Un nouveau typhon chinois nommé Zhong An

©REUTERS

Les chiffres que la start-up chinoise en assurances, Zhong An, peut déjà produire après une année sur le marché boursier sont étourdissants. À en croire Pedro Matthynssens, CEO de Vanbreda Risk & Benefits, le secteur traditionnel des assurances ferait bien de se tenir sur ses gardes face à un typhon venu du pays du dragon.

Par Pedro Matthynssens
CEO Vanbreda Risk & Benefits

Happy Birthday, Zhong An. L'Insurtech la plus impressionnante souffle la bougie de son premier anniversaire ce mois-ci. Toutefois, les chiffres que la start-up peut déjà produire maintenant sont totalement étourdissants, voire terrifiants.

8 milliards
Nombre d'assurance vendres par Zhong An
À ce jour, Zhong An a vendu 8 milliards de polices d'assurance par voie numérique à un total de 500 millions de clients privés.

Voici précisément un an que le lancement de Zhong An a eu lieu à la bourse de Hongkong, pour une valeur de 10 milliards d'euros. L'entreprise, active depuis 2013, a ainsi connu une progression incroyable. À ce jour, elle a vendu 8 milliards (!) de polices d'assurance par voie numérique à un total de 500 millions de clients privés.

Zhong An compte désormais plus de 200 produits d'assurance – généralement des polices avec une très petite prime et avec des couvertures faibles et limitées. Elle paie immédiatement pour les dommages et choisit ses produits en fonction de la capacité d'estimation et d'indemnisation rapides des dommages. Un exemple en est l'assurance contre le retard d'un vol, qui est déjà payée alors que le vol est encore attendu à l'aéroport.

Trois géants dans l’ombre

Derrière la start-up se cachent trois géants : l'assureur Ping An, l'entreprise de médias sociaux Tencent et Alibaba, le colosse de la vente en ligne.

Derrière la start-up se cachent trois géants : l'assureur chinois Ping An, l'entreprise de médias sociaux et de paiement en ligne Tencent et Alibaba, l'entreprise chinoise de vente en ligne à laquelle Amazon tente de voler la vedette. Le regroupement de ces forces donne lieu à des situations encore jamais vues sur le marché des assurances. Zhong An a ainsi vendu en un seul jour, via Toaboa, la boutique en ligne d'Alibaba, 100 millions de polices qui couvrent les frais de renvoi des produits aux vendeurs-expéditeurs.

Toutefois, ce ne sont pas seulement les investisseurs qui font de Zhong An un typhon. L'entreprise connaît aussi un succès tout particulier dans l'application de l'intelligence artificielle et l'apprentissage automatique (machine learning). 97 % des clients ne communiquent avec la société que via les robots " chat bots ". Dans les territoires géographiques où cela est possible et permis, Zhong An utilise les données clients de Ping An, Alibaba et Tencent pour découvrir quelles assurances les clients pourraient utiliser et à quel moment. En outre, en partenariat avec les entreprises qui vendent des fitness wearables (dispositifs connectés portables), les données de santé sont analysées afin de déterminer la prime des assurances soins de santé.

Alors que des start-up d’Insurtech telles que Lemonade, Oscar et Ladder ont certes des idées brillantes pour innover en matière d'assurances, elles n'ont encore jamais non plus été vraiment menaçantes pour les assureurs établis. Pour Zhong An, cependant, c'est une autre paire de manches.

Grâce aux partenariats conclus avec 300 entreprises, désormais, qui comptent des centaines de millions de clients, la taille et la force de distribution pour Zhong An ont, si possible, encore augmenté. En l'espace de cinq à six semaines, de nouveaux produits sont lancés, testés et, parfois, aussitôt retirés. Comme ce fut le cas d'une police hospitalisation en raison d'une atteinte hépatique au cours du championnat du monde de football (véridique !). Elle n'a d'ailleurs pas eu de succès, car il ne s'en est vendu que 24.

Le plus important coup de semonce pour le secteur traditionnel des assurances est certainement la nouvelle récente de la création d'une entreprise par Zhong An en association avec SoftBank Vision Fund, le fonds d'investissement technologique qui dispose de 100 milliards de dollars, afin de s’ouvrir à l’international.
.
.

Toutefois, le plus important coup de semonce pour le secteur traditionnel des assurances est certainement la nouvelle récente de la création d'une entreprise par Zhong An en association avec SoftBank Vision Fund, le fonds d'investissement technologique qui dispose de 100 milliards de dollars, afin de s’ouvrir à l’international. Si le même modèle qu'en Chine est suivi, SoftBank mettra à profit son réseau d'entreprises (dont Yahoo Japan, GM Cruise et Uber) pour donner autant que possible à Zhong An un accès aux consommateurs internationaux. Les micro assurances seront regroupées avec les services et/ou produits qui sont vendus par voie numérique. Cela promet car quels produits ne sont pas vendus, aujourd'hui, par voie numérique ?

Des poches très profondes

Les poches de SoftBank sont si profondes qu'un investissement de sa part est considéré par beaucoup comme une alternative à une entrée en bourse. Si nous laissons libre cours à notre imagination, nous voyons se présenter d'innombrables opportunités pour Zhong An afin de vendre effectivement des assurances par l'entremise des entreprises de technologies numériques dans lesquelles SoftBank a investi au niveau mondial.

Le secteur traditionnel des assurances est plus que jamais confronté au défi de tenir tête aux entreprises technologiques internationales.

L’émergence de Zhong An montre une différence d’approche claire entre les assureurs occidentaux (et belges) et les entreprises technologiques internationales. Les deux s’axent plus que jamais sur la customer centricity. Mais tandis que les assureurs traditionnels proposent de nouveaux services complémentaires aux produits existants, les nouveaux acteurs optent résolument pour des produits novateurs qui s’intègrent à la new economy. Dans notre pays aussi, elle gagne du terrain : pensez par exemple à l’avènement d’Airbnb, d’Uber, et de toutes les formes possibles de car sharing et de meal delivery. Un nouveau marché s’ouvre – mais les assureurs occidentaux seront-ils en mesure de s’y insérer ?

Le secteur traditionnel des assurances est plus que jamais confronté au défi de tenir tête aux entreprises technologiques internationales. Les critiques soulignent le fait que Zhong An est encore déficitaire aujourd'hui. Mais on peut déjà pressentir que ce mince écran ne va pas leur permettre de résister à ce typhon venu de Chine.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect