantages exercés par certains présidents de parti devaient perdurer, j’invite le Roi à nommer un gouvernement minoritaire, par nature dépourvu de vote de confiance. Pourquoi pas avant le 21 juillet pour éviter une longue crise paralysante ?
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Ainsi, si les chantages exercés par certains présidents de parti devaient perdurer, j’invite le Roi à nommer un gouvernement minoritaire, par nature dépourvu de vote de confiance. Pourquoi pas avant le 21 juillet pour éviter une longue crise paralysante? La question subsidiaire est évidemment de savoir si cet exécutif peut résister à une motion de méfiance.

Si tel n’est pas le cas, retour aux urnes. Si tel est le cas, un tel gouvernement, politiquement et linguistiquement équilibré, pourrait travailler un temps plus ou moins long avec une feuille de route limitée mais essentielle pour assurer notre stabilité. Il serait bien plus légitime qu’un gouvernement en affaires courantes. Comme cette équipe ne pourrait se constituer que de l’accord des partis concernés, nous verrions rapidement qui a encore un peu le sens de l’État. Entre ceux qui y participeraient ou s’abstiendraient de le défaire séance tenante et ceux qui tablent depuis longtemps sur le chaos institutionnel.

Parlement fédéral belge ©Belgaimage

J’entends déjà les critiques des politiques ou des juristes. Pourtant, l’objectif est simple: laisser respirer le temps politique, poursuivre plus sereinement les négociations et apporter un petit supplément de stabilité à notre pays en l’absence de majorité parlementaire.

Les gouvernements minoritaires n’ont pas vocation à se généraliser ou même à durer. Mais tous les économistes vous le diront, la stabilité est d’or pour la croissance et l’attractivité d’un pays. Gouverner modestement et redonner la primauté au parlement n’est sûrement pas une mauvaise chose. Songeons-y avant de rejouer la scène du village des irréductibles et irascibles gaulois…

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